Jour 48 – De Limoges à Saint-Martin-le-Vieux

 

 

 

Quarante-huitième jour – Jeudi 23 avril 2015
Parcours :  24 km, plus tranquilles
Hébergement : Chambre d’hôtes, chez Mme Guindre (55€)


 

 

« Ne demande pas combien il à de kilomètres derrière toi ni combien il t’en reste à parcourir, et n’invente pas d’excuses pour rester dans le voisinage. Ne compte pas les jours.
Puis mille soulagements à ta peine seront fournis par la campagne, par tes compagnons de voyage et par la longueur de la route… »
 – Ovide

Il faisait encore très chaud lorsque nous nous sommes couchés hier soir et nous sommes mis au lit les fenêtres grandes ouvertes.
Une fois bien endormis nous avons étés réveillés, vers 1h du matin par des cris.
Une bande de jeunes, passablement éméchés, n’ont rien trouvé de mieux à faire que de venir poursuivre leur soirée sous les fenêtres. Même fermées, même avec des bouchons dans les oreilles, pas moyen de se rendormir et il me faudra attendre presque l’aube pour y parvenir.
Décidément, quand ça ne va pas, ça ne va pas !

Dès notre réveil, nous préparons nos affaires et descendons prendre notre déjeuner ensemble.
Il n’est pas brillant : quelques morceaux de pain et un ou deux petits raviers en plastique de confiture accompagné de café. Pour 5€ par personne, comme c’est la moyenne de ce qui est demandé, il me semble qu’il serait possible de proposer autre chose à des personnes qui vont se dépenser sérieusement au long de la journée.
Mais bon, ça va encore ici et, comme vous le savez, on à déjà vu bien pire.

Oui, je râle ce matin ! J’ai encore mal dormi, il fait déjà chaud, ce groupe auquel j’était attaché éclate et puis, et puis…
Et puis, quoi ?!
C’est dans l’ordre des choses, évidemment, mais j’ai du mal avec cela. Et il faut vraiment que j’apprenne à gérer.
Avec le recul c’est beaucoup plus facile d’en parler, mais sur le moment et au vu de l’état d’esprit qui est le mien à cette période, je vous garanti que c’est loin d’être évident.
Une fois avalé notre petit déjeuner, pas dans le sens de l’expression française, vous me connaissez maintenant, mais bien dans le sens de la taille, nous faisons nos adieux à Christiane qui retourne en Belgique, en train ce matin.
Patrick et Henri on décidé d’emboîter le pas à Dannis qui fera étape au même endroit que eux ce soir. A 42 kilomètres.
Quarante-deux kilomètres !!!
Rien que d’y penser, j’en ai le tournis, je suis épuisé à leur place et je ne m’y vois mais alors absolument pas !

Je grogne, donc, ce matin.
Je rumine et en y repensant un peu plus loin mais aussi, bien entendu, des mois après en rédigeant ce récit, je me rends mieux compte à quel point Limoges fut un tournant pour moi. Etape symbolique et marquante qui mettra du temps à décanter et apportera son lot de réflexions et probablement de bonnes choses à mûrir.

Nous partons bons derniers, Henri et moi, comme d’habitude et pour la dernière fois ce matin.
Et heureusement qu’il est là car le balisage dans Limoges est loin d’être clair. Grâce à son plan détaillé de la ville, nous nous en tirons bien, en sortons relativement rapidement, et rejoignons bien vite l’air plus frais, la verdure et la souplesse des petits chemins bien balisés. Je n’aurais rien pu faire avec mes croquis, encore une fois.
Dès que la situation est devenue claire et évidente à suivre, Henri s’éloigne, adoptant son rythme de croisière.

Mais peu après Isle alors que je chemine tranquillement sur une piste réservée aux promeneurs-pèlerins-randonneurs-cyclistes parfaitement aménagée le long de la route principale, le voici qui m’appelle.
Il n’est pas perdu mais il se trouve déjà un bon kilomètre plus loin et s’est arrêté devant la camionnette du boulanger, stationnée juste à l’endroit où il passait. Il voulait savoir si j’arrivais bientôt car il à pris la liberté de me prendre un petit quelque chose pour compléter notre léger repas matinal. C’est vraiment parfait car je serai là dans quelques bonnes minutes, mais j’arrive.
Lorsque je l’aperçois le boulanger ambulant est parti et il m’attend, appuyé sur le muret d’enceinte d’une petite maison.
Nous discutons un peu en prenant tranquillement notre collation de 10 heures, suivant l’expression, lorsqu’une dame nous interpelle depuis la maison devant laquelle nous nous trouvons.
-« Que faites-vous là ? » Nous demande t’elle.
Un peu mal à l’aise, nous lui expliquons notre pause, pile devant chez elle.
-« Et ce ne serait pas mieux avec un café ? »
Bien sur que si ! Et aussitôt proposé, aussitôt entrés chez elle, assis devant une bonne tasse de café tout frais que Aline vient juste de préparer.
-« J’en fais toujours de trop », nous confie t’elle, un peu voûtée par le poids des ans, trottinant autour de sa cuisine pour tout mettre à table et que nous ne manquions de rien, avant de nous poser une multitude de questions sur notre périple, toute contente de faire plaisir et, en échange, de recevoir un peu de compagnie, de présence, de nouveauté et de voyage en restant chez elle. Bien sûr elle nous raconte un peu sa vie, ses enfants partis habiter si loin son mari disparu trop tôt, ses amies qui elles aussi, la quitte l’une après l’autre. Mais elle est très philosophe et loin de s’apitoyer sur son sort, elle nous donne une belle leçon de vie et nous l’écoutons quasi religieusement nous raconter tout cela de sa voix qui tremble un peu.
Après une petite demie-heure, sans que nous n’ayons marqué le moindre signe d’impatience, elle nous dit d’emblée qu’elle ne veut pas nous retarder, que nous avons de la route à faire et qu’il est sans doute temps d’y aller.
Quel bonheur de croiser des personnes aussi gentilles et bienveillantes. Il est définitivement certain que seul le Chemin permette de vivre de tels instants, si précieux.

