Jour 51 – De Thiviers à Sorges

 

 

 

Cinquante-et-unième jour – Dimanche 26 avril 2015
Parcours :  18 km, la tête ailleurs
Hébergement : Accueil Pèlerins de Saint-Jacques (20€)


 

 

« Au milieu du chemin de notre vie je me retrouvai par une foret obscure car la voie droite était perdue. » – Dante Alighieri

Je n’ai pas très bien dormi, je ne sais pas pourquoi.
Avant de démarrer, je profite d’un solide déjeuner : Oeufs, confiture, pain, pistolets, jambon, fromage, croissant, pain au chocolat, jus de fruit frais, café ou thé. Rien que ça.
Là on peut dire qu’ils ne se moquent pas du marcheur !

Après avoir salué mes hôtes, je me met en route sous la pluie qui à fait son retour.
Mais je suis tracassé, je n’ai pas l’esprit tranquille et je ne sais pas ce qui se passe, je ressens quelque chose d’inhabituel et qui ne me plait pas. Pas comme si j’étais malade ou que je couvais quelque chose, non, c’est autre chose d’indéfinissable à vrai dire.
Et je ne tarde pas à comprendre.
Je jette un coup d’oeuil à mon gsm et découvre un sms de ma petite femme.
En rentrant cette nuit de chez ses parents, elle me dit avoir eu un petit accrochage en voiture, mais rien de grave m’assure t’elle. Son message se veut rassurant mais, la connaissant, je n’y crois guère. Je tente de la joindre, sans succès. Idem chez ses parents. Idem chez les miens. Je deviens fou !
Ou est-elle ? A l’hôpital ? Que s’est-il réellement passé ?

Je marche sans réfléchir, heureusement les flèches sont régulières et je n’ai pas y penser. Je fonce sous la pluie, ne pretant plus attention à quoi que ce soit, prenant même des risques en traversant un peu n’importe où.
Je finis par arriver à la joindre ou c’est elle qui m’appelle je n’en sais plus rien, même ce jour-là.
Et je perçois à sa petite voix qu’il ne s’agit pas d’un simple accrochage, elle m’avoue avoir écrit cela pour ne pas que je me tracasse de trop en lisant le message. Tu parles !
Elle finit par me raconter que hier, en rentrant, elle s’est endormie au volant et est allée rencontrer un arbre ! BIM!
Heureusement, elle s’est réveillée juste avant l’impact et à pu donner un coup de volant judicieux afin d’éviter un choc frontal qui, au vu de la vitesse, aurait probablement été fatal. Bref, elle à ‘juste’ percuté l’avant gauche mais très sérieusement quand-même. Ambulance, Police, etc et puis la nuit à l’hôpital duquel elle vient juste de sortir.
Elle s’en tire avec de nombreuses contusions et un traumatisme mais rien de cassé, fort heureusement.
Elle tente de me rassurer. Ça ne marche pas. Pas du tout même !
Je n’ai qu’une envie, trouver la gare la plus proche et rentrer la retrouver.
Entre temps, je parviens à joindre mes parents qui me confirment ce qu’elle me dit, que c’est assez grave mais que les dommages matériels sont importants et que heureusement, elle avait une bonne voiture, sans quoi…
Elle à pu rentrer à la maison en véhicule médicalisé et ses parents sont actuellement auprès d’elle, chez nous.
C’est déjà ça, mais je suis toujours inquiet quand-même et plus rien n’a de saveur ni de valeur. Au fil de mes pas, la journée s’écoule, monotone, et seules des nouvelles vraiment rassurantes pourraient m’aider, je pense.

A la sortie d’un sentier, je rencontre un panneau qui m’indique que le village ou je compte faire étape est à 8 kilomètres alors que mon guide en affiche près du double. Tant pis pour le tracé officiel et l’asphalte, je prends par la route et file tout droit vers Sorges. Un peu plus loin, je croise un panneau indiquant des chambres d’hôtes « escargots » sur la droite. Je prend la plaque en photo, mais je ne fais pas le lien tout de suite et ne réalise même pas que le logo utilisé par les propriétaires est aussi celui que j’ai associé à la page FB du Pèlerin en herbe!
J’ai tellement galopé que j’arrive en tout début d’après-midi à Sorges!

Le refuge n’est même pas encore ouvert mais d’autres pèlerins sont déjà arrivés, installés à l’abri du porche de la Mairie, juste à côté.
Je les y rejoins, m’installe entre eux, dans le seul petit espace restant et je fais notamment la connaissance de Daniel et Nadège. Ils ont repris cette année le chemin qu’ils ont dû interrompre il y à quelque temps pour des raisons professionnelles. Mais étant tous deux pensionnés à présent, ils sont libres de le poursuivre comme bon leur semble.

J’allais essayer de joindre ma petite femme lorsque Hernie, notre hospitalière arrive et nous ouvre le refuge.
L’endroit est fort accueillant et elle est vraiment très gentille. Elle nous indique le dortoir que nous partagerons mais nous laisse choisir notre lit dans notre ordre d’arrivée. Ce qui est logique mais me surprend car c’est la première fois que cela m’arrive. En bon dernier ce jour, et comme souvent d’ailleurs, je peux donc choisir le dernier lit restant.
J’essaie de plaisanter en ajoutant : « je vais prendre celui-ci, il me plait beaucoup ! » Ce qui fait rire tout le monde.
Je suis très tracassé, ne pensant qu’à cet accident et je tente de donner le change malgré tout mais c’est bien loin d’être si simple…
Après tout les autres n’y peuvent rien du tout, moi non plus d’ailleurs. Quoique. Si je n’étais pas parti, j’aurais été au volant, je me dis que ce ne serait pas arrivé, qu’elle se serait endormie à côté de moi, comme bien souvent, et qu’il ne serait rien arrivé.
Et si…et si…et si…
On en fini plus, alors ! On ne fait rien, on entreprend rien, on ne prend aucune décision. Mais à quoi ça ressemble, la vie, dans ce cas ?

