Jour 54 – De Saint-Astier à Mussidant

 

 

Cinquante-quatrième jour – Mercredi 29 avril 2015
Parcours :  23 km, fatiguants
Hébergement : Refuge Municipal (10€)


 

 

« Pour prier il faut avoir un cœur de pauvre. Plus on se suffit à soi-même, plus la prière devient détestable et sans objet. Plus on se fait petit, plus on conscience de sa pauvreté, plus la prière jaillit.. » – Guy Gilbert

Après une bonne nuit dans cet endroit magnifique, hors du temps et, il faut bien l’avouer, assez particulier je me compose un déjeuner avec un peu de pain et de confiture mais aussi et surtout les restes de la veille au soir, à savoir un bon plat de pâtes que je réchauffe quelque peu dans la poêle qui à servi à les préparer.
Une fois le plein d’énergie fait, ma vaisselle séchée et rangée, c’est le départ et il n’est même pas 8h.
Je me retourne une dernière fois pour admirer cet endroit somptueux et le soleil qui se lève derrière l’impressionnant bâtiment ajoute encore au charme du lieu, me laissant une image durable et remarquable en mémoire.

Henri, qui à déjà visiblement plus d’une journée d’avance sur moi, m’a envoyé un message hier en insistant pour que je sois attentif en quittant le château car le balisage est, selon lui, assez rudimentaire et il est facile de ne pas emprunter la bonne voie. En tout cas lui s’est perdu en démarrant et cela lui à valu un beau détour.
Je prends donc garde en sortant du parc mais les flèches sont régulières et bien disposées. Bon ce n’est pas parfait, mais on à déjà vu (bien) pire, je me demande donc comment mon ex-compagnon de route à bien pu faire pour, une nouvelle fois se perdre en chemin! Que cela arrive après des kilomètres je peux comprendre que la distraction survienne avec une certaine fatigue. Mais au départ !? J’en déduis donc qu’il devait déjà être bien distrait dès le démarrage 🙂

Le temps est encore frais mais il fait sec. Par contre dès que le soleil monte dans le ciel, il commence tout de suite à chauffer sérieusement. Et ce sera encore la règle aujourd’hui.

Le paysage change de nouveau de manière significative pour devenir encore plus joli mais le parcours du jour enchaîne une série de montées et descentes nettement plus accentuées que celles rencontrées au fil des dernières étapes et cela est relativement fatiguant, je trouve.
Ajouté à cela un balisage particulièrement mal fait depuis hier après-midi, voire inexistant par endroits, ajoute encore à la nécessité de concentration lors de la marche. Cela n’a l’air de rien et vous me direz : « Bah, il suffit de marcher et si on se trompe, il suffit de faire demi-tour pour se rattraper ». Je serais parfaitement d’accord avec vous sur une randonnée d’une journée ou deux. Dans ce cas, rien n’est grave et on fini toujours par retomber sur ses pattes et retrouver le bon chemin. Par contre lorsqu’on marche plusieurs jours, enfin pour ma part, ça devient vite agaçant car l’esprit à une formidable tendance à vagabonder bien au-delà des limites du sentier et je peux vous assurer franchement que, au bout d’un certain temps, la concentration nécessaire pour évoluer de manière régulière est nettement moins importante quand les balises tombent d’elles-même sous le regard, régulièrement, à des endroits évidents et logiques. Quand la fatigue des jours s’accumule, ce genre de détails qui peut paraître insignifiant au début, hé bien je peux vous garantir que ça vous bouffe la vie de marcheur, surtout muni d’un schéma particulièrement peu détaillé, voire même tout pourri certains jours et qui sont, on s’en doute les jours ou on en aurait le plus besoin. C’est l’évidence même.

En traversant une forêt par des chemins tracés au cordeau et composés de petites pierres damées et très claires, je parviens à un croisement du dit chemin avec un autre, plus important et au carrefour formé par eux, se trouve en abri bien singulier, surtout en cet endroit. Il s’agit d’un conteneur tout tagué, mais pas vandalisé, dont la porte est ouverte et ou se trouvent toute une série de chaises et quelques tables alignées. Un mot posé sur la table la plus proche de l’entrée explique qu’il s’agit d’un refuge destiné aux chasseurs mais qui reste ouverte afin que les pèlerins de passage ou les randonneurs puissent marquer une pause, avec un minimum de confort. C’est chouette ça ! Merci les chasseurs. Bon je dois me forcer car jamais je n’aurais cru penser ou écrire cela un jour… 😉

Je me pose donc quelques minutes et au bout d’un petit moment, j’entend des voix assez hautes qui approchent et j’aperçois un couple avec des enfants. En fait non, c’est un papa et ses enfants mais l’un d’eux est déjà si grand que je l’avais pris pour un adulte, de loin. Ils rentrent dans la boite en terrain conquis, bruyants et parlant fort. Par contre je les ai bien entendu salués à leur arrivée et ai à peine reçu un petit bonjour très discret de la part du père. Je ne dois pas être assez bien pour que les enfants fassent preuve de la plus élémentaire des politesses. Drôle d’éducation.
Mais mon sac à dos interpelle au vu de sa taille, eux qui n’en portent que de minuscules, suffisants pour une balade à la journée. Et tout de go, je reçois des questions plus directes les unes que les autres de la part du papa et de l’un de ses fils. D’où je viens, depuis combien de temps, est-ce que je marche beaucoup, ou vais-je, combien de kilomètres, et toute la série de questions bateau mais auxquelles je m’efforce de répondre le plus poliment possible, malgré tout.
Eux viennent de la région parisienne et sont quelques jours en vacances dans le coin. Ils en profitent pour découvrir la région mais trouvent cela fatiguant. A qui le dites vous !!
De plus ils n’ont aucune carte, pensent être un peu perdu et me demandent comment faire pour rejoindre un village que je n’ai pas croisé et dont j’ignore bien évidemment l’emplacement. Mon vulgaire schéma à peine détaillé ne sera pas d’une grande aide, une fois de plus et ils décident de se remettre en route, pour mon plus grand bonheur. Je vais redémarrer, moi aussi mais je prends la peine d’attendre quelques minutes afin d’être certain de bien marquer une bonne distance que j’appellerai de sécurité. Pas que je sois asocial, enfin je ne pense pas, mais le manque de politesse la plus élémentaire m’insupporte au plus haut point. Et puis j’aime beaucoup marcher dans le calme.

