Jour 43 – De Crozan à La Souterraine

 

 

 

Quarante-troisième jour – Samedi 18 avril 2015
Parcours :  25 km, assez durs
Hébergement : Gîte ‘Au coucher du Soleil’ (29€)


 

 

« Si tu as un ami, visite-le souvent. Car les épines et les broussailles hérissent le Chemin où personne ne passe ». – Proverbe d’Orient.

Après une nuit sur le lit tout mou de notre gîte, nous repartons vers 8h.
Non sans faire une petite visite de l’église romane St-Etienne située juste à côté du refuge et que l’on vient juste d’ouvrir.

Peu après le départ, nous descendons le long d’un joli petit sentier bordé de murets de pierres couvertes de mousse et qui ondule vers La Sedelle, très belle rivière, fougueuse à souhait et bordée de magnifiques propriétés en pierre, au cachet époustouflant.
La nature est en pleine explosion et les jardins qui agrémentent ces belles maisons ajoutent encore à leur charme.

Le sentier entame ensuite une longue montée et je ne parviens plus à suivre le rythme du groupe. Inutile de se fatiguer encore plus, la pire chose à faire étant de tenter à tout prix de marcher à la même allure que quelqu’un d’autre. Que ce soit pour avancer plus vite, ça tout le monde s’en doute, mais aussi plus lentement.
C’est vraiment terrible, je peux vous l’assurer et s’adonner à cet exercice sur plusieurs jours est le meilleur moyen pour ne pas pouvoir poursuivre très longtemps son chemin!
Je les laisse donc filer devant et en reviens à mes propres pas.

Je rejoins une route asphaltée, puis une autre en traversant quelques villages composés parfois de seulement quelques maisons. Après plusieurs kilomètres, je retrouve Patrick, occupé en grande discussion téléphonique sous un arbre ou se trouvent une sorte d’autel et quelques pierres taillées dont une grande croix, posées devant. Un lieu vraiment étonnant.
J’en profite pour m’y arrêter quelques instants aussi et grignoter un petit quelque chose.
Peu après, Patrick raccroche en bougonnant, referme son sac et démarre en trombe.
Je ne cherche pas à comprendre et me remet également en chemin peu après.

Le temps est variable et assez frais, ce qui fait du bien. Cela n’enlève rien à la fatigue globale mais me permet de mieux respirer et de ne pas ajouter un facteur ralentisseur, voire de fatigue supplémentaire.

Je croise un arbre très particulier, tout-à-fait mort mais comme si ses branches constituaient un pic hérissé de pointes toutes blanches. Puis de l’asphalte encore et toujours.
Vient le début d’après-midi et je dois m’arrêter subitement car je ne me sens vraiment pas bien. Peut-être est-ce dû à l’absence de repas correct ce midi ? J’ai pris la fâcheuse habitude de négliger ceux-ci, parfois de manière bien involontaire faute de trouver de quoi me sustenter valablement sur le parcours du matin, mais parfois même lorsqu’il y à moyen de trouver des choses saines, mes choix ne sont probablement pas toujours les bons, je m’en rends compte à mes dépends et ce n’est pas la première fois. De plus il faut vraiment que je me constitue autre chose qu’une maigre réserve dans le fond de mon sac. Le but n’est pas de transporter 3 Kg de nourriture d’astronaute mais bien quand même de quoi reprendre de l’énergie pour arriver en (relativement) bon état à l’étape.

Au bord d’un étang en plein courant d’air frais (vraiment étrange cette météo!) je retrouve Henri et Christiane qui viennent d’y faire une courte pause. Je viens juste de m’arrêter et je décide donc de poursuivre ma route.

Je traverse ensuite un bois dans lequel j’ai la surprise de trouver, accrochée à un arbre, une petite boite en bois munie d’une coquille et dans laquelle se trouve un cachet que j’aurais pu apposer sur ma crédentiale, mais aussi des rondins de bois, disposés en cercle, invitation à une pause conviviale, au calme, en écoutant le chant des oiseaux.

