Jour 30 – De Vezelay à Anthiens

 

 

Trentième jour – Dimanche 5 avril 2015
Parcours :  25 km, pas très faciles
Hébergement : L’esprit du chemin (Donativo)


 

 

« Malgré la force des chaînes qui te retiennent, va-t-en loin et entreprends un long voyage. Tu pleureras; de ta bouche s’échappera le nom de l’amie que tu quittes et souvent ton pied s’arrêtera en chemin. Continue, et force tes pieds à courir malgré eux… – Ovide

Levé bien tôt pour assister aux Laudes de ce dimanche de Pâques et, bien entendu, à la traditionnelle bénédiction des pèlerins en la basilique.
Il n’y fait pas bien chaud, ça réveille et les magnifiques chants qui élèvent l’esprit réchauffent l’âme, voilà qui est essentiel pour ce nouveau départ, finalement.
C’est un moment très touchant et émouvant que je garderai longtemps à l’esprit au fil des prochains jours…et après.

Ensuite, il est temps de partir, sans traîner.
Je salue Yolande et la remercie pour son accueil formidable, sa gentillesse et sa disponibilité d’hospitalière au grand cœur. Elle nous accompagne jusque dans la petite rue qui descend vers la suite de cette aventure.
Ma petite femme est à mes côtés sur quelque centaines de mètres, pour rejoindre sa voiture et rentrer chez nous.
Cette fois, c’est une fameuse séparation à laquelle je n’ai pas voulu trop penser.
Nous nous embrassons une dernière fois, je lui fais signe alors qu’elle s’éloigne dans sa petite voiture bleue et qu’un touriste qui ne comprend pas ce moment difficile me tient la jambe avec une série de questions sur le pèlerinage.
Je lui répond patiemment et une fois lâché, la minute suivante, je me précipite hors du parking espérant encore serrer ma petite femme dans mes bras une dernière fois, espérant qu’elle m’ait attendu le long du chemin balisé qui quitte Vezelay, mais c’est trop tard elle est partie.
Se confondre en interminables adieux balbutiants et pleurnichards n’est pas mon genre, mais j’espérais encore l’apercevoir. Cette fois je ne la verrai plus avant de longues semaines, c’est une certitude. La prochaine fois ce sera à Santiago ou un peu avant car nous devrions faire les quelques dernières étapes ensemble, si tout va bien. Enfin, ça fait dans longtemps, deux mois normalement. Une nouvelle épreuve débute.
Bien que je suis certain que dès aujourd’hui je ne serai plus jamais seul sur le chemin, je sais, je sens qu’il y aura de grands moments de solitude.

Allez, hop! On y va!
A la sortie de Vezelay, deux flèches opposées : branche Nord par Bourges ou branche Sud par Nevers.
Bien que plus longue, je choisis cette dernière pour je ne sais quelle raison. Je commence à comprendre qu’il ne faut pas toujours réfléchir à chacun de ses choix, sur le chemin, mais bien se laisser guider, j’ai probablement quelque chose à y vivre, car c’est bien de cela dont il s’agit : faire confiance.

Il fait très beau et quitter la colline éternelle sous le soleil au son des cloches de la Basilique qui appelle les fidèles pour la grande célébration de Pâques est un moment très, très fort. Intense et prenant, à vivre une fois dans sa vie.

Pas évident de se remettre à marcher après 3 jours de pause.
D’autant que le relief devient plus vallonné.
La remise en route n’est pas pénible que physiquement. Avec ce que je viens de vivre, celles et ceux que je viens de quitter, mon épouse; ce n’est pas facile. Je n’aime pas les séparations et j’ai des choses à en apprendre.

Mais comme je suis occupé à ruminer quelque peu sur le sujet, je croise Françoise et Jean-Max avec qui j’ai discuté un bon moment, sans même remarquer les kilomètres qui défilaient.
Et voilà que tout ce qui me ‘chagrinait’ quelque peu se dissipe d’un coup.

Le paysage est beau, varié ainsi que les petits villages traversés.
La grande nouveauté est de croiser des gens, maintenant. Pèlerins ou non, ça fait du bien, ça change, ça rythme quelque peu la marche.

En fin de journée ma petite femme m’appelle pour me dire qu’elle est bien arrivée à la maison. Ouf.

De mon côté j’arrive doucettement à l’étape du jour, j’ai bien chaud et cette remise en route est décidément plus dure que je ne le pensais. Je suis confiant, mon corps va vite retrouver ses marques. Il n’a pas pu oublier cela en trois jours seulement 🙂

Je grimpe donc vers le hameau au nom pré-destiné appelé « Le Chemin » et où se sont installés, sous le même nom, les propriétaires de l’ancien « Esprit du Chemin » situé à Saint-Jean-Pied-de-Port.
Leur accueil pèlerins y comptait 20 places. Complet tous les jours. 365 jours par an.
Cela devenait l’usine, plus du tout dans leur optique, alors ils en ont eu marre et ont tout quitté pour se lancer dans cette nouvelle aventure, plus au calme au pied de Vezelay. Il faut le faire, n’empêche.
Arno et Huberta sont donc occupés, courageusement et consciencieusement, à remettre en état cette ancienne ferme afin d’accueillir au mieux les pèlerins de passage.
On voit bien, on sent bien que cet esprit d’accueil est vraiment une seconde nature chez eux, ils ont cela dans le sang. On s’y sent bien dès l’arrivée.
Petit mot gentil, attentions : « Ca va ? Ce n’était pas trop dur pour arriver ? Je peux vous offrir une boisson ? »
Et nous la sirotons sur la terrasse pendant que Arno nous décrit le bâtiment et tout ce qu’il y fait.
C’est encore un peu (beaucoup dit Arno) le chantier mais quelques bénévoles de passage leur prêtent main forte et tout se fait dans les règles de l’art, sans chichi mais de manière fonctionnelle et aérée.

La très grande chambre pourrait être un dortoir recevant de nombreux lits superposés mais ils ont préféré y disposer quelques lits confortables, larges, pour une ou deux personnes avec un bon matelas.
Tout est fort bien organisé et le repas pris autour d’une grande table débute par une minute de silence de laquelle chacun fait ce qu’il veut : prière, méditation, réflexion; ce que l’on veut mais en silence.

Lorsque tout le monde est bien posé, le repas débute et ce n’est pas n’importe quoi, les plats sont simples mais très bons et préparés avec beaucoup de soin et d’attentions, cela se sent.
L’ambiance est détendue, agréable et festive. Après l’accueil Ste-Madeleine de Vezelay, voici une autre grande table entourée de pèlerins. Quelle ambiance, que j’aime cela!

La fatigue se ressent bien vite et une fois débarrassée ensemble, personne ne traîne pour rejoindre son lit 🙂

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
  •  
    9
    Partages
  • 9
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *