Jour 57 – De Saint-Ferme à La Réole

 

 

Cinquante-septième jour – Samedi 2 mai 2015
Parcours :  20 km, faciles
Hébergement : Accueil Pèlerins, chez Louis et Pierrette (20€)


 

 

« L’homme ne se trouve que s’il consent à être trouvé. » – Saint Jean de la Croix

Maurice à ronflé une bonne partie de la nuit.
Prévoyants, Daniel et Nadège avaient choisi de s’installer dans une petite annexe équipée de deux lits superposés où ils ont pu passer la nuit au calme.
Mais j’ai appliqué la technique que Maurice lui-même m’avait enseigné à l’égard des ronfleurs : tousser!
Et ça marche 🙂

J’ai le cœur gros en quittant le troisième et dernier gîte des Amis de St-Jacques de Vézelay, ce matin.
Sur le dépliant remis à Vézelay, justement, la Gironde me paraissait si loin et à ce moment, je ne m’imaginais pas y arriver prochainement. Du moins je ne réalisais pas vraiment ce que ça représentait, à pied. Et me voilà le quittant.
Les choses avancent immanquablement et c’est peut-être ce qui me fait peur, m’inquiète ou me préoccupe. Où un mélange des trois ressentis et de bien d’autres mêlés avec eux, aussi.
Une certaine crainte d’arriver au bout ? Et après ?
Je réalise encore un peu plus à cet instant que je DOIS profiter du Chemin. Car c’est bien lui l’important et pas (seulement) son but.
L’objectif, finalement, je le côtoie chaque jour par ces rencontres, ces difficultés, ces rires, ces paysages et tant d’autres choses. Mais je ne dois pas me forcer à ceci ou cela non plus. Juste laisser les choses venir à moi. M’en imprégner le plus possible, les vivre, les ressentir et m’y plonger un peu plus chaque jour, chaque heure, chaque pas.

De nouveau les paysages changent pour (re)devenir plus plats et les quelques gouttes de pluie résiduelles de ce matin ont laissé la place à un ciel assez chargé mais qui n’empêche pas le regard de porter bien loin.
Je croise quelques grands domaines viticoles aux noms bien connus, mais en parfait décalage avec mon état d’esprit actuel.

Vers la mi-parcours, je trouve une très belle église en pierres claires. Elle est malheureusement fermée, elle aussi, mais un banc est aménagé juste à côté, il fait de nouveau sec et je m’y installe pour une petite pause-ravitaillement et aération des pieds.

Les coquilles de toute forme se multiplient sur le chemin qui, de nouveau, est remarquablement balisé.

La réparation de mon t-shirt par Nadège hier après-midi semble bien tenir et est en tout cas très confortable. J’espère pouvoir encore le porter un bout de temps avant d’entamer son successeur.

Lorsque j’arrive à La Réole, en tout début d’après-midi, je n’ai réellement pas vu passer les 20 kilomètres de l’étape.
C’est fou comme les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Après il faut bien admettre que moins de 25 kilomètres après les toutes longues étapes des jours précédents, ça fait quand même du bien! J’ai l’impression de m’être promené aujourd’hui tant l’étape m’a parue courte. Ça fait du bien n’empêche.

En parcourant les petites rues piétonnes du bourg, en passant dans une petite ruelle, cherchant les balises du regard, je me sens surveillé. Je lève la tête et là, bingo, je découvre, surpris, un gros chat roux qui m’observait depuis la fenêtre de l’étage d’une maison. Quelle intensité ils parviennent à mettre dans leur comportement et, pour peu que l’on y soit réceptif, ils parviennent à se rendre magnétiques et il est impossible de faire autrement que de croiser leur regard.

