Jour 40 – De La Châtre à Cluis

 

 

Quarantième jour – Mercredi 15 avril 2015
Parcours :  28 km, épuisants
Hébergement : Gîte des Amis de St-Jacques de Vézelay, Mme Weber (8€)


 

 

« Il y à les larmes, les valises et le spleen. Les larmes se partagent; les valises s’échangent, se vident; le spleen se porte seul, comme une croix de brume ». – Léo Ferré

Parti de vraiment bonne heure, ce matin. De nouvelles températures élevées sont annoncées et je voudrais éviter de cuire sur la route, comme ces derniers jours.
Vraiment de bonne heure, il est à peine 7h quand nous démarrons, Alain et moi.
Au vu l’étape j’aimerais arriver en début ou milieu d’après-midi au plus tard.
En sortant de La Châtre nous trouvons une boulangerie qui vient juste d’ouvrir et je prend de quoi me caler l’estomac ce matin, et en prévision, un petit quelque chose pour la journée.
Dès la sortie de la ville, la campagne nous accueille, pour mon plus grand bonheur.
Après une petite heure de marche, je laisse partir Alain, me pose sur un muret pour déjeuner et profiter d’une petite pause. Il me manque juste un bon café et ce serait parfait 🙂

Je me remet en marche après une petite dizaine de minutes et arrivé au fond d’une cuvette, le sentier remonte vers de grandes prairies et je ne comprends pas bien le croquis de mon guide qui m’indique un parcours se dirigeant vers la gauche alors que je vais tout droit, n’ayant vu aucune indication. Je retourne voir, mais ne remarque aucune balise invitant à aller vers la gauche.
Mais comme je l’ai déjà écrit, ce guide est composé de plans très généraux et non de cartes, ce qui est fort peu précis.
Enfin quand le balisage est bien fait, cela ne pose pas de problème.
Arrivé en haut de cette cuvette, toujours sur le sentier, je tombe sur une balise. Enfin!
Elle indique la droite, comme le balisage GR qui se trouve sur un panneau séparé.
Tout me pousse donc à penser que je suis sur la bonne voie, ne réfléchissant pas plus loin et ne vérifiant pas le plan de mon guide sur lequel je ne parviens de toute façon plus à me situer.
Je marche un quart d’heure, une demie-heure et bientôt une heure sans plus trouver de balises.
C’est quand-même inquiétant et je sens bien que je ne suis plus sur le bon chemin. Quelque chose ne va pas.
Je m’énerve, mon plan ne m’est d’aucune utilité et je n’ai rien en vue qui me permette de me situer, aucune habitation ou quelqu’un pourrait m’aider à me localiser et m’indiquer la bonne route.
J’avance encore un peu dans cette direction qui, j’en suis convaincu à présent, n’est plus la bonne mais à quoi bon faire demi-tour et risquer de me perdre encore plus.
Voilà donc une heure que je n’ai plus vu de balises, mais un village se dessine un peu plus loin et je décide de pousser jusque là. Dès les premières maisons, je trouve un vieux monsieur qui travaille dans son jardin.
Je le salue et il semble étonné de voir un marcheur hébété, qui à tout l’air d’un pèlerin, dans le coin.
Cela ne fait que confirmer ce que je pense.
Je me trouve à Vieilleville, soit un bon 5 foutus kilomètres vers le nord alors que j’aurais du marcher vers l’ouest et être déjà presque à Sarzay !
Il m’indique le chemin le plus court pour y arriver. Je ne l’ai évidemment plus sur mon plan, pas étonnant que je ne m’y retrouvais pas.
Après l’avoir remercié, je me remets en route, enragé, découragé, dépité.
Je râle, je jure, je maudis cette route et ce soleil qui commence déjà à brûler.
Partir tôt et se tromper bêtement à cause d’une foutue balise manquante, ça me met hors de moi et je m’en veux.
Ça ne va tellement pas, je suis tout-à-coup terriblement fatigué et des larmes finissent par couler. Un bon moment. Il n’y à personne aux alentours et puis quand bien même, qu’est ce que cela changerait, je m’en moque.
Je ne vois plus clairement devant moi, tant j’ai les yeux remplis d’eau, qui finit par ruisseler sur mes joues.
La tempête passée, je me reprends, je me raisonne en me disant que cela ne changera rien, mais, mine de rien je me sens soulagé. Toujours très fatigué mais soulagé.
Une porte s’est ouverte en moi, je le sens bien, évacuant tout un tas de choses que je transbahutais depuis longtemps.
Il aura fallu que je me perde pour que cela se produise, c’est quand même fou.

Je fini par arriver à Sarzay avec son château si particulier aux quatre grandes tours rondes presque accolées les unes aux autres. Il est vers midi, seulement. Et il fait déjà tellement chaud.
Je me pose sur un petit banc accolé au cimetière du village et mange un morceau, puis je vais me rafraîchir au robinet du cimetière et j’en profite pour faire le plein d’eau.
Il faut que je redémarre sans trop traîner car non seulement la température est là mais en plus il me reste un bon 20 kilomètres à parcourir et ce n’est plus trop plat pour le moment.

Pas après pas, les kilomètres s’enchaînent, sous un soleil de plomb, sur l’asphalte qui brûle les pieds et le visage, renvoyant la chaleur capturée au fil des heures. Il n’y à pas d’échappatoire, pas moyen de se protéger, ces journées se passent essentiellement sur des parfois petites routes mais essentiellement goudronnées et il est rare, désormais, de passer une journée dans la relative mais bénéfique fraîcheur des sentiers de campagne souvent à l’ombre des arbres.

En milieu d’après-midi, j’atteins Neuvy-Saint-Sépulchre et si je n’avais pas réservé plus loin, je m’arrêterais bien volontiers ici, d’autant que mon guide renseigne au moins deux hébergements.
Mais voilà, c’est l’inconvénient de la réservation. On sait où on arrive le soir, on sait que l’on est attendu, on est certain d’avoir un endroit pour dormir MAIS il faut y être, ne fut-ce que par respect pour la personne qui gère l’endroit.

Je visite néanmoins la magnifique église romane, bâtie sur le modèle du Saint Sépulchre de Jérusalem.
Une véritable merveille dans laquelle ‘se ressourcer’ n’est pas un vain mot. En plus il y fait bien frais et j’en oublie presque la chaleur qui m’attend dehors.
Cette journée n’est pas fameuse, loin s’en faut, et je me demande comment je vais y arriver.
Je me laisse aller à prier en demandant le courage d’y arriver. En me levant de ma chaise, je remarque une affiche collée à la porte qui mène à la sortie, avec un gamin qui sourit et qui porte la mention « Allez! »
Allez, Olivier ! Tu vas y arriver !

Oui, sans doute, mais j’en bave.
Les derniers kilomètres sont atroces et j’avance vraiment machinalement. Je sens bien que ma démarche n’est plus la même. Je bois pourtant régulièrement mais j’ai l’impression que ma tête va exploser, les tempes battantes et un sale bourdonnement dans les oreilles.
Une dame me dépasse bien avant l’arrivée à Cluis et me demande si ça va, puis continue son chemin.
Je ne sais plus ou je suis, mais les balises sont à présent régulières et il « suffit » de les suivre.

Peu avant Cluis, la route monte vers un château en ruines au pied duquel se trouvent quelques bancs et tables de pic-nic à l’ombre de gros arbres. Je m’y arrête, exténué, et m’assoupi quelques instants, la tête douloureuse posée sur mes bras croisés.

A quelle distance suis-je encore de l’étape ? Je n’en sais plus rien, mais il me faut repartir et me reposer dans de bonnes conditions. Je sens bien que je ne suis plus dans mon état normal, c’est maintenant évident.

J’arrive enfin à Cluis !
Alain et Evelyne sont évidement déjà arrivés et ils voient bien que je ne suis pas en forme.
Ils s’inquiétaient pour moi, surtout Evelyne qui m’a dépassé tout à l’heure (c’était donc elle, je ne l’ai même pas reconnue!) et qui me voyait marcher presque en titubant. Elle ne s’est pas tracassée sur le coup parce que je lui aurait répondu que tout allait bien…et je ne m’en souviens même pas!

Heureusement Alain est là (la magie du Chemin et ses « coïncidences ») et bien que tout fraîchement retraité, il fait des extras et ne peut que constater que j’ai frôlé la catastrophe avec une belle insolation et un fameux coup de chaleur.

Fort heureusement il à emporté avec lui un petit nécessaire et quelques granules homéopathiques plus loin, je sens enfin que je reprends mes esprits, ma tête cesse enfin de cogner ainsi que mes tempes. Les bourdonnements dans les oreilles me quitteront aussi peu après.

Je suis assis sur une chaise au milieu de la cuisine, les bottines toujours aux pieds alors que je suis arrivé voilà une bonne heure. Je reviens enfin à la surface, et une bonne douche plus tard, ça va encore un peu mieux. Pas top, mais mieux.

Après avoir raconté ma mésaventure du matin, Alain me confirme que j’ai bel et bien manqué un embranchement au bas de la cuvette, sur la gauche, peu après que nous nous soyons séparés. Sa carte à lui est tout-à-fait précise et malgré la balise manifestement arrachée, il ne s’est pas trompé, lui.
N’empêche, bienvenue dans cette région ou certaines personnes n’ont aucun scrupule en retirant les balises de « concurrents » du Chemin. Quelle mentalité stupide !

Nous faisons ensuite la connaissance de Andries, qui à moins de chance : la responsable du gîte le ramène en voiture d’une visite à l’hôpital ou il à pu faire une radio qui à révélé la fracture d’un os du pied. Pas de bol !
Il avait déjà passé la journée ici depuis son arrivée hier, pensant que cela irait mieux et sans savoir d’où provenait sa douleur mais rien n’y à fait et le médecin consulté n’a pu que confirmer la mauvaise nouvelle. Il lui faudra donc malheureusement arrêter son chemin le lendemain.

En attendant, il faut penser à préparer notre repas mais lorsque nous nous approchons de la seule épicerie du village, celle-ci est fermée. Il va falloir ruser. Et la solution arrive rapidement car son propriétaire s’arrête justement devant alors que nous allions repartir. Ni une, ni deux, il nous ouvre la porte et nous fait un « prix d’ami » sur ce que nous prenons.

Dès notre retour, tout en partageant un bon apéritif, Andries nous prépare un plat de lentilles qui s’avérera être absolument délicieux ! Un régal que nous agrémentons des apports de chacun autour d’une petite table terriblement conviviale.

Après une pareille journée, j’ai envie de dire que la magie et l’énergie de ces petits moments merveilleux font tout oublier…ou presque 😉

 

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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