Jour 65 – De Osserain-Rivareyte à Ostabat

 

 

 

Soixante-cinquième jour – Dimanche 10 mai 2015
Parcours :  24 km, difficiles.
Hébergement : Lucie et Bernard « Beñat » – Gite-Ferme Gaineko-Etxea (39€)


 

 

« Jamais les crépuscules ne vaincront les aurores. Réjouissons-nous des soirs mais vivons les matins. » – Guillaume Apollinaire

Parti de très bonne heure ce matin.
L’étape est prévue comme difficile, un peu longue mais surtout la météo annonce une chaleur assez importante.
Et effectivement après seulement quelques kilomètres de route asphaltée à peu près plate, il me faut emprunter un sentier caillouteux qui s’enfonce dans les bois et qui monte sérieusement. Et ça dure un sacré bout de temps en plus.
Mais l’effort en vaut la peine car une fois arrivé au-dessus, la vue est absolument splendide et je ralentis volontairement afin de profiter pleinement de ce spectacle sur le massif des Pyrénées qui se rapproche de jour en jour bien entendu mais maintenant réellement de pas en pas. J’ai l’impression de bientôt pouvoir le toucher du bout des doigts. Mais changer son rythme n’est pas une bonne idée, c’est fatiguant même si on va moins vite, et mes jambes reprennent instinctivement le rythme qui leur est bon et qu’il me faut suivre.
Après quelques autres kilomètres de route asphaltée et au faible dénivelé, j’ai la bonne surprise de croiser une première maison aux colombages d’un rouge foncé, sur fond de murs blancs et à la toiture à la forme caractéristique, typique de la région.
Ça y est je pense que je suis en pays basque !
Et je ne tarde effectivement pas à croiser les premiers panneaux écrits en français, puis en basque en italique, en-dessous.
Sans avoir franchi de frontière, je vous assure que j’ai pourtant la très nette impression d’entrer dans un autre pays !
Tout me semble différent : des maisons, bien entendu, mais aussi à la façon dont les choses sont disposées. Les gens ne semblent pas vivre de la même façon dans cette partie du pays que ce que j’ai pu voir depuis l’entrée en France.
J’entre donc dans une sorte de zone tampon qui va s’étendre jusqu’à Logroño, en Espagne. La partie espagnole étant bien plus étendue que la française.
Mais revenons à nos moutons, où plutôt à nos chèvres que je vois en bien plus grande quantité depuis quelques heures maintenant. La tradition du fromage basque ne vient pas par hasard.

En milieu de matinée, le soleil tape dur alors que je traverse Saint-Palais et je décide de me poser sur un banc à l’ombre d’un grand arbre, face à une belle église aux portes grandes ouvertes. Des chants mélodieux et typiques naissent au plus profond de celle-ci et s’échappent droit devant eux, par la seule ouverture possible et viennent me chatoyer les oreilles alors que je grignote un petit quelque chose, bien installé sur mon banc.
Nous sommes dimanche, il doit être quelque chose comme dix heures ou dix heures et demie et les cloches sonnent à toute volée. Je suis ébahi de voir le nombre de fidèles qui entrent dans l’église. J’ai l’impression que ça n’en fini pas. Des petits vieux tout voûtés, seuls ou encore en couple, des familles entières, des jeunes, des moins jeunes. Bref tout un ensemble varié de fidèles que nous ne sommes plus du tout habitués du tout à voir par chez nous.
Alors que j’écoute les chants qui s’échappent en continu, engloutissant cette foule qui arrive de manière tantôt clairsemée, tantôt de manière compacte, mais toujours aussi régulièrement, un ancien s’approche du banc où je me trouve. Il me demande si il peut venir s’asseoir à côté de moi. Je dois bien avouer que je suis stupéfait par sa question, moi qui suis l’étranger ici et lui qui passe probablement à côté de ce grand banc depuis des années, je me dis que c’est un peu comme si il me demandait la permission pour s’installer chez lui.
J’accepte avec grand plaisir et la discussion débute presque instantanément.
Après m’avoir demandé d’où je venais et si tout se passait bien pour moi, il commence à me parler, je m’en rends bien compte, en faisant bien attention pour essayer de parler français le mieux possible. Son accent est vraiment terrible et si il parlait le dialecte du coin, je sais très bien que je ne comprendrais strictement rien. Même avec ses efforts, j’ai parfois du mal, je dois bien l’admettre. Il me raconte qu’il à été prisonnier pendant la guerre et les différentes anecdotes sont parfois terribles mais je me doute qu’elles sont, hélas, bien réelles et qu’il à du en voir de toutes les couleurs.
Quand il s’arrête, je lui demande si il y à une célébration particulière aujourd’hui qui attire tellement de monde pour l’eucharistie. Et non ! C’est la messe traditionnelle et c’est comme cela tous les dimanches ! Je suis stupéfait et impressionné par leur ferveur.
« Il me faut y aller », me dit-il tout-à-coup, se levant d’un coup en s’appuyant sur sa canne. Puis il me fais un signe de la main, me regarde droit dans les yeux et me remerciant pour la discussion, s’éloigne vers les portes ouvertes et l’office qui l’attend.

