Jour 44 – De La Souterraine à Marsac

 

 

 

Quarante-quatrième jour – Dimanche 19 avril 2015
Parcours :  26 km, fatiguants
Hébergement : Chez Bernie (21€ sans repas)


 

 

« Rien qu’aujourd’hui, j’essaierai de vivre exclusivement la journée sans tenter de résoudre le problème de toute ma vie.
Rien qu’aujourd’hui, je ne critiquerai personne. Et ne prétendrai redresser ou discipliner personne, si ce n’est moi… »
 – Prière du pape Jean XXIII

A table pour le repas de hier soir nous n’étions pas seuls. Trois marcheuses légèrement spéciales se sont de suite installées au plus près de notre hospitalière et ont continuellement tenté de capter son attention. Et il ne fallait pas parler de n’importe quoi, même dans notre coin, les blagues ou notre humour parfois un peu léger, certes, mais sans jamais verser dans la moindre vulgarité, ne plaisait pas à ces dames qui faisaient sans cesse la grimace. C’est juste ce qu’il ne fallait pas faire car nous nous en sommes évidemment donné à cœur joie, discrètement et subtilement, de notre côté de la tablée. Nous n’en pouvions plus de nous retenir de rire, à en attraper mal au ventre ! 🙂

Ce matin, elles n’étaient plus là, préférant emporter leur déjeuner et le consommer en route nous dit Christine. Mais surtout éviter de retomber sur nous, de notre avis général. Tant pis, tant mieux.

Il fait bien frais au démarrage ce matin. Sec et frais, c’est parfait. En plus il fait lumineux ce qui ne gâte rien.

Le relief se fait plus vallonné et joli encore au fil des jours, par contre je le remarque particulièrement aujourd’hui.
Tout cela est un état d’esprit, bien évidemment.

Et en parlant d’état d’esprit, il n’est pas au mieux de sa forme, le mien, pour le moment. Le moral chavire rapidement et régulièrement. Ajouté à cela une fatigue tenace et insistante, ne me valent rien de bon.
Aujourd’hui et après seulement quelques kilomètres, me voilà déjà très fatigué.
Pour tout dire, je suis inquiet de ce qui m’arrive.
Avancer m’est devenu pénible et la moindre petite côte m’épuise littéralement.
J’arrive aux étapes totalement décomposé et il me faut une bonne paire d’heures pour récupérer un peu.
Il semblerait que mon corps essaie de me dire quelque chose que je ne parviens pas ou refuse de comprendre.
Je vais essayer de dénicher une pharmacie et me prendre une cure de vitamines, peut-être que ça aidera et j’espère vraiment que cela ne sera que passager.

En attendant, il faut aller de l’avant, essayer de ne pas se laisser aller, même si c’est loin d’être facile.

En fin de matinée, la température remonte rapidement et ces parcours presque exclusivement sur asphalte sont particulièrement éreintants.

Vers 13h je retrouve Christiane et Patrick qui viennent d’arriver à Chamborand eux aussi. Nous décidons de casser la graine juste au pied de l’église car nous trouvons que nous serons fins bien sur la pelouse ou le petit parking qui la borde. Fins bien oui, mais assis ce serait le top et malheureusement aucun banc, ni pierre, ni muret à l’horizon.
L’église est ouverte et quelques vieux bancs en bois, tout simples, sont entreposés dans le fond de celle-ci, probablement pour répondre à une éventuelle affluence de l’audience lors des offices.
Nous décidons donc d’en sortir une paire, l’un pour nous installer Patrick et moi, adossés au mur tout proche et l’autre ne servant finalement pas à Christiane, pour y poser nos pieds au beau milieu des victuailles que nous y avons étalées et que nous partageons en toute convivialité. C’est un bon moment. Ne manque que Henri, joint par téléphone et qui s’est visiblement, encore une fois, perdu en chemin.
Il est assez impressionnant de voir le nombre de fois qu’il parvient à s’égarer et, par conséquent, le nombre de kilomètres supplémentaires qu’il doit parcourir lors de chaque étape. Il doit encore être plus distrait que moi, ce qui n’est pas peu dire 🙂

Bref, nous levons le camp sans qu’il nous ait rejoint et décidons de nous retrouver un peu plus loin où il devrait pouvoir nous rattraper.

Les paysages ondulent joyeusement, le décor change et ces petites routes bien que la plupart du temps asphaltées sont un véritable bonheur de tranquillité, loin du trafic automobile.

Après deux heures de marche, j’arrive à Benevent-l’Abbaye qui est une très jolie petite ville agrémentée d’une magnifique abbaye. J’y retrouve les deux-tiers du groupe et Henri qui ne tarde pas à nous rejoindre, lui aussi.

C’est vraiment beau et valait certainement le détour en voiture mais, au regard d’une carte, je ne comprends vraiment pas pourquoi un détour de plus de 5 kilomètres est organisé pour les marcheurs ! Est-ce pour passer par ici ? Il est vrai que de nombreux gîtes d’étape et autres chambres d’hôtes parsèment la petite ville, mais c’est quand même étrange. D’autant que les grandes balises à fond bleu et texte jaune rencontrées à intervalles plus ou moins réguliers depuis l’entrée en France et indiquant la distance restante jusque Santiago, affichent des valeurs totalement délirantes depuis quelques jours maintenant. Il arrive que nous « perdions » ou que nous « gagnions » 200 kilomètres sur deux jours. Purement et simplement. Étrange et personne ne comprend. Enfin, soit, suivons les balises redevenues régulières et précises et ne nous posons pas trop de questions.

