Jour 37 – De Ainay-le-Chateau à Bouzais

 

 

 

Trente-septième jour – Dimanche 12 avril 2015
Parcours :  24 km, chauffe doucement
Hébergement : Gite des Amis de St-Jacques de Vezelay (Donativo)


 

 

« Avant toi, d’autres se sont mis en route.
Comme eux sur le bâton, appuie-toi sur l’expérience des anciens.
L’exode jamais ne se fait seul, mais seul tu marcheras sur les chemins de ton propre cœur où le Tout-autre se révélera
. » – Un moine Trappiste

Il commence à faire chaud. Je trouve cela étrange pour un mois d’avril.
Serait-ce déjà le fait que je m’éloigne du nord, que cette traversée, mine de rien, commence tout doucettement à me mener petit à petit sous cette fameuse ligne qui va de l’embouchure de la Loire et qui part plus ou moins horizontalement vers la droite et apporte un climat plus doux ?
Je n’en sais trop rien et pour être honnête, j’ai complètement perdu toute notion de temps (cela fait déjà un bon moment) mais aussi de situation géographique. Bon grosso-modo je sais ou je me trouve, soyons clairs quand même : je me trouve entre Vezelay et Limoges, pour les grandes lignes 🙂 Mais à quoi bon se tracasser de plus de détails ?
Le balisage est très bien fait, régulier et précis et je peux me perdre dans mes pensées au fil des pas, mon oeuil accrochant régulièrement les balises jaunes et bleues qui sont fort bien et régulièrement implantées. Et heureusement car mon guide, le fameux Miam-Miam Dodo ne comporte pas de cartes détaillées du parcours mais uniquement des schémas très peu précis, ce qui m’a déjà valu l’un ou l’autre petit doute par endroit.
Je suis donc mon petit bout de « carte » quotidien me souciant juste, le soir, de préparer celui du lendemain lorsque ma réservation de logement est faite.
Il commence à faire plus chaud, donc, vers la fin de matinée et le début d’après-midi. Les autochtones eux aussi trouvent le temps anormalement doux pour la saison. On y peut rien, par contre il faut vraiment que je me décide à démarrer plus tôt que mes 9h voire plus, le matin. Je l’ai déjà dit : je n’aime pas du tout la chaleur et je ne voudrais pas que celle-ci vienne me jouer des tours en chemin.

En route, je comptais sur Saint-Amand-Montrond pour me ravitailler mais tout était fermé (une fois de plus)! Je commence, fort heureusement, à emporter quelques petites provisions de secours dans le sac, quand l’occasion se présente, pour parer à ce genre d’éventualités et je me pose quelques instants sur un vieux pont qui enjambe le canal du Berry afin de casser la graine.

Enfin, il me faut repartir, je chauffe en ce début d’après-midi et j’ai hâte d’arriver.
J’ai d’autant hâte d’arriver que lorsque je sors de cette agglomération je tombe sur une immense brocante couplée à une fête du printemps et je me noie dans cette foule qui inonde les rues, me faufilant dans les odeurs de barbecue, de graisse chaude et cuite, de barba-papa et autres produits de friterie, le tout couplé à différents podiums hurlant des musiques plus différentes mais plus agressives les unes que les autres. Je traverse au plus vite, slalomant entre les passants et autres badauds qui prennent leur temps en ce dimanche ensoleillé. Chacun sa notion de détente après tout, du moment qu’elle ne nuit pas à qui veut profiter du calme.  Heureusement, je ne fais pas étape ici aujourd’hui.
Je fuis cette cohue que je ne supportais déjà pas beaucoup auparavant, et encore moins maintenant, tellement habitué désormais à mes journées en pleine campagne, dans la nature, avec pour seul bruit le vent, le cri d’un animal ou le chant des oiseaux.

En quittant cette assemblée bruyante et tumultueuse, un homme m’interpelle, intrigué par la coquille qui pend à l’arrière de mon sac.
Il est curieux de ma démarche et nous discutons un bon moment.  Ça me fait du bien et fort plaisir car c’est précisément une de ces discussions qui ne se base pas uniquement sur les traditionnelles questions consistant à savoir depuis quand et ou je suis parti, combien de kilomètres parcourus et pourquoi je fais cela. C’est une conversation agréable, équilibrée et constructive ou j’en apprend gentiment autant sur lui que lui sur moi, sans être pour autant intrusif ni indiscret.

En reprenant la marche, je tombe sur un bourg au nom qui me renvoie immédiatement à des kilomètres de là, pas très loin de chez nous et berceau d’une très belle abbaye au nom évocateur et surtout productrice d’un breuvage que j’apprécie vraiment beaucoup : Orval.
Que ça fait drôle de tomber sur ce nom par ici, écrit un peu partout.
Et que je donnerais cher pour en déguster une, à l’ombre d’une étape!