Nous redémarrons et cette fois, c’est bien un au revoir que je lance à Henri car vu l’étape qu’il fera aujourd’hui et les jours suivants, avec son allure, il est désormais fort peu probable que je le recroise plus loin.

Après deux bonnes heures de progression, nettement plus évidente que les derniers jours, et alors que je cherche un endroit pour me poser et manger un morceau, voilà que je retombe sur Luc, le liégeois à casquette.
Lui aussi cherche à s’asseoir quelque part pour casser la graine.
Et il ne nous faut pas bien longtemps avant de trouver un joli petit muret tout moussu qui borde la route sur laquelle nous cheminons. Il protège les usagers d’un cours d’eau qui coule un peu plus bas.
L’endroit est parfait et nous décidons de nous y installer, ouvrant nos sacs et mettant en commun ce que nous avions prévu de manger chacun dans notre coin.
Pas grand chose mais ce n’est vraiment pas un problème. A ce moment, je me rends parfaitement compte que nous partageons bien plus qu’un peu de nourriture. Le temps semble suspendu et c’est vraiment un très bel instant.
En mangeant nous enlevons nos chaussures, libérant nos pieds de leur cuir lacé et Luc laisse même tomber ses chaussettes, jouant à se caresser les orteils en balançant doucement les pieds dans les hautes herbes qui garnissent l’endroit, bercés par le clapotis de l’eau en contre-bas.

Le Chemin, quand on prend la peine de le lire et de l’écouter, répond toujours à nos attentes. Je m’en suis déjà rendu compte et cela arrive tout le temps. C’est une question d’état d’esprit, essentiellement.
En voilà un autre, tiens de moment précieux dont je me souviendrai longtemps et qui, en m’y replongeant me renvoie tant de si bons souvenirs. Je pense que pour Luc aussi cela fût un moment rare et précieux d’échange, de sincérité et de bonheur.

Nous repartons ensemble et ne tardons pas à arriver à Saint-Martin-le-Vieux ou je m’arrêterai aujourd’hui.
Une très belle fontaine jouxte la toute aussi belle église romane du village et l’eau fraîche qu’elle distribue est un pur bonheur. J’atteint rapidement mon étape et laisse Luc continuer car il à choisi de poursuivre quelque peu sa route. Nous nous saluons au bord du chemin et je monte vers la jolie ferme entièrement restaurée et transformée en luxueuses chambres d’hôtes.
Il faut bien l’avouer, l’endroit est une merveille. Rénovée à l’aide de matériaux nobles et avec beaucoup de gout, le lieu est fort plaisant mais me gène un peu par son luxe et son confort. Je ne manque pas d’en profiter, cela fait du bien de s’arrêter dans un tel endroit, ce serait sacrément hypocrite d’oser écrire le contraire, mais je trouve qu’il ne fait pas trop pèlerinage. Et après tout il n’est écrit nulle part qu’il faut absolument dormir sur des planches ou des pierres non plus!

L’accueil est très convivial et, définitivement, cet endroit est parfait pour prendre quelque heures de repos au calme, dans une grande chambre individuelle au lit super confortable, une très belle habitation entourée d’un grand jardin peuplé de nombreux chats plus affectueux les uns que les autres.

Le moral remonte, un cap est définitivement passé, je le sens. Ouf!

Le soir, un très bon repas nous est servi, accompagné d’un excellent vin.
J’écris ‘nous’ car un couple d’américains très sympathique à également atterri ici. Il me racontent que eux aussi parcourent le chemin vers Compostelle mais veillent toujours à choisir ce niveau d’établissement pour leurs étapes.
Après tout, et encore une fois, chacun son Chemin !

Ce délicieux repas avalé, c’est fourbu et lessivé que je vais me coucher.
La fatigue, bien que très présente, n’est plus la même que les jours précédents. Elle semble bien plus naturelle et en harmonie avec l’effort fourni au long de la journée, ce qui me rassure.
Et c’est repu et bien plus détendu que je m’abandonne au sommeil dans le calme de la grande maison.

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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