Jour 38 – De Bouzais à La Petite Preugne

 

 

Trente-Huitième jour – Lundi 13 avril 2015
Parcours :  27 km, longs et chauds
Hébergement : Accueil Pèlerin, chez Monique et Pierre (30€, très bien!)


 

 

« Le véritable voyage ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point exceptionnel ou la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure ». – Antoine de Saint-Exupéry

Ça y est, je suis parvenu à partir (un peu) plus tôt !
Enfin ce n’est pas grand chose mais il paraît que la météo annonce encore des températures qui montent pour aujourd’hui. En tout cas lorsque je met le nez dehors pour démarrer, le thermomètre accroché à l’extérieur du gîte indique 4°c. Pas pour longtemps.

La température grimpe effectivement assez rapidement et ce sera ma toute première journée sans veste, juste mon t-shirt été, avec les manches courtes et je prends bien soin de me badigeonner les bras avec de la crème solaire.

Les paysages traversés sont, une fois de plus, absolument magnifiques mais, honnêtement, je n’en profite pas beaucoup durant ce long parcours, préférant regarder le sol pour éviter le soleil sur le visage.

La végétation redémarre avec ce printemps précoce et cette explosion s’accélère de jour en jour, en toute logique, puisque je descends vers un climat plus doux.

En parlant de redescendre, lorsque j’arrive non loin de Loye s/ Arnon, en traversant un bois, voilà que je croise un autre marcheur, tout équipé de son sac à dos, bâton et grosses bottines. Salut mutuel et devant mon air qui devait être surpris, nous nous arrêtons. Je me trouve en présence de Marc, originaire de Liège, qui à beaucoup bourlingué et pas mal morflé dans la vie. Il est parti de Séville et rentre vers Dijon ! Quel trotte, pour lui aussi. Par contre son chemin est loin d’être aussi bien balisé que le mien. Il doit lui-même raccorder ses GR, m’avoue avoir régulièrement perdu ses cartes et doit parfois naviguer ‘au pif’ ce qui lui à déjà valu de fameux détours. Et puis surtout, son parcours est nettement moins bien équipé que le mien ou tout est fait pour accueillir le marcheur. Niveau prix, cela n’est pas toujours abordable, loin s’en faut pour le moment, mais cela à le mérite de pouvoir se débrouiller relativement facilement.

Nous discutons un bon quart d’heure et après ce bel échange, que je commence néanmoins à trouver terriblement long à force de ne pas marcher, nous trépignons l’un et l’autre sur place, nos jambes réclamant leur dose de kilomètres quotidiens. J’en déduis qu’il en va de même pour lui et, tout-à-coup, nous interrompons simultanément notre discussion, nous saluons en nous souhaitant ‘bonne route’ et repartons chacun dans notre direction.

Ce sera encore une journée ou je vais consommer mes petites provisions de réserve car je n’ai rien trouvé d’ouvert. On doit être lundi 🙂
Par contre je me trouve une superbe table de pic-nic à l’ombre d’un grand sapin, ou je décide de me poser.
Juste à côté, se trouve une très belle petite église qui, comme bien souvent, sera malheureusement fermée.

Au milieu du village, au pied de cette petite église, sur le chemin que je reprends, se trouve un grand panneau jaune et bleu qui me confirme que je suis sur la bonne voie. Pas moyen de se tromper ici.

Ça cogne déjà pas mal en ce tout début d’après-midi et même si je n’ai pas mangé grand chose je n’oublie surtout pas (ou plus) de boire régulièrement sans quoi, ce serait bel et bien rapidement la catastrophe, comme j’en ai déjà ressenti les prémices une ou deux fois. Gaffe !

En arrivant à l’entrée du Chatelet, je remarque un marcheur-pèlerin assis sous un arbre, à même le sol.
Arrivé à une vingtaine de mètres de lui, il m’interpelle : « Ha! Salut Olivier! »
Surpris, je m’approche et il me demande : « Tu es bien Olivier ? »
Je ne peux que confirmer et il s’avère que l’individu, prénommé Jean-Claude, est venu loger juste après moi au gîte de la veille, chez Alain et Josette, qui lui ont parlé de moi. Il est aussi passé devant chez Liliane ce matin alors que je venais juste de partir.

Mais comment a t’il donc fait pour être déjà ici alors que je ne pense pas avoir traîné et que, en plus, je suis parti plus tôt ? Je ne vois que deux possibilités : soit il marche à une sacrée cadence, mais il me garanti que non, soit il à emprunté un raccourci alors que je suis les mêmes balises depuis Vézelay. Et en discutant un peu avec lui, il s’avère qu’il ré-ajuste effectivement le parcours un peu comme bon lui semble et cela semble bien lui réussir.
Nous discutons un bon moment, à l’ombre de cet arbre quand une dame accompagnée de son petit fils qui lui donne la main s’approche de nous, une grande bouteille d’eau ruisselante de fraîcheur dans l’autre main.

Elle nous salue et dans un grand sourire nous tend la bouteille en ajoutant qu’elle vient de sa source et que cela nous ferait du bien. Assurément.
Nous nous partageons donc le délicieux et tout simple breuvage, élémentaire et tout juste sorti de la terre, en discutant avec la dame si gentille. Elle aussi à parcouru le Chemin, il y à bien des années et depuis, quand elle voit des pèlerins ou marcheurs assis à cet endroit elle ne manque pas de venir les rencontrer avec tantôt de l’eau, tantôt quelques biscuits. Adorable et merveilleuses rencontres du Chemin.