Après avoir visité l’église de la fameuse abbaye Saint-Barthélémy, nous plongeons dans un petit café ou plutôt salon de thé situé juste en face, quelques marches plus bas que la route. L’accueil est chaleureux et il est difficile de résister aux délicieuses pâtisseries proposées et faites maison ! D’ailleurs nous ne résisterons pas 🙂

Cette succulente collation prise, nous nous remettons en chemin pour les quelques kilomètres qui restent, en groupe cette fois. Dès notre sortie du bourg, je m’aperçois que j’ai complètement oublié de m’approvisionner en billets pour payer ma place de ce soir. Rien de grave, le guide indique un distributeur à Marsac, étape du jour. Il me faudra juste être attentif et ne pas le manquer.

Approchant du but pour cette journée, nous traversons un petit bois, puis rejoignons la route qui descend vers le village et là, Henri, infatigable et, il faut bien l’avouer, remarquable chanteur, entame le chant des pèlerins, puis quelques autres dont l’un ressemble furieusement, par son rythme, à un air de fanfare.
Ni une, ni deux Patrick commence à imiter un joueur de grosse caisse qu’il porterait devant lui, en bandoulière et moi la trompette, mais additionnée du mouvement caractéristique du bâton du chef de fanfare.
Fou rire énorme et général, plus moyen de nous ravoir !

Et c’est en gloussant encore par moments que nous arrivons au terme de cette relativement longue et assez fatigante étape.
Trouver notre hébergement ne fut pas très compliqué. Par contre impossible de localiser le dit distributeur de liquidités. Les autres vérifient leur réserve et il apparaît que tous ensemble ils pourraient me dépanner, il manquerait ‘juste’ à peine cinq euros.

Arrivés chez Bernie, nous flairons quelque chose d’étrange, d’indéfinissable mais pourtant connu, enfin pour moi.
Elle nous installe dans nos chambres respectives, comme elle le décide et une fois entré dans la mienne qui est, je dois bien l’avouer spacieuse et relativement propre, je pose mon sac sur une chaise, histoire de le caler et de me faciliter la vie pour y accéder. Remarque immédiate et sèche : pas question de poser ça là, c’est fait pour être par terre !

Bien, madame, comme vous voudrez, madame.
Et je n’aurais pas du le prendre comme cela, selon elle. Mais tout le monde avait trouvé sa remarque et surtout le ton employé totalement déplacés. Soit.
Je lui annonce que je n’ai pu trouver le distributeur annoncé dans le village. Effectivement il à été démonté le mois dernier suite à la fermeture de l’agence bancaire. Je lui explique que nous pourrions payer l’ensemble de nos places en nous regroupant mais qu’il manquera quelques euros.
Pas question!! Mais elle accepte de m’emmener à Benevent en voiture afin que je puisse trouver le montant dû.
Par la route, il faudra parcourir plus de 16 kilomètres aller-retour. Calcul étrange et peu compréhensible.
Sauf si… il s’agissait d’un nouvel accueil ‘portefeuille de pèlerin’.
Ce qui se confirmera lors des instructions de prise de douche qu’il ne faut pas prendre trop longue, éviter de laisser la taque de cuisson allumée trop longtemps, etc, etc.

Au moment de penser à préparer le repas du soir, nous voulons nous rendre à l’épicerie du coin qui se révélera être fermée le dimanche. Pas de chance. Et que faire ?
Bernie à la solution (évidemment) : elle nous propose « gentiment » des conserves faites par elle-même et dont il lui reste justement un ou deux exemplaires.
Mais quelle chance ! Lançons-nous, un tant soit peu ironiquement.

Le prix annoncé est, bien entendu, exorbitant.  Profitant de notre désarroi, elle ne s’est pas embêtée pour lancer un prix de fou qu’elle savait pertinemment bien que nous serions obligés de payer. Triste mentalité.
Nous venons donc d’acheter au prix fort un espèce de ragoût qu’elle nous à vendu comme étant exceptionnel et qui, de palais de fins gourmets de l’un de nos compagnons, pourtant habitués aux cantines militaires et qui en à vu d’autres était particulièrement « pas fameux du tout ». Ouf! Je pensais que j’étais difficile mais l’avis est donc partagé.
Et à propos de partager nous le partageons donc, ce repas, autour d’une nouvelle table fort conviviale et joyeuse avant de rejoindre nos chambres respectives.

 

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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2 comments for “Jour 44 – De La Souterraine à Marsac

  1. Willy Wafflard
    24 janvier 2018 at 19 h 19 min

    Voilà qui rejoint ce que tu m’as décrit hier, Olivier. Ce genre de personnage vénal doit être denoncé. Il n’est pas possible que cette dame fasse encore des centaines de victimes pour arrondir sa cagnotte personnelle. C’est tout simplement honteux!

    • Le Pèlerin en herbe
      28 janvier 2018 at 15 h 02 min

      Absolument, Willy!
      Et c’est d’ailleurs ce que je prépare car même trois ans après, je pense qu’il n’est pas trop tard pour signaler ce genre de comportement indigne de quelqu’un qui se dit « accueil pèlerin »…
      A bientôt,
      Olivier.

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