En sortant de cette zone boisée, je parviens bien vite à Saint-Louis-en-l’Isle, joli petit village assez pittoresque avec sa belle église romane mais malheureusement fermée. Sur la même placette se trouve un banc très bien situé à l’ombre. J’en profite pour déballer mes pieds et leur permettre de respirer un peu car ils commencent à chauffer eux aussi aujourd’hui.
Alors que je grignotais quelques fruits secs sur mon banc, voici Daniel et Nadège qui déboulent sur la place et visent le petit café qui y fait face. Ils m’invitent à les y rejoindre, ce que je fais avec plaisir, sans prendre la peine de nouer mes lacets, ce qui à failli me valoir une belle chute. Je ferai les derniers mètres qui me séparent du bar en prenant garde de bien marcher avec les pieds suffisamment espacé que pour cela n’arrive pas. Ouf!

Ce petit café typique de village est parfaitement conservé et vraiment « dans son jus » comme on dit. La tenancière, une dame légèrement âgée a, elle aussi, parcouru le chemin il y à bien des années et nous entamons donc la conversation sur un sujet bien connu. Des enfants jouent gentiment sur une table voisine et l’esprit de l’endroit est presque familial, visiblement fréquenté par quelques habitués seulement.
Soudain, d’autres enfants arrivent car, et nous ne comprenons pas tout, des petits chats seraient tombés quelque part et c’est toute une histoire pour les récupérer. Arrivent alors des voisins qui expliquent que leur chat à perdu ses petits qui commencent à se déplacer seuls et qu’ils seraient visiblement tombés dans la gouttière d’un abri jouxtant le café mais inaccessible depuis chez eux. Bien évidement tout ce petit monde s’engouffre à l’arrière du bâtiment, précédé par la gérante du café pour aller voir ce qui se passe. Et alors que nous finissons nos consommations, les voilà qui reviennent avec, dans les bras, quelques chatons tout jeunes et assez paniqués par leur mésaventure.

Nous reprenons notre route, longeant l’Isle qui cette fois serpente entre ce village et notre destination du jour. En marchant mes deux compagnons de route, habitués de la marche en dehors du chemin me disent ne jamais la pratiquer autrement qu’avec des bâtons de marche. Depuis quelques temps ils se demandent bien pourquoi je n’en utilise pas, moi aussi, sans jamais avoir osé me poser la question. Mais voilà qui est fait. Je dois bien avouer que je me la suis posée, moi aussi, cette question avant de partir mais depuis lors, je suis super content de mon bourdon, fabrication maison dans lequel j’ai mis beaucoup de temps, de soins et, mine de rien, de sentiments et de moi-même. Il est étrange, assez tordu, mais c’est le mien et à nulle autre pareil.
Ils insistent pour que j’essaye leurs bâtons de marche, m’assurant qu’ils augmentent considérablement l’efficacité de la marche et la rendrait même plus rapide et moins fatigante. Bref, j’essaie. Et comme je le pensais bien, au bout d’une petit temps, « je ne les sens pas ». Je trouve qu’ils me forcent à une allure et surtout à une posture qui n’est pas naturelle pour moi qui préfère m’appuyer sur mon bon bout de chêne fait maison.
Voilà, au moins j’aurai essayé 🙂

Nous arrivons à Mussidant dans le milieu de l’après-midi.
L’endroit n’a rien de particulier, sauf peut-être la place ou se trouve notre hébergement avec un immense tilleul qui en orne le centre. Arbre remarquable et majestueux, histoire de l’endroit et mémoire du lieu. Il à du en voir passer des choses. Par contre nous ne voyons pas arriver notre responsable de gîte qui à dû être retardée. Nos coup de fil sont sans succès et nous nous posons sur les marches d’un bâtiment situé non loin de là pour l’attendre. Elle fini par arriver en s’excusant du désagrément mais elle à été retenue. Qu’importe, nous voici bien vite installés et nos crédentiales estampillées.
L’endroit n’est pas brillant, tout est bancal, abîmé et la cabine de douche bien pourrie avec sa base métallique rouillée et qui s’effiloche en plaques de deux centimètres de large qui recrollent vers l’extérieur, véritables aimants pour orteils nus qui ne demandent qu’à s’y écorcher. Pas terrible, ça! Prudence, ce serait trop bête !

En sortant, le ciel s’est couvert et la fatigue aidant je n’ai pas fort chaud. D’ailleurs il devient menaçant, le ciel et quelques gouttes nous font écourter notre petit tour à la recherche de quoi nous sustenter ce soir.
Finalement ce sera un bon plat de pâtes, fort convivial comme d’habitude. Car, comme on le dit parfois, pourquoi changer une équipe qui gagne ? 🙂

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *