Jour 41 – De Cluis à Gargilesse

 

 

Quarante et unième jour – Jeudi 16 avril 2015
Parcours :  16 km, plus calme
Hébergement : Camping municipal (20€)


 

 

« Dureté et rigidité sont compagnons de la mort, fragilité et souplesse sont compagnons de la vie ». – Lao-Tseu

La nuit fût agitée au propre, comme au figuré.
La seule place restante lorsque je suis arrivé, bon dernier hier en fin de journée, était le lit du haut sur des lits superposés. Je n’aime pas cette place du tout, ne me sentant pas à l’aise pour dormir. Je ne saurais expliquer pourquoi, mais c’est ainsi. Et Alain qui dormait (et ronflait) en dessous à du se retourner un bon millier de fois ce qui à eu pour effet de secouer toute la structure de nos lits. A chaque fois j’avais l’impression de me réveiller sur un bateau, en pleine tempête 🙂
Cela ajouté au coup de chaud reçu hier, ce n’était pas fameux.

Mais une fois debout, c’est le genre de chose qui s’oublie bien vite.
Ce que je n’oublierai jamais, par contre, c’est cette soirée à Cluis où l’épicier à ouvert pour nous, les délicieuses lentilles et le plat préparé par Andries ainsi que la gentillesse de Evelyne et Alain.
Ce matin, Andries justement, est allé nous chercher des pains au chocolat et des croissants et avait mis la table pour chacun de nous. Encore quelque chose qui fait chaud au cœur.

Ces moments sont magiques et fabuleux, je trouve juste dommage qu’ils soient si éphémères et que je ne reverrai plus jamais ces personnes admirables, du moins en pareilles circonstances. Et c’est peut-être ce qui donne toute son intensité à des instants tels que ceux-ci. Fort probablement, d’ailleurs. Raison de plus pour en profiter pleinement, sur le moment.

Andries doit donc malheureusement repartir ce matin, suite à sa fracture au pied. Notre hospitalière le reconduira à la gare dans la matinée. Je lui souhaite bonne chance, bon retour et puis ‘Bon Chemin’ puisqu’il s’y remettra dès qu’il sera rétabli, assure t’il.

Je suis content de pouvoir repartir, pour ma part. J’ai eu assez peur de ce qui m’arrivait hier après-midi pour tout avouer. Je me sens mieux mais ce n’est pas encore idéal, en fait la fatigue est vraiment importante et il faut que je change de rythme et me ménager, si je veux continuer à avancer.

Il fait enfin un peu moins chaud aujourd’hui et le temps est couvert, ça va déjà bien aider!
En plus et étant donné que c’était possible aujourd’hui, j’ai choisi de faire une étape assez courte afin de pouvoir me reposer un peu l’après midi.

Le parcours démarre assez rapidement par l’assiette aménagée en très belle piste cyclo-pédestre d’une ancienne ligne de chemin de fer. Pas de l’asphalte mais une belle cendrée parfaitement damée, la perfection pour marcher.
Après quelques kilomètres, j’arrive sur un impressionnant viaduc qui enjambe la vallée de l’Auzon.
C’est vertigineux ! Et d’ailleurs, en plein milieu de cet ouvrage d’art se trouve l’équipement nécessaire pour pratiquer le saut à l’élastique. Je me penche par dessus le mur de protection : quelle hauteur!  Il faut le faire, quand même ! Je ne suis pas certain que j’oserais.

Un peu plus loin, juste avant le village de Pommiers, tout un troupeau de jolies vaches brunes vient me saluer. Elles ont l’air bien sympathiques avec leurs yeux que l’on dirait maquillés de noir.

Je croise également quelques fameuses propriétés, perdues au milieu de la campagne et, en plus, bien retirées de la petite route, au fond d’un chemin privé. Le grand calme au quotidien, sans voisins, ça ne doit pas être déplaisant.

Ensuite, voilà déjà la descente vers Gargilesse qui sera mon étape du jour.
Ce magnifique village à la particularité de voir se rejoindre les voies du nord (via Bourges) et du sud (via Nevers) en venant de Vézelay, pour ne plus en former qu’une seule et filer ‘tout droit’ vers Saint-Jean-Pied-de-Port.

Il s’agit d’un des plus beaux village de France m’indique la plaque à l’entrée de la route. Au premier coup d’oeuil, je peux assurer à celles et ceux d’entre vous qui n’y sont jamais allés, et bien que n’ayant pas comparé avec d’autres villages classés, que c’est bien vrai et que cet endroit est vraiment magnifique.

Comme indiqué lors de la réservation, je m’adresse à l’office du tourisme qui se trouve dans le bâtiment de la Mairie, juste en face et en contre-bas de la belle église romane et du château, un peu plus loin mais bien visibles depuis cet endroit.

Il est 12h15 et je suis apparemment chanceux car l’OT-Mairie ferme à 12h30 et ne réouvre…que le lendemain!
Devant mon air surpris et ma question évidente « mais comment allais-je donc faire pour avoir la clé si j’étais arrivé plus tard ? », la gentille dame me répond que, dans ce cas, il faut s’adresser au bureau de Poste, dans la même pièce mais au bureau d’à côté !
Simple et efficace. J’aime ces endroits qui sont encore à dimension humaine et ou tout est mis en place pour rendre un réel service aux habitants et aux personnes de passage.

Une fois ma location payée en son entièreté -car je pouvais partager mon bungalow et donc son coût, si je n’avais pas été seul- on m’en remet la clé en m’expliquant comment en ouvrir et fermer la porte. Ha oui, cela ne semble pas évident.
Et pour rendre la clé ?
C’est facile, demain vous fermez la porte et puis vous laissez la clé dessus, je passerai la reprendre dans la journée, me dit-elle.

Puis on m’explique comment y arriver, car c’est encore à environ 1 kilomètre et demi de là.
Heureusement que j’ai choisi de faire une petite étape aujourd’hui avec ce petit bonus de fin de parcours!
D’autant plus que si je veux revenir visiter le village, je vais m’en offrir encore 3 de plus, de kilomètres…

Arrivé au Camping de la Chaumerette, qui semble fort accueillant, je me dirige, comme indiqué vers l’allée ou se trouve le logement destiné aux pèlerins. Je le trouve sans peine car l’un d’entre eux est muni d’une ardoise à la mention manuscrite à la craie et sans équivoque : « Pèlerin ».

Une fois la clé insérée dans la serrure et grâce au mode d’emploi fourni tout-à-l’heure, je parviens sans peine à ouvrir le petit hébergement. Mais il fallait vraiment avoir ‘le truc’! Petit mais super confortable : 3 lits, une grande table, des chaises, toute la vaisselle nécessaire, toilettes, lavabo et une petite cuisine rudimentaire mais largement suffisante avec son petit frigo et ses deux plaques chauffantes. C’est parfait et ce sera surtout bien assez pour la soupe lyophilisée que je me préparerai, accompagnée d’un morceau de pain, comme repas de ‘midi’.
Par contre pour la douche, ce sera aux sanitaires, communs pour tout le camping et un peu plus loin vers l’entrée, comme me l’indique une très gentille famille qui séjourne dans le chalet juste à côté.

La lessive étant faite et mise à sécher, je décide de partir visiter le village et ne serai pas déçu par la beauté stupéfiante de l’église romane, de son plafond entièrement peint et de sa crypte absolument magnifique.
Une dame est assise à l’entrée et elle parle fort au téléphone. Alors que je me dirige vers la sortie, elle vient juste de raccrocher et m’explique qu’elle organise des visites de l’endroit mais que le car qui devait arriver s’est visiblement perdu et ne devrait finalement pas venir. Puis elle enchaîne sur d’autres choses plus ou moins intéressantes, bref elle me raconte sa vie. Mais ce moment est agréable et je l’écoute bien volontiers, je n’ai de toute façon rien d’autre à faire 🙂

Le château voisin vaut, lui aussi, le détour. Il surplombe le village, magnifiant l’ensemble, le mettant en valeur, même.
Le tour est vite fait et je décide de retourner me reposer un peu.
En revenant au camping,  je remarque une petite auberge à côté de l’entrée et décide d’y passer le nez, histoire de voir si il serait possible d’y manger un morceau, le soir. Angela, dans un grand sourire, me confirme que c’est tout à fait prévu et qu’ils seront bien ouverts. La carte est variée et les prix raisonnables, ce sera parfait.

De retour à mon logement, je prend un peu de repos sur la terrasse. Ces moments à ne rien faire que reposer mes pattes me laissent cogiter et je dois bien avouer que c’est un peu le bazar du côté de la tête. Ça gamberge ferme, la-haut.
D’habitude à l’arrivée je suis rarement seul et il est toujours possible de discuter mais voilà que cela faisait longtemps que ce n’était pas arrivé, surtout depuis Vézelay. Je m’étais habitué à ces rencontres et cette solitude subite me plonge dans une certaine mélancolie. Je me sens un peu seul. Ça ne fait pas de tort, mais ce que la situation fait resurgir en moi n’est pas toujours évident à gérer.
C’est ça aussi, le Chemin, je pense.

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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