En sortant du bourg, enfin de l’air!
Je scrute du regard la prochaine balise et là, surprise, au dos d’un panneau routier, je tombe non pas sur une mais bien deux balises! Légèrement différentes. Et qui n’indiquent pas la même direction !
Les Amis de Saint-Jacques rencontrés à Vezelay m’avaient prévenu : « Tu verras, quand tu seras dans le Berry, il y à une autre association qui nous dispute le balisage, fais attention ». Soit disant pour des raisons de tracé historique mais clairement pour des raisons de tracé touristique et intéressé, afin de faire passer le pèlerin par toute une série d’hébergements privés et de commerces que l’on ne trouve pas sur l’autre parcours.
Il parait même que l’autre association se permet, en certains endroits, de retirer purement et simplement les balises de sa « concurrente » !!
Dommage et certainement préjudiciable.
Toujours est-il que je dois avoir atteint le fameux Berry 🙂

En milieu d’après midi, j’arrive enfin à l’étape de Bouzais. Ouf!
Liliane m’accueille très chaleureusement dans le petit gite des amis de St-Jacques de Vezelay.
Elle est nouvelle cette année comme gestionnaire de l’hébergement et ira justement le lendemain retrouver Alain et Josette afin de profiter de quelques bons tuyaux auprès d’eux.
Malgré son manque d’expérience, Liliane est très attentive et fait tout pour que je me sente bien, me proposant une boisson fraîche et me présentant le menu du soir qui semble vraiment délicieux, après m’avoir laissé choisir le lit que je désirais, car je serai encore visiblement le seul à dormir ici ce soir.

 

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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13 comments for “Jour 37 – De Ainay-le-Chateau à Bouzais

  1. leon pratte
    12 janvier 2018 at 21 h 56 min

    Je trouve cela vraiment très beau , bon retour parmi nous et une bonne année. un beaume sur ma vie. Merci

    • Le Pèlerin en herbe
      13 janvier 2018 at 14 h 44 min

      Merci beaucoup Leon pour votre commentaire.
      Et très heureux de pouvoir vous apporter un peu de douceur grâce à mon modeste récit.
      C’est avec grand plaisir que je continue à écrire, même si cela demande beaucoup de temps et d’énergie, car un message comme celui-ci vaut toutes les récompenses du monde !
      Au plaisir de vous lire prochainement 🙂
      Olivier.

  2. Daniel
    10 janvier 2018 at 18 h 57 min

    bonne année à toi et ta charmante épouse content de te retrouvé en plus BOUZAIS ou nous avons eu le plaisir cet été d’accueillir les pèlerins au gites nous espérons de tous cœur te revoir un jour comme on te la déjà dit si tu passe dans le coin un petit message vous serez les biens venus

    • Le Pèlerin en herbe
      13 janvier 2018 at 14 h 46 min

      Merci beaucoup, Daniel !
      Effectivement, nous ne manquerons certainement de vous faire signe lorsque nous passerons dans votre région, ce sera une joie de vous revoir 🙂

  3. 10 janvier 2018 at 18 h 19 min

    Je ne dirai pas : enfin ! Chacun a son emploi du temps et ses préoccupations, mais quel plaisir de te retrouver Olivier.
    J’admire la faculté que tu as de narrer après de si longs mois ton périple.
    Que te dire d’autre sinon merci.

    • Le Pèlerin en herbe
      13 janvier 2018 at 14 h 48 min

      Merci à toi, cher Pascal !
      Ta compréhension me touche beaucoup et c’est avec un immense plaisir que je reprends la plume (j’espère bien plus régulièrement) d’autant plus lorsque je lis des commentaires tels que le tiens 🙂
      J’espère que vous allez bien et qui sait, peut-être aurons nous la joie de nous revoir bientôt 😉
      Olivier.

  4. Patrick Guns
    10 janvier 2018 at 18 h 09 min

    Voilà Olivier, tu es de retour sur le chemin et on en ressent toujours les effets. Je suis impatient de lire la suite et on se voit bientôt j’espère pour parler de vive voix 😉

    • Le Pèlerin en herbe
      13 janvier 2018 at 14 h 54 min

      Merci, Patrick pour ton message 🙂
      La suite arrive, pas à pas, petit à petit car je préfère essayer d’être le plus complet et le plus fidèle possible, même si cela prend beaucoup de temps.
      Je privilégie la qualité à la quantité, c’est toujours ma priorité 😉
      Je sais que de fidèles lecteurs tels que toi me suivent avec attention et c’est une réelle motivation, une grande satisfaction, billet après billet.
      Merci encore et à bientôt
      Olivier.

  5. Fernande
    10 janvier 2018 at 15 h 28 min

    Quel bonheur de retrouver notre pèlerin !…..

    • Le Pèlerin en herbe
      10 janvier 2018 at 15 h 59 min

      Merci Fernande !
      Ce fut un réel plaisir de m’y remettre également.
      Il à fallu tout ré-apprendre et se remettre à écrire après tous ces longs mois consacrés à d’autres choses.
      Mais le bonheur d’écrire ceci est toujours bien vivant et c’est un peu une nouvelle façon de se remettre en marche 🙂
      A bientôt

  6. Fernande
    10 janvier 2018 at 15 h 27 min

    Quel bonheur de retrouver notre pèlerin ! ……

  7. Valérie
    10 janvier 2018 at 15 h 16 min

    Très belle année à toi Olivier 🙂
    Je lirai ton post un peu plus tard, un peu trop occupée en ce début d’année.
    Bises

    • Le Pèlerin en herbe
      17 janvier 2018 at 17 h 08 min

      Merci, Valérie et à toi de même 🙂
      C’est quand tu veux, toujours avec grand plaisir 😉

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