Je me remet en route, sous le soleil qui cogne, l’asphalte qui renvoie la chaleur, le béton qui pique lui aussi et les murs blancs qui rejettent une lumière éblouissante. Vivement la verdure et la relative fraîcheur de la campagne.
Je ne tarde pas à sortie de la ville mais le parcours se poursuit sur des routes asphaltées parfois agréablement ombragées quand même.
La vue des Pyrénées m’obsède, je ne sais pas pourquoi. Ce mur qui se dresse devant moi, de plus en plus imposant, marque une limite physique réelle et tellement symbolique sur mon parcours, je présume. J’aurai bientôt traversé la France en quasi diagonale, juste à pied. Ce doit être pour ça, je suppose. Je n’en tire aucune gloire, j’ai même énormément de mal à le réaliser, mais ça me marque quand même.

Une paire d’heures plus loin, j’arrive à la fameuse stèle de Gibraltar. C’est à cet endroit précis que se rejoignent les chemins qui mènent à Compostelle et provenant de Paris, Vézelay et du Puy-en-Velay. Et ce dont je me doutais un peu depuis quelques jours, ne manque pas de se produire : je me retrouve incorporé dans une foule importante, provenant essentiellement de la Via Podiensis, la plus fréquentée, et de loin.

Je pense que c’en est bien terminé à présent avec les « petites » étapes tranquilles ou les même cinq ou dix marcheurs se retrouvaient si pas chaque soir, au moins de quelque jours en quelque jours. Ce sera une autre ambiance, d’autres rencontres et, certainement, une autre aventure désormais 🙂
C’est donc suivant et précédent bien des marcheurs que j’entame la relativement impressionnante montée vers la chapelle de Soyarce ou Soyarza, en basque. Ça grimpe ferme et les grosses pierres qui parsèment le parcours ne facilitent pas le passage. Vers la mi-hauteur, j’observe de grands oiseaux qui tournent en rond au-dessus d’une prairie non loin d’où je dois passer. J’ironise en pensant qu’il s’agit de vautours qui ont repéré le marcheur fort fatigué que je suis et qui attendent simplement qu’il tombe. Ce sont bien des vautours mais leur cible était tout autre.
Encore quelques centaines de mètres et je croise deux personnes qui se dirigent vers le bas, l’une d’elle portant quelque chose dans ses bras. Je m’arrête et eux aussi : c’est un petit agneau que le monsieur porte sur lui. La pauvre petite bête était apparemment perdue, faible et à l’écart du troupeau, ayant perdu sa maman et bêlant sans arrêt, ce qui à attiré leur attention. Il n’en fallait pas plus aux volatiles charognards pour commencer leur vol de préparation annonçant leur festin. Les deux marcheurs ont donc décidé de le prendre en charge et d’essayer de trouver son propriétaire, au village d’en bas.

