Jour 50 – De Saint-Pierre-de-Frugie à Thiviers

 

 

 

Cinquantième jour – Samedi 25 avril 2015
Parcours :  23 km, humides
Hébergement : Mr et Mme Leytens (23€)


 

 

« Le pèlerin est un homme qui marche, ou plutôt, un homme qui à réappris à marcher en renonçant à ses ‘béquilles’ habituelles. » – Jacques Delatouche

Parti vers 8 heures ce matin. Sous la pluie.
Ha oui il faut bien que ça arrive de temps en temps !
Maurice à démarré au taquet, son parapluie fixé à son sac. L’idée semble bonne et cela doit être plus confortable qu’une capuche, même munie d’une visière intégrée, surtout lorsque l’on porte des lunettes.
Mais je pense que cela ne vaut que si il n’y à pas de vent sinon, ça risque bien vite de devenir une sacrée galère.

Peu après avoir quitté Saint-Pierre-de-Frugie, je croise l’entrée d’un monastère bouddhiste qui, recherche faite plus tard, semble fort réputé. En tout cas l’endroit est vraiment somptueux et probablement très bien choisi, en plein parc naturel, pour rendre propice ces moments de ressourcement qui nous manquent tant dans nos quotidiens affolés, cette course continue et finalement plus épuisante qu’autre chose.
Après quoi l’humain courre t’il ? Toute cette énergie dépensée, gaspillée, cette course incessante pour arriver à quoi, finalement ? Plus de biens matériels ? Plus d’argent ? Plus vite ? Toujours plus ! Et puis quoi ? Une frustration permanente, insidieuse, un mal-être, un plongeon à côté de l’essentiel qui élève, lui. Tout son contraire. L’être humain finira par s’en rendre compte, j’en suis intimement persuadé, mais dans combien de temps, combien de générations faudra t’il pour y arriver ? Combien de guerres, d’années de surproduction, de gaspillage, de destruction de notre terre, de course à la croissance, à la réduction absurde des coûts pour maximiser un profit pourtant déjà exorbitant dont seule une poignée profite ? Ajouté à cela la culture du repli sur soi, l’entretient de la peur de l’autre parce qu’on ne le connait pas, que l’on veut pas le connaitre, parce qu’on gobe tout ce que l’on nous ressasse à longueur de journal papier ou parlé. La culture de la peur. Avec cela on fait tout ce que l’on veut d’un peuple. Le tout complété d’une perte évidente des valeurs humaines ou autres, même de base et du manque régulier du respect le plus élémentaire.
De gré ou de force, l’humain changera de cap. Espérons qu’il comprenne avant qu’il ne soit trop tard.

Finalement, la pluie pousse à la réflexion, du moins lorsqu’elle tombe gentiment comme c’est le cas en ce moment et j’en suis là dans mes pensées lorsque je croise le joli village de Sainte-Marie.

En en sortant, voilà la pluie qui s’intensifie et qui tombe par seaux entiers.
La route monte à présent vers « La Coquille », et c’est dans un véritable déluge que j’arrive dans cette petite ville au nom de circonstance. L’ambiance y est un particulière, entre bâtiments récents, et d’autres, plus anciens ou bien restaurés et portant des inscriptions art-déco. Un certain charme désuet y règne mais vu ce qui tombe, je n’ai pas vraiment envie d’en faire une visite détaillée. Je me cherche de quoi manger un petit morceau et surtout un abri, si possible au sec afin de prendre une petite pause et, qui sait, bénéficier d’une accalmie pour me remettre en marche.
Je trouve une boulangerie et, un peu beaucoup plus loin, de l’autre côté de la rue principale, un bar-tabac dans lequel j’entre, ruisselant. Je demande si je peux m’ asseoir dans un coin malgré mon état dégoulinant. Pas de problème pour le patron, c’est bien gentil. Les habitués me regardent m’installer avec curiosité. J’en profite pour vérifier que mon sac est correctement emballé dans sa protection anti-pluie et je fais bien car il semblerai qu’un des coins soit mal agrippé au bas du sac et qu’il se soit déjà rempli d’eau. Bref, voilà encore un peu plus d’eau dans l’établissement de ce brave monsieur.
Je m’en excuse en lui commandant un café et je pousse même le bouchon, ce qui ne me ressemble vraiment pas, pour lui demander si je peux consommer chez lui, qui en vend pourtant, ce que je viens d’acheter un peu plus loin ? Pas de problème non plus ! Voilà qui est fort plaisant et plutôt rare, je dois dire.
Je ne manque pas de le remercier une nouvelle fois au moment de mon départ, toujours sous la pluie battante.
Moi qui pensais que cela irait un peu mieux, pas du tout ! Le ciel est bouché et à mon avis, je vais me faire doucher toute la journée. L’avantage est qu’il fait sensiblement moins chaud.

Dès la sortie de La Coquille, le tracé quitte rapidement la grand route et les chemins asphaltés pour, enfin, rejoindre des sentiers en pleine nature. Ils sont forcément boueux, mais quel confort pour les pieds et puis quel calme !
Depuis quelques jours, je remarque que mes prédécesseurs commencent à déposer des pierres sur les reposoirs qu’ils croisent, formant de petits tas de ci, de là.

