Jour 58 – De La Réole à Bazas

 

 

 

Cinquante-huitième jour – Dimanche 3 mai 2015
Parcours :  24 km, chauds
Hébergement : Françoise et Etienne, Le Petit Moulin (30€)


 

 

« Mon pied droit est jaloux de mon pied gauche. Quand l’un avance, l’autre veut le dépasser. Et moi, comme un imbécile, je marche !«  – Raymond Devos

Après un bon déjeuner, nous saluons Pierrette et embarquons dans la voiture de Louis qui ira nous déposer ou son épouse est venue nous chercher hier après-midi. Suite au rembobinage de hier je fais donc une avance rapide du film pour revenir au point de départ 🙂

Il est 8h30, nous démarrons dans la grisaille mais il fait déjà assez chaud, l’air de rien. Pas ou peu de vent, et une chaleur qui semble s’installer. Il va falloir gérer.
Je traverse la Garonne, encore relativement étroite et lente à cet endroit. Il faut dire qu’il lui reste encore bien des kilomètres avant de rejoindre l’Atlantique. Le fleuve à encore le temps de grossir et de forcir avant d’y parvenir.

A Blaignac, je croise un abri-bus sur lequel le Conseil Général local fait sa propre publicité, mais je n’en aurai pas besoin aujourd’hui ! Un peu plus loin, je croise ma deuxième 2CV en deux jours, une belle jaune cette fois. Il faut dire qu’il arrive encore de temps en temps d’en croiser de ‘vraies’ en France, dans leur jus, avec le ou la pilote d’origine qui à tout compris en s’accrochant à ce véhicule fiable, pratique, économique et à l’allure définitivement fort sympathique.
J’ai déjà eu l’occasion d’en conduire une car mon épouse m’a offert un cadeau qui donne la possibilité d’en louer une pour une demi-journée, dans le Nord de la France, avec itinéraire et panier repas. Très sympathique et convivial. J’aimais déjà le véhicule mais à cette occasion, je suis tombé sous le charme. Je rêve d’en avoir une un jour, mais la place me manque pour la conserver dans un endroit approprié et bien à l’abri. De toute façon ce n’est pas l’important, de posséder, je m’en rends compte un peu plus chaque jour au fil de ce Chemin.

En passant par Pondaurat, j’ai le plaisir de trouver une très belle petite église qui est ouverte, pour une fois et ne manque pas de m’y attarder quelques minutes rafraîchissantes mais bien ressourçantes également.
En sortant je remarque posé sur une table, un petit chevalet qui porte une jolie prière et à son pied, un registre à l’attention des visiteurs et des pèlerins ainsi qu’une note qui indique un ravitaillement possible non loin d’ici. Délicate attention. En parcourant le registre avant d’un ajouter un petit mot, je constate que quelques lignes plus haut Luc est aussi passé par ici. Par contre il s’est fait plaisir, le bougre, en couchant sur le papier bien du texte et sans oublier ses coordonnées complètes, adresses mail et même l’adresse de son blog. Il avance visiblement fort vite, dans la foulée de Patrick et Henry qui tracent à une allure phénoménale. A cette vitesse, je doute bien que nous nous retrouvions prochainement…
Grand bien leur fasse et de toute façon, à chacun son rythme !

En repartant, alors que je trottine sur le bas côté, à la sortie du bourg, une voiture s’arrête et son conducteur me lance : « Bravo pour ce que vous faites ! Bon courage et bon Chemin ! » Je suis stupéfait ! C’est la première fois que cela m’arrive et je dois bien avouer que c’est assez encourageant et fait bien plaisir 🙂

Mon guide indiquait une étape de 35 kilomètres pour rejoindre Bazas, mais j’ai vu en y regardant d’un peu plus près que la D12 traçait à peu près tout droit entre La Réole et l’arrivée, permettant ainsi d’éviter 11 kilomètres. Avec de l’asphalte tout le long et ce soleil qui chauffe généreusement, ce ne sera pas une partie de plaisir mais autant éviter des kilomètres inutiles et de se re-farcir une étape bêtement plus longue.
Et ça n’a pas manqué, l’après-midi est cuisante : dessus, dessous avec la chaleur qui remonte de la route et qui martèle la tête.

Je croise quelques nouveaux lieux-dits au nom curieux comme ‘Pacher’ ou encore ‘Jaquet’ qui est particulièrement de circonstance. Il y à également de fameuses propriétés, dissimulées derrière les arbres, bien à l’abri des regards. De petits coins de paradis pour propriétaires chanceux, qui ont su et osé dénicher ce genre de ‘petites’ merveilles. A l’écart du bruit, en pleine nature et surtout sans aucun voisins ! Que demander de plus ? Le bonheur à l’état pur pour vivre et couler des jours certainement très heureux.