Peu après, me voici à l’entrée de Saint-Agnant-de-Versillat. Joli petit village bien calme et baigné de soleil qui, une fois présent, n’hésite pas à chauffer. Je suis bien fatigué et il me reste encore un bon six kilomètres à marcher pour arriver aujourd’hui.
Une heure et demie, au mieux. J’ai du mal, il va me falloir gérer.

En sortant de Saint-Agnant je dépasse un cimetière à proximité duquel un panneau invite à visiter une lanterne aux morts qui se trouve installée en son beau milieu.
Vu mon état de fatigue depuis quelques jours, j’évite ce genre de détours, même minimes. Je longe donc ledit cimetière duquel je vois soudain débouler un drôle d’individu barbu, casquette vissée sur la tête, bourdon à la main et sac sur le dos.
« Encore un marcheur en Chemin », me dis-je, sans y prêter plus grande attention et poursuivant mon chemin jusqu’à ce que, justement, il vienne à croiser le sien.
Le gaillard m’interpelle. Avec un tel accent que je ne peux pas douter une seule seconde de son origine. Pour ma part, je ne dis pas grand chose, économisant mon souffle car notre désormais sentier commun grimpe pas mal en s’enfonçant dans la campagne. Après quelques centaines de mètres, je desserre les lèvres car mon compagnon n’arrête pas de parler, je me demande bien comment il fait, d’ailleurs. Enfin soit, après m’avoir dit, entre mille autres choses, qu’il est liégeois (ça pas besoin de le préciser, c’était clair dès qu’il à ouvert la bouche) et qu’il avait quitté Grivegnée le 15 mars, nous nous mettons par exemple à parler du temps qu’il fait et je ne peux m’empêcher de lui lancer : « Tchu, il à fait chaud à crever avant hier, quand même! »
Il éclate de rire, m’avouant que cela lui fait beaucoup de bien d’entendre enfin parler avec l’accent et les expressions de notre bonne vieille Belgique qui nous semble déjà si lointaine.
Nous discutons de plein de choses aussi banales ou importantes les unes que les autres. Il m’explique qu’il à eu bien du mal à dormir une de ces dernières nuits dans sa tente, car il était proche d’un étang ou des grenouilles ont passé la nuit à croasser de plus belle tout autour de lui, parade nuptiale printanière oblige. Je me sens en confiance, il me semble que lui aussi et, bien que ne nous connaissant que depuis quelques instants nous parlons déjà de choses plus personnelles.
Je remarque avec surprise que j’ai omis de noter son prénom dans mon petit carnet et, à le relire, c’est bien le seul de mes compagnons de route pour qui c’est arrivé. C’est étonnant. Mais ce n’est pas grave du tout et je suis persuadé qu’en lisant ce billet, il se reconnaîtra directement. D’ailleurs il attend ce passage avec un impatience certaine que j’ai pu deviner depuis quelque temps déjà. Je réalise également que je n’ai pas pris de photo de l’endroit ou nous nous sommes rencontrés mais j’ai la certitude absolue qu’il s’en souvient très bien et puis internet et sa cartographie globale peuvent parfois être d’une grande utilité 🙂

Toujours est-il que nous arrivons à La Souterraine, mon étape du jour, et que je n’ai, finalement absolument pas remarqué ni senti ces derniers kilomètres que je redoutais quelque peu. Nous nous séparons à l’entrée du bourg, mon compagnon se dirigeant vers le camping municipal afin d’y passer la nuit.
Quant à moi, je retrouve Henri, Christiane et Patrick qui viennent juste de sortir d’une visite de la très belle église Notre Dame. Un café à l’aspect sympathique se trouve presque en face et nous nous y installons afin de prendre un verre. Le choix est assez impressionnant, notamment en bières belges et ils ont même de l’Orval !
Nous ne sommes pas encore arrivés chez notre hospitalière du jour, mais si ce n’est pas trop loin, nous nous promettons de revenir ici ce soir.
Mais en repartant nous nous rendons bien compte que nous quittons le centre-bourg pour un petit hameau situé juste à côté, bien entendu, mais quand même à une petite demi-heure de marche supplémentaire et que ça fera probablement un peu loin quand même.
Qu’importe, nous arrivons chez Christine.
Un merveilleux accueil chez une dame très gentille qui donne tout ce qu’elle à en elle pour que nous nous sentions bien, comme chez nous.
Lorsque nous nous installons à l’emplacement que nous avons choisi, à l’étage, le balai des douches-lessive se met en place. Lorsqu’il en sort, personne ne peut faire autrement que de remarquer les pieds de Henri qui sont littéralement criblés de cloches, comme on dit par chez nous.
Je me demande bien comment il parvient à marcher avec des pieds pareillement arrangés ! Et je ne suis pas le seul.
Christiane qui est infirmière, se propose de l’aider et de lui soigner tout cela comme il le faut mais il refuse gentiment, ne voulant pas qu’on y touche. Choix étonnant mais ce sont ses pieds et voilà.

Nous sommes samedi et il y à une messe à La Souterraine en cette fin d’après-midi. Christine s’y rendra, le repas étant déjà presque prêt, et propose à qui veut de l’y emmener. Henri ne se fait pas prier ainsi que Christiane et pour ma part ce sera pour une autre fois car j’ai encore la douche à prendre et ma lessive à faire. Et me reposer aussi. Et surtout.

Dès leur retour nous partageons le délicieux repas composé de produits frais, venant même parfois déjà du jardin et surtout de producteurs régionaux auxquels notre hôte tient beaucoup. En mangeant, Christine nous raconte qu’elle à décidé d’accueillir les pèlerins depuis que son mari est parti. Elle aurait aimé le parcourir aussi mais elle n’a pas l’occasion ni la possibilité de le faire et c’est sa façon à elle de cheminer, par le récit quasi quotidien des gens qu’elle accueille.

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
  •  
  •  
  •  
  •  

2 comments for “Jour 43 – De Crozan à La Souterraine

  1. Luc
    23 janvier 2018 at 14 h 03 min

    Ô que oui, je l’attendais, cette sortie du cimetière de Saint-Agnant-de-Versillat
    Me voilà enfin, le pèlerin parmi d’autres dont tu n’avais pas noté le prénom 😉
    Quel plaisir, quelle émotion à te lire, et à nous retrouver !
    Le « Kî fait chaud à creveeer, ti ! » résonne encore en moi, 3 ans bientôt après cette journée…
    Je me souviens aussi de nos confidences, alors que nous nous connaissions à peine !
    Je me suis d’ailleurs empressé de relire mon propre récit de cette journée pour confronter nos souvenirs. C’est amusant de voir la façon si différente (ou pas, d’ailleurs…) dont nous avons appréhendé cette étape (lien non valide).
    Patrick, Henri (merci de ne pas nous avoir épargné les photo de ses pieds 😮 ), Christiane (presque voisine en Belgique, et que je n’aurai finalement vue qu’un ou deux fois), et puis tous ces paysages. Je m’y revois comme si c’était hier, et j’ai maintenant encore plus hâte de lire la suite de ton histoire (Limoge d’abord, et puis le reste de nos aventures 😉 )
    Gros betch,

    Luc

    • Le Pèlerin en herbe
      28 janvier 2018 at 14 h 59 min

      Merci Luc pour ce précieux commentaire 😉
      Et moi, donc ! Quel plaisir de revivre ces instants tellement intenses, durs parfois mais ô combien précieux et riches, remplis de sincérité.
      De vrais morceaux de vie, comme seul le Chemin peut nous en offrir !
      Et au plaisir partagé de te croiser un peu plus loin également, mais aussi et surtout en vrai, dans notre vie redevenue celle de tous les jours 🙂
      A bientôt,
      Olivier.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *