Jour 55 – De Mussidant à Saint-Foy-la-Grande

 

 

 

Cinquante-cinquième jour – Jeudi 30 avril 2015
Parcours :  36 km, trop long
Hébergement : Mr Moynerie (30€)


 

 

« Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit.«  – Khalil Gibran

Vu la taille prévue de l’étape du jour, je me mets en route peu avant 7h.
Ça va être costaud, d’autant que les températures sont annoncées à la hausse.

Le fait d’avoir une étape que je trouve longue ou très longue, en soit, n’est pas un souci.
C’est vraiment l’accumulation des longues journées de marche qui me pose problème car à partir de 30 km je mets plusieurs jours à récupérer et, en général, je le ressens encore 2 ou 3 jours après. Et si, par manque d’autre possibilité, je dois refaire une autre étape longue dans cette période, c’est réellement la catastrophe. Je m’épuise et ne parviens plus à me retaper avant bien trop longtemps.
C’est un peu ma crainte pour les jours à venir car il n’est visiblement pas possible de saucissonner les étapes autrement que par des journées systématiquement supérieures à 25 kilomètres qui, définitivement est mon maximum. Alors quand on passe les 30 kilomètres à chaque fois…
J’appréhende. Ce n’est pas une bonne idée, je le sais, mais c’est plus fort que moi et il faut que j’arrive à gérer cela ne fut-ce que pour m’aider mentalement au fil des pas. Pas facile, pas évident, d’autant que c’est un sacré bazar là-haut, dans la tête où tout à plutôt tendance à se chambouler ces derniers temps.

Enfin, je verrai bien, inutile de s’en faire à l’avance et les très jolis chemins et paysages rencontrés en ce début d’étape m’aident à bien me changer les idées. Par contre je tombe bien vite sur des kilomètres d’asphalte qui ont le don, en plus de la distance, de bien me fatiguer les pieds. J’ai la nette impression que mes tendons commencent à souffrir et ça, ce n’est pas une bonne chose.

Au fil des kilomètres, les paysages changent encore, donc et voilà que bientôt je croise les premiers pins, signe que les landes approchent. De plus, et c’est la première fois depuis l’Arbre du Pèlerin près duquel je suis passé il y à quelques jours, je remarque quelques panneaux portant l’inscription « Ultreïa » et « Buen Camino ».

Inexorablement, je me rapproche de l’Espagne, ça se sent mais je sais toutefois qu’elle n’est pas encore à portée de main ou plutôt de pieds, devrais-je dire. Loin de là, même. Mais chaque chose en son temps, surtout!
« Ici et maintenant » est ma devise le plus souvent possible depuis quelques temps même si ce n’est pas toujours une partie de plaisir, loin s’en faut. Fort heureusement les bons moments sont bien plus nombreux et ont vite tendance à faire oublier ceux qui le sont moins.

Vers le milieu de journée, j’arrive à Montfaucon et j’y retrouve Daniel et Nadège qui viennent d’y arriver depuis peu, eux aussi. Ils y ont d’ailleurs découvert un très bel endroit de picnic aménagé par la mairie afin que les pèlerins (c’est inscrit sur le panneau) puissent s’y reposer dans de bonnes conditions. Plutôt rare, je pense même que c’est la première fois, mais vraiment chouette de la part du Maire, tiens ça ! Il y à même des toilettes bien entretenues mise à la disposition des marcheurs.
Nous en profitons bien évidemment pour nous installer autour d’une des tables, déballer notre repas et prendre un peu de repos.

Ce moment de repos, j’ai rudement bien fait d’en profiter car non seulement je savais que j’avais à peine dépassé la moitié de l’étape mais en plus les kilomètres qui suivirent ne furent pas faciles.
Quasiment de l’asphalte en permanence et pas mal de dénivelés.
Les kilomètres s’enchaînent et s’accumulent et je parviens difficilement à négocier les derniers d’entre-eux. Enfin ceux que je pense être les derniers.

En effet, alors que je pense arriver bientôt à Sainte-Foy, je rencontre un vieux monsieur qui n’attendait visiblement que le passage de marcheurs afin d’entamer la conversation. Ce qui fut fait. Et après avoir papoté quelques minutes, il m’explique que le chemin part tout droit,
« Vous voyez, là devant ? »
« Où ça monte si fort ? »
« Hé bé oui, c’est par là! »

Bon ben… j’ai plus qu’à y aller et retrousser mes manches, enfin plutôt puiser dans mes dernières réserves de la journée et attaquer ce qui me semble être depuis l’endroit où je me trouve, un véritable mur. Ni plus, ni moins.
La montée est terrible, pas qu’elle soit franchement longue mais elle est parsemée des pierres et autres caillasses, trous, racines et autres joyeusetés qui empêchent la marcheur fatigué de progresser naturellement.

Arrivé au dessus après bien des efforts, il est vrai que je suis récompensé par une vue superbe et, en plus, de nombreux petits panneaux munis de coquilles agrémentent le sentier par des pensées et autres sagesses encourageantes. Mais ce n’est pas terminé.
Ce parcours est sinueux à souhait et réalise des tours et des détours incessants et alors que je pense arriver à chaque instant à Sainte-Foy au bout d’une grande descente, voici une nouvelle montée qui me ramène au dessus de ce relief.
J’ai la très nette et claire impression de tourner en rond depuis maintenant une bonne heure car je n’en finis pas de tourner autour d’une grande antenne relais plantée au sommet de ce qui me semble être une montagne sans fin. Et pourtant les balises sont bien présentes et je ne pense pas en avoir manquée.

Je n’en peux plus et, au cours des deux dernières heures de ce parcours hors norme, les larmes coulent régulièrement sur mes joues. De fatigue, de douleur, de rage, d’incompréhension face à ce Chemin que j’ai entrepris et qui me laisse penser un peu souvent ces derniers jours, surtout depuis peu avant Limoges « Mais qu’est-ce-que je fous ici ! ».
Parfois je me le demande sérieusement, parfois comme ça, en passant mais les derniers jours, vraiment sérieusement. Et je suppose que cela fait partie du cheminement normal, en longue durée. En attendant je peux vous assurer que ce n’est pas évident du tout à gérer!
Malgré tout j’avance, et après deux bonnes heures, je parviens enfin à une fameuse descente bien difficile mais qui semble bien être la dernière avant le village de l’étape.
Mes pieds me font mal dans cette descente et je suis inquiet car c’est la première fois depuis que je suis parti qu’ils se rappellent à moi de manière aussi fréquente.

Enfin l’arrivée, en bas. Une route, des trottoirs et un banc.
Je m’y pose et j’aperçois un panneau d’agglomération indiquant bien Sainte-Foy-la-Grande.
Quand même ! Il était temps.

Sainte-Foy n’est pas un village, loin de là, c’est même carrément une ville de taille moyenne.
N’ayant pas l’adresse de l’hébergement du jour, j’appelle Daniel pour en savoir plus. Ils sont déjà sur place et il m’indique patiemment comment faire pour y arriver facilement, moi aussi.
Il reste un peu plus de deux kilomètres à parcourir. Courage Olivier.

J’arrive enfin devant l’étape du jour, exténué.
Le propriétaire est absent et c’est Daniel qui vient m’indiquer notre dortoir ou seul demeurent deux lits superposés et, bien entendu, celui du bas est déjà occupé.
L’endroit est aménagé moyennement pour accueillir un maximum de personnes à moindre frais, visiblement.
Pour moi, impossible de dormir en haut de ce lit qui, en plus est terriblement instable et semble vouloir se déglinguer à chaque fois que je le touche. Je ne sais pas encore qui dort en-dessous mais pas question de prendre ce risque, il faut que je me repose bien au vu de l’étape du jour et de celles à venir.
Ni une, ni deux, j’attrape donc le matelas et le pose par terre, au pied d’une grande armoire. Ça fera bien l’affaire.

La douche est occupée et lorsqu’elle se libère, c’est Maurice qui en revient.
Ça alors, quelle surprise !
Nous nous retrouvons aujourd’hui mais il à rudement bien avancé, le bougre, malgré son choix de prendre la variante par Bergerac, nettement plus au sud et qui rallonge le parcours d’une journée par rapport au mien.
Pareil à lui-même avec ses fameux documentaires mais aujourd’hui il à décidé de prendre le repas qui est proposé avec les autres, autour de la même table.

En attendant, je file à la douche car il est déjà tard et si je veux que ma lessive soit sèche demain matin il ne faut pas traîner. La douche est vraiment rudimentaire, fuyant de partout, presque froide et en en sortant je dois faire bien attention de ne pas me coincer un orteil dans les caillebotis en bois qui parsèment irrégulièrement le sol de la salle de douche. Ou de la salle d’eau devrais-je plutôt dire au vu de la quantité d’eau qui couvre le sol en de nombreux endroits.

Notre hôte du jour nous à préparé un bon repas accompagné d’un vin que lui trouve exceptionnel mais qui, de notre avis discrètement partagé par quelques regards de ci de là avec Daniel qui se trouve en face de moi, ne casse pas vraiment la baraque.
Seul Maurice le trouve à son goût et ne tarit pas d’éloges à son égard ni à l’encontre de notre hôte d’ailleurs, avec lequel il reste en grande conversation depuis à peu près le début du repas. Bien gentil mais assez original quand même, le gars avec ses avis un peu beaucoup tranchés sur plein de choses, de gens et de la civilisation actuelle.

Mais bon, le repas l’est et nous partageons un agréable moment autour de cette grande tablée qui nous rassasie comme il le faut. Et c’est bien ce qu’on lui demande, après tout.
Vers la fin du repas Maurice à visiblement un coup dans l’aile et il n’arrête pas de parler.
Tous les autres, nous sommes bien fatigués et après avoir remercié et salué notre hôte, nous rejoignons nos couchages. J’en profite pour rappeler à Maurice qu’il fasse attention lorsqu’il viendra se coucher car, comme il l’a peut-être remarqué, je dors par terre et non plus au-dessus de lui. Il m’assure qu’il à une lampe de poche et que je ne dois pas me tracasser. Je ne suis pas du tout certain qu’il ai percuté, par contre 🙂

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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