Jour 56 – De Sainte-Foy-la-Grande à Saint-Ferme

 

 

 

Cinquante-sixième jour – Vendredi 1er mai 2015
Parcours :  29 km, humide et long.
Hébergement : Accueil Pèlerin des Amis de Saint-Jacques de Vézelay (20€)


 

 

« Je te séduirai,
Je te conduirai au désert,
Je te parlerai au cœur et j’ouvrirai devant toi une porte d’espérance
. » – Osée 2, 16-17

Comme je le pensais bien, Maurice n’a pas percuté hier soir lorsque je lui ai demandé de faire attention en venant se coucher car je dormais par terre, juste sur le chemin entre la porte d’entrée et son lit.
Le coup de vin en plus n’a rien arrangé.
Je dormais déjà bien lorsque je sens une sandale me frapper la tête et qui tâtonne, puis un pied se prendre dans mon matelas et Maurice qui s’effondre à moitié à côté de moi, puis se relève en bougonnant 🙂

Qu’importe, la nuit fut relativement bonne, malgré ce réveil prématuré dû à mon emplacement inhabituel.

Le déjeuner avalé, mise en marche sous la pluie.
Et de la pluie qui tombe bien, qui mouille, qui trempe jusqu’aux os et qui plombe le moral. Moral qui n’est déjà pas bien brillant ces derniers jours et ces longues étapes à répétition n’arrangent pas les choses, elles non plus.
J’ai la nette impression que mes pieds essayent, par la marche, de faire passer un message à ma tête qui refuse obstinément de l’entendre! Et ça, bien entendu ça n’aide pas à avancer.

Ce sera de l’asphalte sur tout le parcours, ce qui n’est pas formidable mais je m’efforce de prendre les choses positivement en me disant que avec cette météo, des sentiers de terre ne doivent pas faciliter le parcours et que leur état ne doit pas être bien brillant.
Évidemment quand il pleut les choses n’apparaissent pas de la même façon même si il est possible de les appréhender différemment : les odeurs, les lumières, les sons, tout est modifié et c’est l’occasion d’en profiter différemment, finalement.

En fin de matinée je traverse le bourg de Pellegrue dans lequel un fête se déroule.
Fumées de barbecue, bruit, musique, beaucoup de monde, le tout sous la pluie. Pas vraiment ce dont j’ai besoin en ce moment. Mais l’envie d’une pause, toute trouvée en cet endroit qui propose pourtant tout ce qu’il faut ne sera que de courte durée. Après m’être installé à la petite table d’une terrasse bondée, à l’abri d’un pare-soleil qui fait également office de pare-pluie aujourd’hui, je ne me sens pas à ma place.
Je n’ai pas du tout la tête à fête et toute cette agitation est en parfait décalage avec mon état d’esprit du moment.
D’ailleurs, et après seulement quelques minutes d’attente d’une serveuse ou d’un serveur qui sont évidemment totalement débordés en cette journée exceptionnelle, je décide de repartir. Je me lève, remet ma veste de protection, endosse mon sac ruisselant par-dessus, empoigne mon bâton de marche, et en avant !

Je fuis, ou plutôt non, je me retrouve face à moi même, ne laissant aucune chance à toute cette cohue extérieure de me distraire de l’agitation qui règne en moi pour le moment. Ce n’est pas facile mais je ne peux pas fuir ce cheminement qui se trace en moi, l’occasion est vraiment trop belle d’avancer, justement. Même si je ne réalise pas tout ce qui se passe en moi en ces heures, ces journées, ces semaines si précieuses de marche hors de tout, je sais, je sens qu’il faut surtout me laisser m’y enfoncer jusqu’au cou, voire au-delà, ne plus lutter contre je ne sais quoi, me laisser submerger, même si ce n’est pas très agréable, loin de là; même si les choses qui en ressortent ne sont pas plaisantes, mais une fois sorties de ce que j’appellerais une certaine forme de ténèbres au plus profond de moi, les voici étalées au grand jour et se laissent alors triturer, décrypter et une fois baignées de lumière, l’apaisement survient.
Mais cela, vous vous en doutez, ne se produit pas en quelques instants, le cheminement est bien long et il en faut des pas et des pas pour que s’extraient ces choses coincées au plus profond.
Ce cheminement intérieur est dur, je peux vous le garantir, d’autant qu’il m’est impossible de savoir qu’il est occupé à se produire en ce moment. Il est bien en route depuis que je suis parti, même depuis que j’ai décidé de partir en fait, mais à présent, je peux le sentir physiquement se dérouler et, en attendant, c’est loin d’être évident.