Bon! Une bonne douche me fera du bien, de toute façon et en attendant mon tour, je sors pour essayer de téléphoner. Sans succès.
Je tourne en rond et notre hospitalière voit bien que quelque chose de tourne pas rond, justement.
Lorsque je rentre elle me demande si tout va bien et je lui explique. Très compréhensive et des années d’accueil pèlerins derrière elle, je ne suis pas le premier qu’elle croise et qui soit un peu en détresse. Bien que hollandaise, elle maîtrise parfaitement notre langue et trouve les mots justes, qu’il fallait que j’entende à ce moment. C’est précieux.

Mon tour de douche arrive, j’en ressors rapidement et parviens enfin à joindre ma petite femme.
Sa voix est meilleure que ce matin et me rassure quelque peu, enfin. J’ai toujours envie de rentrer la retrouver et m’assurer par moi même que tout va relativement bien. Elle me garanti que oui, qu’il ne faut pas que je rentre mais j’ai du mal à accepter ce qu’elle me dit. Je verrai bien demain car je devrais arriver à Périgueux et qui dit grande ville, dit liaison directe et rapide. Je ferai le point, j’aurai la journée pour y réfléchir.

En attendant, je décide d’aller visiter l’église Saint Germain d’Auxerre, située de l’autre côté de la placette.
Elle vient d’être entièrement rénovée et il était temps, paraît-il. Mais quelle merveille c’est (re)devenu !
Un véritable joyau, tout en simplicité, comme seul le style roman le permet. La restauration à été très bien menée et à magnifiquement respecté l’ensemble. De plus un appel aux dons à permis de reconstruire entièrement les orgues et, même si c’est le silence qui règne à l’intérieur de l’édifice en ce moment, j’imagine que c’est aussi une splendeur. En tout cas, même comme cela, l’instrument est une véritable oeuvre d’art et m’émerveille.
Une très belle statue de Saint-Jacques orne également l’endroit. L’ensemble des décorations est sobre, discret, raffiné et réalisé avec énormément de goût et de respect pour l’église.
Cette église, justement, qui petit à petit fait son « office roman » et m’apaise, me calme, me permet de me recentrer sur l’essentiel, me rassure et me permet d’y voir plus clair dans l’épreuve du jour. Mine de rien, ils savaient ce qu’ils faisaient en construisant de la sorte, nos ancêtres, avec ces merveilleuses machines à méditer et à distribuer l’énergie.

Daniel et Nadège terminent eux aussi leur visite de l’édifice et nous sortons ensemble pour rejoindre le gîte.
La fin de l’après-midi approche et Hernie nous raconte qu’elle vient de recevoir deux américains un peu spéciaux qui cherchaient un endroit pour se restaurer ce soir car la chambre d’hôtes qui les accueille leur à fait faux bond pour le repas prévu. Ils l’ont prise un peu de haut et cela ne lui à visiblement pas plu du tout. Et on la comprend facilement.
Et leur à donc dit, nous raconte t’elle, que finalement un refuge pèlerins ce n’est pas si mal quand il n’y à rien d’autre!?
Mais que, non, désolée, il n’y avait plus de place à table et que de toute façon elle était réservée aux personnes logeant au gite. Elle n’a pas sa langue en poche, et je la crois aisement. Et comme elle nous le dit très justement, leur réputation ayant du les précéder (ça arrive sur le chemin) ils ont visiblement beaucoup de moyens et peuvent se commander un taxi pour aller ou bon leur semble afin de se restaurer.

A propos de se restaurer, Daniel et moi décidons d’aller nous trouver un petit apéro avant de passer au repas du soir.
Mais malheureusement tout est fermé et les quelques bières que Hernie gardait en réserve ont été utilisées et elle à totalement oublié d’en racheter. Peu importe, il parait qu’il y à un camion-pizza non loin de là ce soir et nous décidons d’aller voir si il n’aurait pas quelques possibilités pour nous.
Il y à bien de petites canettes de 20cl de bière et nous décidons d’en prendre deux chacun. Je décide d’offrir l’apéro du jour et au moment de payer, je comprends clairement que le gars nous à vus venir : pas du coin, ne seront plus là demain, ne me reverrons plus jamais. Je vous le donne en mille : 10€ les 4 petits bidules !
Quelle attitude ridicule de la part de quelqu’un qui se dit commerçant.
Nous nous regardons ébahis et lorsque nous prenons le chemin vers notre gîte Daniel insiste plusieurs fois pour payer sa part.
De retour, et en attendant de prendre le repas, je vous prie de croire que nous dégustons chaque micro-goutte de ces fameuses petites canettes 🙂

Le repas est délicieux, on sent bien que Hernie aime ce qu’elle fait. Elle nous raconte aussi que cet endroit et la magnifique église toute proche lui font tellement de bien qu’elle demande systématiquement pour revenir accueillir les pèlerins ici, année après année.
Nous passons un bon moment autour de la table et ces instants accompagnés de l’un ou l’autre fou rire m’aident un peu à oublier ce qui est arrivé la nuit dernière à un être aimé et qui, sans un petit miracle, se serait vraisemblablement transformé en drame.

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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