Le balisage est enfin redevenu très bon et me perdre dans mes pensées ne risque plus de me faire perdre la bonne voie, l’œil accrochant régulièrement et instinctivement les plaquettes jaunes et bleues disposées au bon endroit.
Comme quoi, être un bon baliseur n’est pas à la portée de tous, quand je vois comme j’ai déjà pu galérer en certains endroits. Mine de rien c’est un sacré confort quand on marche si longtemps, de ne pas devoir se tracasser tous les dix pas du bon chemin. Ça repose et ça libère l’esprit qui n’a, justement, qu’une seule envie que celle de pouvoir s’évader et gambader ou bon lui semble.

En traversant un bois, j’avais remarqué une petite pancarte mentionnant la présence d’une pierre à cupule. Moi qui aime beaucoup visiter les dolmens et autres menhirs, je trouve ça bien. Mais il ne fallait pas la manquer et  heureusement qu’une une autre pancarte judicieusement placée à attiré mon attention, juste en hauteur sur le bord du chemin en indiquant la dite pierre, car je serais passé cent fois à côté sans la remarquer.

Peu après avoir mangé un petit morceau au coin d’un bois, dans un ancien abri bus tout déglingué mais encore relativement étanche d’une partie de son toit, le ciel semble se calmer un peu mais reste fort couvert.

Lorsque j’arrive à Thiviers, vers le milieu de l’après-midi, il est bel et bien revenu, le soleil et dès qu’il apparaît ça chauffe sérieusement.

Je trouve sans peine mon hébergement du jour, presque au pied d’une des coquilles qui parsèment la ville, chez des gens charmants, des hollandais, qui accueillent régulièrement les pèlerins dans leurs chambres d’hôtes mais aussi des touristes de passage, à un tarif nettement moins intéressant cette fois.

La chambre que j’occuperai seul est grande, équipée de trois lits, une belle douche au bout du couloir et tout ce qu’il faut avec.
Il ne faudrait pas que je prenne goût à ce genre d’endroit parce que ce ne peut être qu’exceptionnel.

Une fois installé, douché et lessivé les vêtements du jour, je pars me balader dans la jolie petite ville et notamment visiter la belle église Notre-Dame.

Pour le soir, et bien qu’un kebab se trouve pile devant ma chambre, je choisi de redescendre vers le bas de la ville ou une petite auberge à retenu mon attention tout-à-l’heure. Le kebab, ce repas pourtant sain, traditionnel et complet (humour) ne me fait pas trop envie en chemin, l’une ou l’autre mésaventure de jeunesse m’ayant refroidi à leur égard, alors autant ne pas prendre de risques inutiles, ce serait trop bête de rester planté un ou deux jours sur place pour un morceau douteux ou un problème de digestion 🙂
Dans cette auberge très accueillante je retrouve mes deux américains qui m’expliquent loger dans le bel hôtel de la rue principale et dont la chambre est trop petite à leur goût. Il me disent avoir choisi de s’offrir le gros menu proposé ici. Ils m’encouragent à faire de même, mais 63€ pour mon repas du soir, hors boissons, c’est réservé aux toutes grandes occasions, exceptionnelles et donc d’autant plus rares et surtout accompagné de ma petite femme. Une fois ma commande passée, j’entame une discussion avec un monsieur adorable qui est parti depuis peu de Bruxelles et qui va rallier Compostelle en vélo. La conversation est ouverte, conviviale et enrichissante. Je ne sais rien de lui mais il m’aurait été fort agréable de pouvoir passer plus de temps à échanger en sa compagnie.
Je me demande un instant comment des gens qui ne se sont jamais rencontrés font pour savoir que d’autres, pourtant démunis de leur sac à dos, sont en chemin vers Saint-Jacques? Mais la réponse saute aux yeux : short, T-Shirt et pieds nus dans des sandales légères font le look du pèlerin qui en à définitivement terminé avec les questions vestimentaires et du « qu’en dira t’on » 🙂
Alors que je rejoins ma place, la patronne vient m’apporter, avec un grand sourire, un bol contenant un plat que je n’ai pas commandé et contenant une espèce de soupe épaisse au parfum très agréable.
Elle me dit que c’est une recette qu’ils sont occupés à expérimenter, composée de panais, de patates douces et divers autres ingrédients. Avant même que je n’ai eu le temps de me poser la question, elle ajoute : « et c’est offert par la maison, bien entendu. Vous m’en direz des nouvelles! ».
C’est vraiment super gentil et qui plus est, absolument délicieux. De plus cet établissement que je ne peux définitivement que recommander dispose en sa carte de ce merveilleux breuvage qu’est l’Orval à un prix tout-à-fait normal et qui finira par couronner ce délicieux moment.

Et c’est repu que je quitte ma table, saluant mes compagnons de route croisés ce soir et remerciant les propriétaires de l’endroit pour rejoindre ma grande chambre au bon lit bien moelleux.

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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