Nous nous remettons en marche après cette belle pause. Il me reste environ cinq kilomètres à parcourir pour arriver à l’étape et il est déjà près de quinze heure. De plus, tout comme JC, j’aimerais passer prendre des sous au centre commercial ou, parait-il un distributeur en donne, car je ne suis pas certain d’en trouver le lendemain et ma réserve stratégique est presque vide, ou en tout cas le sera après cette étape.

Nous nous offrons donc ce détour de près d’un kilomètre afin de passer par le centre commercial. Arrivé sur place, je te le donne en mille : distributeur en panne!
Pas le choix, je repars pour plus d’un kilomètre et demi avant de retrouver le tracé que j’ai quitté tout-à-l’heure.

Mais avant je salue Jean-Claude qui prendra un autre chemin pour continuer car il ne loge pas au même endroit que moi ce soir.

Les derniers kilomètres vers l’étape sont très durs. L’asphalte me renvoie la chaleur accumulée au fil des heures et j’ai littéralement l’impression de cuire. J’ai, en plus, la très nette impression que ce ne sera pas la dernière fois…

Mais qu’importe, l’arrivée à proximité de ma destination me redonne du courage et j’y suis presque car mon guide me renseigne la Petite Preugne, au bout du chemin en choisissant la branche de droite au Y face auquel je me trouve actuellement. Mais les panneaux que j’ai devant moi indiquent le contraire : Grande Preugne à droite, Petite Preugne à gauche !
Réflexion faite, je me dis que ces panneaux sont là depuis des années et que si il y avait erreur, ils auraient été placés correctement depuis longtemps. On est plus en Belgique quand même 🙂
Et puis mon guide peut comporter des erreurs, me dis-je.
Je choisis donc de suivre le panneau qui m’indique la Petite Preugne vers la gauche, contrairement à ce que m’indique le guide.
Et j’ai rudement bien fait !
J’atteint en effet la maison de Monique et Pierre après seulement quelques centaines de mètres, alors que mon guide m’aurait fait faire un bon kilomètre de plus avant même de me rendre compte de l’erreur et avant de devoir encore rebrousser chemin pour arriver ici. Ouf!

Quel accueil ! Monique et Pierre désespéraient de me voir arriver, s’inquiétant de mon parcours et de mon état.
Un réel plaisir d’arriver en pareil endroit ! Et je regrette encore un peu plus ce détour au centre commercial qui m’aurait permis d’y arriver une bonne heure plus tôt et d’en profiter pour me reposer dans d’aussi bonnes conditions.
Mais qu’importe, après tout. J’y suis!
Mes hôtes sont vraiment charmants, le repas du soir promet d’être délicieux et la chambre immense, très confortable ou essuies, gants de toilette tout frais et gel douche m’attendent sur le lit et dans la salle de bains ont tôt fait, une fois la douche délicieuse et régénératrice prise, de me faire oublier la dureté des derniers kilomètres du jour.

Je ne me suis pas trompé, le repas est vraiment succulent, convivial et je passe un très agréable moment avant de rejoindre mon dortoir de luxe pour une nuit que j’espère bien réparatrice.

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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4 comments for “Jour 38 – De Bouzais à La Petite Preugne

  1. leon pratte
    16 janvier 2018 at 22 h 38 min

    De magnifiques photos et comme (je ne suis pas du coin ) ,je te suis aussi avec google earth pour que je puisse me faire une idée du chemin que tu a fais.

    • Le Pèlerin en herbe
      17 janvier 2018 at 17 h 41 min

      Merci pour ce gentil message, Léon!
      Je continuerai à vous faire voyager, donc et avec grand plaisir 🙂
      A bientôt,
      Olivier.

  2. Manneché
    15 janvier 2018 at 18 h 28 min

    Super Olivier, ton blog cela me fait revivre le Chemin …..!
    Cette année si je peux….je souhaite repartir sur un autre Chemin celui de Porto à Santiago….Je me suis documentée les hébergements ne sont pas fréquents mais seule je trouverai toujours quelque chose… Et je dois me dépêcher car je vieillis et un jour j’aurais plus de mal à faire ces kilomêtres….
    Continue à nous faire revivre ton Chemin , c’est formidable…!
    Amicalement
    Une pélerine amie

    • Le Pèlerin en herbe
      17 janvier 2018 at 17 h 38 min

      Bonjour Francine,
      Quel plaisir de te lire !
      Je vois que tu vas bien, si tu projettes de te remettre en chemin c’est une bonne nouvelle.
      Et bien figure-toi que je planifie moi aussi de reprendre le chemin et il pourrait bien s’agir de celui partant de Arles (mais les dénivelés de fou et la longueur des étapes me font un peu peur) et j’ai également regardé le chemin portugais, comme toi.
      Je suis curieux d’avoir ton avis et tes retours 🙂
      Et pour ce qui est de mon récit que tu lis, cela me fait grand plaisir et je me réjouis d’en arriver à la partie espagnole lorsque nous nous sommes rencontrés.
      A bientôt et bonne préparation !
      Olivier

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