Mais arrêtons de rêvasser, la route continue et il me faut avancer afin de ne pas rester sous le soleil trop longtemps aujourd’hui, si possible.
L’étape approche de la fin mais je remarque que je n’ai plus d’eau et vu la chaleur, même si il ne reste plus qu’environ 5 kilomètres à parcourir, je ne veux pas prendre ce risque.
Je remarque une maison en contre-bas de la route ou des gens papotent sur la terrasse. Je décide de m’approcher pour voir si il serait possible de faire le plein. Les gens à qui je m’adresse ne sont pas les propriétaires et sont un peu hésitants, mais l’un d’entre-eux se lève et rentre dans la maison pour poser la question. Un vieux monsieur en sort et m’invite à l’accompagner vers un robinet de service fixé sur le côté de sa maison. La conversation s’engage alors que le précieux liquide coule dans la poche que je glisse ensuite dans la partie qui lui est réservée de mon sac à dos.
Il est curieux de tout savoir et s’intéresse vraiment à ma démarche. Il m’invite à poser mon sac sur une chaise et, par la même occasion, à m’installer sur une autre, moi aussi.
« Que veux-tu boire ? » Me demande t’il alors !
Ce sera de l’eau, c’est très gentil mais si je prends quelque chose d’alcoolisé maintenant, rejoindre l’étape ne sera pas évident 😉
Nous discutons un bon quart d’heure de choses et d’autres, avec son épouse qui nous à rejoint et qui est toute aussi charmante. Ils me recommandent notamment d’être bien prudent sur cette route ou ils ont déjà vu de très nombreux accidents dont encore un pas plus tard que la semaine passée. Voilà sans doute pourquoi le guide fait autant de détours pour éviter cette D12, finalement.
Enfin, il me reste une petite distance à parcourir aujourd’hui, certes, mais une distance quand même et il faut que je décolle d’ici. J’y suis tellement bien que j’y resterais bien encore un peu, mais cela ne se fait pas et puis nous avons encore rendez-vous aujourd’hui pour notre hébergement.
Je salue chaleureusement ces gentilles personnes et leur fait encore signe en m’éloignant.

Arrivé à Bazas, je découvre une très jolie petite ville avec une belle place entourée de passages couverts.
Je retrouve Daniel et Nadège qui sirotent un verre à l’ombre, sur une terrasse. Ils m’invitent à les rejoindre et à faire de même, ce que je fais avec plaisir.
Une fois installé, je reçois un appel de mon frère dont la fille célèbre sa communion solennelle aujourd’hui. Moment intense de partage et rempli d’émotion, que le téléphone permet de vivre quelque peu. Même si la voix seule et l’éloignement ne permettent pas de partager ce passage important, l’émotion m’étreint et c’est un grand moment que nous vivons en cet instant. Comme je l’avais promis à mon frère,sachant que je ne pourrais être présent, j’ai bien marché pour elle, pour eux, en ce jour de lumière. C’était bien la moindre des choses.

Avant de rejoindre notre rendez-vous, je visite bien entendu la très belle cathédrale Saint-Jean-Baptiste, au bout de la place toute en longueur. Le tympan est une merveille et même si je suis un peu moins marqué par l’intérieur qui plus est, est en chantier, il faut bien reconnaître que l’édifice est très beau.

Comme hier, nous logerons hors du chemin et notre hôte vient nous chercher sur la place où nous nous sommes fixé rendez-vous.
Le truc quand on réserve d’un jour à l’autre, c’est que l’on ne sait jamais où on arrive, ni comment seront les hôtes.
Une grosse voiture arrive à l’heure fixée et un homme qui dégage une certaine prestance en sort. C’est bien chez lui que nous logeons ce soir. Pas un mot sur tout le parcours. Ambiance !
Lorsque nous quittons la route quelques minutes plus tard, nous empruntons un long chemin de terre pour enfin, tout au bout, découvrir une magnifique propriété. Arrêté devant, il coupe le moteur et annonce : « C’est ici ».
Son épouse joviale en sort et nous accueille chaleureusement. Ouf!
La bâtisse, un ancien moulin, est une splendeur, magnifiquement restaurée et entretenue. Nous rejoignons nos chambres par un vieil escalier en pierre qui ajoute au cachet de l’endroit.
Bien entendu, chaque chambre est magnifique, confortable et la salle de bains des pèlerins, avec douche italienne est presque inconvenante tant elle est magnifique. Serviettes pour chacun, savons de qualité, lavabos en marbre, mosaïques raffinées aux murs…et j’en passe.
Dès que nous fûmes installés et propres, Etienne et Françoise nous invitent à visiter les lieux.
Pour juste vous donner un exemple, cet ancien moulin à donc été entièrement rénové, la deuxième salle à la manger doit permettre d’installer une quarantaine de personnes à table, sans se serrer et, en contre-bas, au travers d’une paroi vitrée qui couvre une certaine partie du sol, il nous montre le mécanisme du moulin, entièrement fonctionnel et, bien entendu subtilement illuminé afin que les visiteurs puissent en profiter de là où ils se trouvent.
Je demande si je peux prendre l’une ou l’autre photo et le propriétaire des lieux m’y autorise en insistant bien, son regard fixé dans le mien, pour que je ne les diffuse jamais. Gloups!

Après avoir exploré l’extérieur qui est tout aussi bien aménagé, nous passons un très agréable et délicieux moment à table autour d’un délicieux repas. L’ambiance est conviviale et même si Etienne nous parle d’une façon un peu inhabituelle, nous discutons agréablement jusqu’à ce qu’il nous demande ce que nous faisons dans la vie.
Il regarde alors chacun d’entre nous droit dans les yeux et, bizarrement pour une question aussi anodine, je me sens très mal à l’aise. Son regard d’acier semble transpercer son interlocuteur au plus profond et, même si ce n’était pas mon intention, je sens bien que je n’ai pas intérêt à lui raconter n’importe quoi.
Décidément, Etienne est étrange et je ne suis visiblement pas le seul à avoir le même ressenti.
Quand nous avons fait le tour, il s’exprime à son tour et nous raconte qu’il est maintenant pensionné après une carrière comme haut gradé à la Police Judiciaire. Ouf! Ok, voilà tout s’explique !
Des années à poser des questions au gens et voir si ils racontent la vérité ou pas ont laissé des réflexes et des habitudes. Ce à quoi son épouse ajoute, pour terminer de détendre l’atmosphère, qu’il ne faut pas se laisser impressionner par l’attitude que son mari peut parfois avoir. On aurait préféré le savoir un peu plus tôt 😀

Mais cela est vite passé et ne nous empêche certainement pas de goûter à une soirée très agréable et conviviale.

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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