Jour 35 – De Saint-Parize-le-Chatel à Lurcy-Levis

 

 

Trente-cinquième jour – Vendredi 10 avril 2015
Parcours :  32 km, dur.
Hébergement : Chambre d’hôtes « Le Bois des Nids » (30€ DP)


 

 

« Avant de faire le tour du monde, si nous faisions le tour de nous-même ? » – Diderot

Départ pas trop tard en oubliant de visiter l’église et la crypte romane pourtant vivement recommandée par notre hôte.
Ce sera donc pour une autre fois car je note ces endroits ‘oubliés’ ou à approfondir pour une prochaine occasion.

Les températures montent, c’est indéniable.
Il faudra que je parte plus tôt, décidément, mais par ici je suis généralement attendu vers la fin de l’après-midi, ce que je comprends parfaitement, les endroits où je loge le plus souvent sont privés et les propriétaires organisent leur journée de manière différente.
En fin de matinée, il fait déjà chaud et le parcours en grande partie asphalté n’arrange rien.
La chaleur! Ma pire ennemie depuis toujours. Il faudra composer avec, forcément et cela n’ira pas mieux en allant vers le sud, surtout en cette saison. Pourquoi la barque de Saint Jacques n’a t’elle pas été s’échouer dans un fjord de Norvège ? 🙂

Vers midi, je traverse l’Allier et suis donc, désormais, officiellement en Auvergne que je situe aussi pour y être déjà allé en vacance l’an dernier, mais sans réaliser vraiment l’état d’avancement de mon parcours.
En effet avec, en main ou en poche, mon ou mes morceaux de carte couvrant la trentaine de kilomètres quotidiens à parcourir, je vois bien que j’avance pendant la journée mais pas vraiment dans la globalité en fait.

En entrant dans le village de ‘Le Veurdre’ j’aperçois une épicerie. Parfait, il est midi quart et c’est juste le bon moment pour dégoter de quoi me caler pour l’après-midi.
Une fois devant la porte, le magasin semble fermé. Il l’est.
Confirmation et stupéfaction en lisant les horaires affichés : fermé de 12h à 16h.
Absurde !
Ce n’est pas la première fois que cela se produit et je ne parviens décidément pas à comprendre pourquoi un magasin dit d’alimentation est précisément fermé aux heures où il est commun de s’alimenter…
En sachant cela qui vient s’ajouter aux fameux lundis, c’est juste une question d’organisation mais les heures et moi depuis quelques semaines cela fait deux. J’ai donc décidé depuis un bout de temps de prendre de la réserve dans mon sac, de la consommer et de la remplacer le lendemain, suivant les disponibilités, ce qui semble fonctionner la plupart du temps. Je suis néanmoins stupéfait par ce nouvel horaire décalé auquel je ne m’attendais pas le moins du monde.

C’est sans importance, je compte avancer assez rapidement et arriver pas trop tard, malgré la taille de l’étape de nouveau fort longue pour moi, mais sans autre choix possible.

Avec le recul je peux dire avec quasi certitude que c’est à partir d’ici, enfin de ces jours-ci, que j’ai commencé à ressentir une fatigue presque quotidienne et une certaine révolte de mon corps contre les étapes trop longues, surtout à répétition, amplifiées par la chaleur. Je pense que si j’avais pu saucissonner mes étapes autrement elles auraient été beaucoup plus agréables, profitables et pas aussi pénibles qu’elles ne le furent pour la plupart jusqu’aux environs de Limoges, voire parfois même au-delà.
Cela fait également partie du chemin, bien entendu et se dépasser est essentiel.
Après faut-il vivre dans la douleur et la pénibilité au quotidien ? Le chemin ne doit-il pas rester un plaisir avant tout, même si il y à des moments maudits ? Je me suis posé la question régulièrement mais mon esprit tout accaparé par d’autres choses sur le moment, éludait soigneusement l’approfondissement de la question.

Arrivé dans le village étape vers 18h.
Le thermomètre de la pharmacie indiquait 25°c juste avant que je ne prenne la photo…
J’arrive à la chambre réservée pour cette nuit et la dame vient à peine de rentrer, refermant sa voiture lorsque je l’aborde. Elle est allée chercher sa fille à l’aéroport. Elle rentre d’un voyage d’un an en Australie. Et c’est étrange car elle se trouve probablement dans le même état d’esprit que moi, mais dans un tout autre registre, avec bien plus de kilomètres, un décalage horaire de fou, une fatigue incroyable avec pareil vol. Mais nous sommes sur la même longueur d’ondes, à des échelles différentes et sans avoir besoin de discuter des heures pour y parvenir. Elle doit avoir des milliers des choses à raconter à sa maman mais c’est un peu comme un barrage, il ne faut pas tout lâcher d’un coup sous peine de perdre l’essentiel qui, de toute façon est lié au vécu et donc pas vraiment racontable.
Et à propos de distances, une carte de France se trouve sur un meuble. Il y à un point rouge au milieu du pays.
Question un peu stupide de ma part : « euh c’est la région où nous sommes ? »
Et la réponse au ton très gentil, compréhensif de mon hôte : « Ha oui, nous sommes au centre de la France ».
Baf! Ça par contre ça me met une claque. Et une fameuse, car j’ai enfin une vue d’ensemble du parcours effectué.
Je m’en doutais un peu, mais le fait de le matérialiser me semble tellement irréel.
Et pourtant j’y suis bel et bien.
Je suis assez stupéfait, et je dois bien avouer que ce point rouge central me marquera encore un petit bout de temps 😉

Eric me rejoint quelques minutes plus tard et je ne comprends pas son arrivée si tardive lui qui trace bien plus vite que moi. L’explication est simple : il est arrivé ici il y à environ une heure et ayant trouvé porte close, est allé prendre un verre au bar situé à quelques rues.
En attendant j’ai déjà choisi le lit que j’occuperai dans la chambre que nous partagerons encore ce soir.
Mais je pense que ce sera la dernière fois.
Cette ‘cohabitation’, bien que très agréable jusqu’ici à, je le pense, atteint sa limite. Elle nous à permis de belles économies, certes, et de très bons moments mais certaines de ses manies et habitudes ont à présent le don de m’énerver. Après tout nous ne sommes pas mariés et j’ai mon chemin à faire, de mon côté.
Oui…oui, je connais un lecteur fidèle dont j’ignore encore totalement l’existence à ce stade mais qui se reconnaîtra certainement ici pour avoir vécu la situation inverse, dans de très nombreux kilomètres, et me l’avoir explicitée dans le détail, un beau matin dont je me souviendrai longtemps. Je ne peux m’empêcher d’y penser en écrivant ces lignes qui m’ont aidé à mieux comprendre.
Mais nous en reparlerons bien plus tard car la situation n’est pas la même. Du tout. 😉

Depuis Nevers nous progressons ensemble tous les deux avec Eric car Valérie et Jacky, Luc et nos autres compagnons n’ont pas continué au-delà de cette étape symbolique, ou l’on fait d’une autre manière.
Eric se réserve une autre étape que la mienne qui est déjà prévue pour demain soir, sans même que nous en ayons discuté. Peut-être est-il lui aussi soulagé de ne plus me retrouver, qui sait ?
Je suis, moi aussi, composé de défauts et de choses qui doivent déranger par moments. Ou peut-être s’en moque t’il totalement de cette ‘séparation’ et peut-être (sans doute) me pose-je (beaucoup) trop de questions.
Alors je le ferai mon chemin, même si j’ai, par ces moments qui sont un peu ou beaucoup difficiles, besoin d’une compagnie rassurante et connue. Je suis comme cela. Et les séparations d’avec des compagnons sincères et fidèles au long du chemin me seront très pénibles comme je le raconterai plus tard.
En attendant ici, j’ai besoin de m’envoler, non pas pour faire d’autres rencontres absolument, mais pour être moi-même et face à moi-même. Confrontation qui ne sera pas de tout confort, c’est évident. Mais nécessaire.

Assez tard ce soir, nous voici au repas.
Très bon et très agréable, tous les quatre autour de la table. La fille de notre hôte est survoltée, probablement à cause du décalage horaire mais nos échanges en quatuor sont vraiment tous très agréables et enrichissants, passionnés et passionnants.
Encore une fameuse belle rencontre, cette fois au beau milieu de la France 😀

 

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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4 comments for “Jour 35 – De Saint-Parize-le-Chatel à Lurcy-Levis

  1. Luc
    8 juin 2016 at 11 h 32 min

    Héhéhéhé 😉
    Serais-je donc ce lecteur fidèle qui se retrouve dans tes propos? 😉

    Tu expérimenteras et apprendras que la solitude est salvatrice. Et que même si il est plaisant de se retrouver, il est tout aussi plaisant de se séparer pour, justement, mieux se retrouver !

    Je te l’avais expliqué en long et en large; je vois encore ton air dépité: tu te décomposais au rythme de mes mots…
    Mais souviens-toi aussi, lors de nos retrouvaille à Portomarin, comme nous nous sommes étreints ! Nous avions chacun continué notre chemin, au propre comme au figuré, nous avions eu l’occasion de faire d’autres connaissances, et de ce jour, nous avons terminé ensemble notre pèlerinage.

    Et quel plaisir nous avons maintenant à nous revoir et nous remémorer tous ces bons moments !

    A bientôt ! 😉

    • Le Pèlerin en herbe
      10 janvier 2018 at 16 h 29 min

      Absolument, Grand (mais pas que) 🙂
      Effectivement pas facile sur le moment, mais j’en ai appris des choses de cette manière également, sur moi, sur les gens, sur l’attachement ou le détachement quoi qu’il fut dit auparavant…Et j’en profite pour te remercier, comme je l’ai fait à d’autres.
      Hé oui, je ne souhaite qu’une chose : que nous restions bien en contact, nous revoir de temps en temps et revivre ceci autour d’un bon moment, dès que cela est possible.
      Comme le dit si bien l’adage : Quand on veut, on peut 😉
      Alors, je te dis « à bientôt », Grand, et sans paroles en l’air
      Oli

  2. Pascali
    4 juin 2016 at 19 h 04 min

    Quand nous sommes passés à Le Veurdre le 21 juillet de l’an dernier, le thermomètre de la pharmacie indiquait 37* à 17h.00. Et pourtant il était à l’ombre. Chaud …
    Par contre, pour le moment en Gironde il est difficile de ne pas avoir de pluie.
    Amitiés à toi pélerin

    • Le Pèlerin en herbe
      10 janvier 2018 at 16 h 24 min

      Merci pour ce message auquel je répond avec bien trop de retard mais avec grand plaisir !
      Ou en êtes vous de vos projets de marche ?

      A bientôt,
      Olivier.

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