Je ne vois pas encore Daniel et Nadège avec qui j’ai rendez-vous dans l’après-midi pour rejoindre notre hébergement.
Par contre je retrouve Maurice qui me propose de me joindre à lui pour partager notre repas à la table d’une pizzeria de la place.
Il vient de parcourir sa dernière étape avant de rentrer chez lui et déjà nous évoquons quelques souvenirs partagés.
Il est clair que je me souviendrai longtemps de ses documentaires visionnés le soir et particulièrement celui sur « les bienfaits… » oui, vous m’avez suivi!
Et puis il avait de ces expressions, je vous en restitue une, parmi bien d’autres : pour lui, « les vacances, c’est de ne pas savoir où on va poser sa brosse à dents le soir! ».
C’est tout bête, mais j’ai trouvé cela génial et très imagé. J’y repense souvent, d’ailleurs 🙂
Quel personnage, n’empêche!
Il était beaucoup plus volubile ce midi. Était-ce son retour prochain à la maison ?
En tout cas il à bien senti que je me trouvais à un tournant de mon Chemin, si je puis dire, et il m’a laissé de très bons conseils et une belle motivation de par son expérience et ses belles paroles, justes, bien à propos et pleines de bon sens. Précisément ce qu’il me fallait entendre à ce moment. Une fois de plus, la magie du Chemin à opéré.
Après avoir mangé, je salue mon compagnon de quelques jours et le laisse se diriger vers la gare d’où il pourra rentrer chez lui.
Nouvelle séparation, j’ai du mal encore une fois. Ma sensibilité, mise à fleur de peau par la fatigue et le parcours est à nouveau mise à rude épreuve. Les séparations me minent systématiquement, je vous l’ai déjà dit. Je suis comme ça, il me faut apprendre à gérer cela, avec un peu beaucoup de tout le reste…

Comme me le disait très bien mon père qui, évidemment, me connait bien : « Tu es peut-être triste de quitter ces gens car tu sais ces moments ‘finis’ et tu sais aussi que tu te diriges vers quelque chose qui ne l’est pas… »
Cette phrase d’une évidence et d’une justesse absolues m’a terriblement émue sur le moment et je ne l’ai jamais oubliée, la relisant ou me la remémorant même de temps en temps lors de passages plus délicats que d’autres.

Je me dirige ensuite vers la très belle église Saint-Pierre, formidable édifice où je retrouve Daniel et son épouse, point de rendez-vous pour nous rendre à notre hébergement du jour.
Car la situation d’aujourd’hui est un peu particulière : l’hébergement de La Réole était complet, nous en avons choisi un autre que nous pensions être hors chemin. Ses propriétaires nous ayant gentiment proposé de venir nous chercher à notre arrivée et nous y re-déposer le lendemain matin, c’est parfait.
En attendant, j’en profite pour visiter la magnifique église qui fait partie d’un ancien ensemble bien plus important et particulièrement bien entretenu et conservé, constituant une abbaye, maintenant décomposée et dans les bâtiments de laquelle se trouve même la mairie de La Réole. Il y à vraiment pire comme emplacement 🙂

Vers le milieu d’après-midi, voilà notre hôte qui vient nous chercher pour nous emmener en arrière, là ou nous sommes tous passés ce matin, à quelques kilomètres à peine du départ de notre étape du jour !
Sensation étrange qui donne l’impression d’avoir rembobiné un film, d’avoir appuyé sur la touche avec les flèches ‘<<‘.
Je suis certain que vous voyez très bien de quoi je veux parler!

L’accueil de Pierrette et Louis est formidable et on voit bien qu’ils ont l’habitude et le ‘feeling’ pour recevoir les pèlerins de passage dans leur vieille maison. Je disposerai d’une grande chambre composée notamment de deux grands lits mais aussi d’étagères remplies de livres, d’une table avec une machine à coudre qui sert encore régulièrement à Pierrette pour pratiquer la couture. Toute une ambiance et un ressenti unique, à l’opposé absolu des dortoirs aseptisés et « bien comme il faut » déjà rencontrés. L’approche n’étant définitivement pas la même.

Une fois installés, douchés et le rituel de la lessive expédié, nous sommes invités à aller visiter leur jardin et son séchoir à tabac avant de passer au salon pour y prendre l’apéritif. Moment très chaleureux parsemé d’anecdotes de vie, de souvenirs plus ou moins heureux mais tellement précieux et sincères de la part de personnes âgées qui ont vécu tant de choses et qui prennent plaisir à les partager humblement.

Ce moment de vraie générosité sera suivi d’un délicieux repas composé quasi exclusivement de produits maison, notamment un lapin issu de leur élevage, des conserves de légumes du jardin, du vin d’un petit producteur régional. Un délice.

Nous profitons bien de ce nouveau moment merveilleux que le Chemin nous offre et c’est repu et heureux que, en fin de soirée, je monte rejoindre ma grande chambre et mon grand lit tendu de draps tout propres et frais dans lequel je ne tarde pas à m’abandonner à un sommeil profond.

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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