Après bien des efforts, j’arrive enfin au sommet et comme des dizaines d’autres personnes, je pose mon sac et m’installe sur une grosse pierre afin de manger un morceau en observant un paysage à couper le souffle. Vision à quasi 360° sur les environs et avec ce temps dégagé et clair, je vous assure que le regarde porte sacrément loin !
Quelle merveille ! Quel spectacle ! L’effort est largement récompensé.

Après une belle pause, il me faut redémarrer car j’ai encore un bon petit paquet de kilomètres à parcourir pour arriver à l’étape. Et ils ne seront pas faciles, entre des descentes sérieuses sur des sentiers taillés dans la roche, couverts de cailloux qui roulent et d’autres, forts étroits et tout aussi inconfortables qui serpentent dans les bois, grimpant à pic, je n’ai pas rigolé sur les deux dernières heures du parcours.
Je suis bien content d’arriver à Ostabat mais il me faudra dépasser le village pour enfin arriver à l’étape qui se trouve dans une grande ferme magnifiquement aménagée, un peu à l’écart.
Ouf! Ça y est. Il était temps ! La chaleur et le parcours m’ont épuisés aujourd’hui.
A mon arrivée, je reçois un lit dans une petite pièce qui en compte un second et au-dessus duquel se trouvent des compteurs électriques. L’espace à été optimisé à outrance pour pouvoir recevoir un maximum de monde, ça se voit, ça se sent. Et ce n’est pas, en revenant de la douche, la traversée involontaire d’un grand dortoir où beaucoup se reposent qui me fera penser le contraire. J’y vois, entre-autres, un grand marcheur chauve qui j’ai aperçu brièvement tout à l’heure près de la chapelle, allongé sur un lit.
Après avoir revu Daniel et Nadège et sortant du dortoir, donc, quelle n’est pas ma surprise de retrouver Luc qui s’arrête ici aussi ce soir. En s’installant sur la terrasse en bois pour déguster une bière locale basque, il me raconte que le grand chauve qui dort dans le dortoir est belge, lui aussi, et qu’il se repose pour soulager un fameux mal de tête, à t’il expliqué à Luc. Mais le voilà qui arrive bientôt et nous rejoins car il va mieux. Il se prénomme Laurent et provient de la même région que celle qui m’a vu naître et ou mes parents habitent toujours, d’ailleurs. Quel heureuse rencontre. Au fil de l’apéritif que nous partageons, des affinités se créent immédiatement nous sympathisons bien vite tous les trois, agrémentant notre rencontre de quelques blagues et expressions bien de chez nous, au beau milieu de ce pays basque et avec cette vue magnifique dont nous profitons depuis nos chaises.
L’heure de se mettre à table à sonné. Les tablées sont nombreuses et nous devons être une cinquantaine, si pas plus.
L’ambiance est toute différente des autres soirs. Mais quelle ambiance, justement ! Beñat, le patron, béret basque vissé sur la tête entame des chants et pousse l’assemblée à se joindre à lui. Quel délire! Quel régal! Quel repas mémorable!
On rigole à s’en décrocher la mâchoire, pleurant de rire et nous tenant le ventre tant on se marre.
L’endroit est réputé pour cette ambiance mais je n’imaginais pas que ça pourrait être à ce point.
Un grand moment, incontestablement 🙂

Après le repas nous nous retrouvons à quelque uns, de retour sur la terrasse pour finir la soirée en dégustant un petit alcool local absolument délicieux mais qui semble malheureusement faire défaut à la tenancière. Elle n’a probablement pas envie de nous voir passer la nuit dehors et à chahuter jusqu’à pas d’heure au bord de son établissement, même si ce n’était pas notre intention.

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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12 comments for “Jour 65 – De Osserain-Rivareyte à Ostabat

  1. Pierre
    24 juin 2018 at 21 h 25 min

    bonsoir Olivier,
    Ton récit est toujours aussi passionnant, mais je reconnais trop bien ces étapes que nous avons fait quelques fois ensemble !!!!!!
    bon courage pour les prochaines;
    Josette et Pierre

    • Le Pèlerin en herbe
      1 juillet 2018 at 16 h 36 min

      Bonjour Pierre,
      Merci pour ton précieux commentaire.
      Ha oui, quel bonheur de retracer toute cette route et de la faire partager avec ma vision des choses…et de la revivre, par la même occasion 😉
      Toutes mes amitiés à vous deux !
      Olivier.
      PS: il faudrait vraiment que l’on se revoie, ne trouvez-vous pas ?

      • chanteau
        1 juillet 2018 at 20 h 23 min

        Bonsoir Olivier,
        Pas de soucis pour que l’on se revois mais il faut se caler des dates assez longtemps a l’avance car tu sais surement que le planning de retraités est surbooké !!!!!! mais si le désir de se revoir est fort pas de soucis pour trouver des dates je te laisse le soins de proposer plusieurs périodes selon tes disponibilités . tu envoi directement sur mon adresse mail (tu dois ‘l’avoir)
        Dans l’attente de recevoir de tes nouvelles , toutes nos amitiés a Madame.

        • Le Pèlerin en herbe
          3 novembre 2018 at 8 h 23 min

          Bonjour Pierre,
          Pas de problème, la volonté y est.
          Je regarde après quelques dates prochainement et reviendrai vers toi sans faute.
          Désolé pour mon délai de réponse, je ne reçois plus les notifications de commentaires du site…
          A bientôt,
          OLivier.

      • Pierre du 72
        27 juillet 2018 at 20 h 36 min

        Bonsoir Olivier,
        J’avais cru te faire une réponse a ton message mais il me semble que je n’ai pas du faire la bonne manip !!!!
        Bien sur que se serait un vrai plaisir de nous revoir, aussi si tu veux proposer quelques dates hésite pas nous te dirons si nous sommes disponible.
        Amitiés de nous deux.

        • Le Pèlerin en herbe
          3 novembre 2018 at 8 h 26 min

          Avec plaisir, Pierre.
          On fera comme cela.
          Je reviens vers toi prochainement
          Amitiés
          Olivier.

      • pierre du 72
        27 juillet 2018 at 20 h 39 min

        Pas de soucis Olivier propose des dates !!!
        A bientôt
        Amitiés de nous deux

        • Le Pèlerin en herbe
          3 novembre 2018 at 8 h 27 min

          Ca va arriver, Pierre.
          Comme déjà annoncé je ne reçois plus les notifications lorsqu’un commentaire est posté ce qui fait que j’y répond régulièrement mais avec un certain décalage.
          A bentôt
          Olivier.

  2. Pascal
    24 juin 2018 at 13 h 12 min

    Que de souvenirs ! Et cette fameuse côte après la croix de Xibraltar . Merci de nous faire revivre ces beaus moments.
    Bien amicalement

    • Le Pèlerin en herbe
      1 juillet 2018 at 16 h 30 min

      Merci aussi pour ton suivi et ce gentil commentaire qui me touche beaucoup.
      A bientôt,
      Olivier.

  3. Dugué
    24 juin 2018 at 12 h 53 min

    Un régal de vous lire
    En ce dimanche où nous fêtonscjrétiens la nativité du Saint Jean Baptiste
    Je sis heureuse aussi de repatir dans 15 jours comme hospitalière sur le chemin de St Jacques.
    Bon chemin à vous
    Beau symbole que cet ageau en ce jour dominical
    Bien à vous
    Ultreïa et Susseïa
    Je vous inclurai dans mes prière
    Sophie

    • Le Pèlerin en herbe
      1 juillet 2018 at 16 h 29 min

      Merci beaucoup pour votre suivi et ce précieux commentaire qui me touche beaucoup !
      Très heureux que vous puissiez reprendre le Chemin, également en temps que hospitalière.
      Ou vous préparez-vous à accueillir les pèlerins ?
      A bientôt,
      Olivier

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