Malgré la taille de l’étape, je parviens au gîte de Saint-Ferme en beau début d’après-midi, toujours sous la pluie.
Il faut monter un petit escalier extérieur pour y parvenir et quand je frappe à la porte, pas de réponse.
Je frappe de nouveau, rien. Personne, lumières éteintes. Oups!
Et pas de moyen de m’abriter vraiment, je n’ai plus qu’à attendre, pas trop longtemps je l’espère car il fait assez frais, la pluie tombe en quantité et une fois que je ne bouge plus, la fatigue aidant, je me refroidi bien vite et ce serait dommage de tomber malade.
Mon attente ne fut pas très longue : à peine un quart d’heure plus tard, voici Léon l’hospitalier de l’endroit qui arrive, la voiture chargée de provisions, un grand sourire sur le visage et qui me rejoint en haut de l’escalier en s’excusant de ne pas avoir laissé de mot sur la porte et surtout de m’avoir fait attendre.
Nous sommes le 1er mai et il à eu vraiment beaucoup de mal à trouver tout ce qu’il voulait pour pouvoir nous recevoir correctement, raison pour laquelle j’ai trouvé porte close.

L’endroit est chaleureux et dès que l’on y entre, on s’y sent bien. Il y à des places comme cela et l’hospitalier y est évidemment pour beaucoup dans le ressenti du lieu.
Étant le premier arrivé, j’ai, pour une fois, le choix dans le lit que je souhaite occuper. La différence par rapport à la veille est notable, tout est propre, quasi neuf et très bien entretenu, comme ce fut le cas dans les deux autres gîtes de l’association.
Dès que je me suis installé, direction la douche, puis lessive que je n’aurai même pas à faire aujourd’hui car l’endroit est également équipé d’une machine à lessiver et d’un séchoir!
Voilà Daniel et Nadège qui arrivent à leur tour. Ils ont voulu profiter plus longuement de la fête à Pellegrue et y ont passé un bon moment. Ils s’étonnent que je n’y sois pas resté moi aussi mais comprennent aussi très bien pourquoi j’ai préféré ne pas m’y attarder. J’attendrai donc qu’ils soient installés avant de lancer la lessive afin de partager la machine, comme nous l’avons déjà fait auparavant.
Quand mes affaires sortent du séchoir, je me rends compte que mon t-shirt de marche est vraiment très usé au niveau des hanches, endroit où il frotte à longueur de journée entre la ceinture de mon sac à dos et ma peau. Je m’en doutais bien parce que depuis deux ou trois jours, je commençais à sentir ce contact avec mon sac un peu plus que d’habitude.
Je suis dépité. J’en ai bien un autre autre en réserve, tout neuf, mais je comptais l’utiliser seulement pour l’Espagne histoire de répartir l’usure de mes vêtements sur tout le trajet.
Et l’Espagne ce n’est pas pour demain, il reste des kilomètres avant d’y arriver et je n’ai pas envie de m’irriter les hanches à longueur de journée pour rien. Ce n’est pas un chemin de pénitence, non plus 🙂
Mais Nadège est toujours prête à rendre service et devant mon désarroi, elle me propose gentiment et spontanément de me le rafistoler.
Patiemment, la voici qui le recoud, puis le renforce et fini par le remettre en très bon état et je me demande même si il ne s’en retrouve pas renforcé grâce à l’usage de tant de fils.
Je verrai bien à l’usage et en attendant, je ne manque pas de la remercier vivement.

Pendant ce moment de couture, voici Maurice qui nous rejoint à la suite d’une étape que son guide lui à quelque peu rallongée.
Notre hospitalier aurait aimé nous offrir un apéritif plus élaboré mais, s’excusant encore une fois ne n’avoir pas pu entrer où il le souhaitait, il fera avec les moyens du bord qui, ma foi, sont loin d’être déplaisants.
Dans la foulée nous pensions préparer notre repas du soir, mais Léon insiste en nous faisant bien comprendre que c’est son rôle à part entière et que nous n’avons pas à nous en mêler, que nous avons déjà bien assez donné avec notre journée de marche.
Quel plaisir et quel esprit !
Et tout en s’activant autour de la cuisine, il nous raconte, entre mille autres choses, qu’il est belge, enfin à moitié, mais qu’il connait assez bien le pays pour y être déjà retourné plusieurs fois. Ça alors!

La journée s’achèvera autour d’un très bon repas, dans une ambiance comme seul, encore une fois, le chemin peut en apporter en pareilles circonstances.

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
  •  
  •  
  •  
  •  

2 comments for “Jour 56 – De Sainte-Foy-la-Grande à Saint-Ferme

  1. Larue
    12 mars 2018 at 18 h 03 min

    Tu n’a pas parlé de la charmante dame hihihi

    • Le Pèlerin en herbe
      14 mars 2018 at 15 h 49 min

      Bonjour Daniel,
      La charmante dame…?
      Ha ouiii maintenant que tu le dis, je m’en souviens !
      Ce n’est pas bien grave, j’ai tendance à oublier certaines personnes rencontrées 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *