Jour 09 – De Wasigny à Chateau-Porcien

 

 

Neuvième jour – Dimanche 15 mars 2015
Parcours : 17 km, faciles physiquement.
Hébergement : Gîte communal (Donativo)


 

 

« Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes » – Arthur Rimbaut

 

Départ en voiture ce matin, donc.
Ma petite femme me reconduit à l’endroit de nos retrouvailles de hier soir, devant l’église de Wasigny.
Je rentre dans le seul commerce ouvert dans le village afin de faire tamponner mon carnet à l’étape.
Puis vient une nouvelle séparation.
C’est difficile, je vis un peu entre deux mondes pour le moment, des choses se mettent en place, que je ne commencerai à comprendre que bien plus tard. Ce chemin-là aussi se fait lentement. Mais rien ne presse.

Et, justement, le parcours du jour est essentiellement composé de lignes droites monotones, propices à la méditation et aux réflexions. Juste bien.

Je traverse néanmoins un petit village habité notamment par une communauté d’artistes qui exposent librement leurs œuvres dans le jardin de la maison. Original, voilà qui change les idées.
Il y a également un refuge pèlerins, le premier ‘vrai’ que je croise. Il n’était pas dans mon guide, dommage j’aurais pu organiser mes étapes autrement…ou pas!

J’ai également croisé une autre borne indiquant la distance jusque Compostelle, comme à l’entrée en France. Ça diminue, mais ce ne sera pas encore pour ce soir 😀

Puis je descends sur Chateau-Porcien, étape du jour.
J’ai pas trop le moral en cette fin de journée. Est-ce cette nouvelle séparation avec mon épouse ? Ces lignes droites monotones ? Le temps gris et froid ? Peut-être un peu de tout cela.
Il est 17h30.

En entrant dans le bourg, je croise quelques enfants qui jouent et comme je n’ai rien réservé, je leur demande ou se trouve la mairie car mon guide indique un hébergement mis à la disposition des pèlerins.

-« Bah c’est là-bas dans le fond, à gauche…vous savez pas ou quoi?! »

Ben non, je ne sais pas, c’est la première fois que je passe par ici, figure-toi 😉
Mais je garde ma réflexion, toujours étonné par la naïveté et l’innocence des enfants.

Nous sommes dimanche. Dimanche soir même. Rien ne bouge, rien ne semble vivant ici.
Mon guide indique que dans le cas où la mairie est fermée, c’est le bar d’en face qui ouvre le gîte.
Le bar aussi est fermé. Bigre, il y a des jours où c’est comme ça!
Ça ne devrait pas, mais ça m’énerve encore ce genre de situation.
Je panique un peu, la peur de ne rien trouver pour passer la nuit. Puis je me ressaisis, me disant qu’il y a bien des habitations, que je finirai bien par trouver une solution.
Je m’approche de l’entrée de la mairie, enfin découverte, pour glaner de l’information.
Une belle affiche intitulée « A l’attention des pèlerins » m’attend. Il suffit de demander.
Elle reprend une dizaine de noms, adresses et numéros de téléphone à contacter pour le gîte, en cas de fermeture de la mairie…et du bar.

Premier numéro, pas de réponse.
Deuxième, pas de réponse.
Troisième, répondeur.
Quatrième, pas de tonalité.
Cinquième, pas de réponse.
Sixième, pas de réponse.
Septième, répondeur.
(et je commence à comprendre pourquoi la liste est si longue, j’espère quand-même aboutir chez quelqu’un)
Huitième, pas de réponse.
Neuvième, après de nombreuses sonneries, ouf! une dame décroche.
Sauvé, c’était presque ma dernière chance!

Je lui explique où je suis et ma situation.
Elle accoure. Le contact est chaleureux, rassurant, réconfortant, j’en avais besoin.
Elle m’ouvre le minuscule hébergement le long de la grand route avec un porte qui ne ferme que par la serrure à code qu’elle active à grand peine.
Je suis embêté, le seul commerce est déjà fermé et le bar d’en face où je comptais manger, l’est également.
Pas de chance. Et je n’ai pas encore pris le plis de balader une ration de survie avec moi.
Madame Cornet devine mon désarroi et me rassure :

-« Ne vous inquiétez pas, je vais pas vous laisser comme cela, je vous rapporte tout de suite de quoi manger »

Lorsqu’elle revient, les bras chargés et qu’elle m’explique ce qu’elle m’apporte, ma gorge se noue, l’émotion m’étreint.
Adorable, vraiment, quel dévouement à nouveau et quelle belle rencontre.

Le repas sera loin d’être frugal, de la soupe maison et bien chaude, du pâté, du pain, une salade de tomates et œuf dur, ainsi que deux spécialités faites maison : du boudin blanc enrobé dans une pâte feuilletée et une belle part de tarte au thon. C’est délicieux, ça réchauffe le corps et le cœur. Mon coup de blues est envolé.

Mais c’est trop et je me limite de peur de mal dormir.

 

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6 comments for “Jour 09 – De Wasigny à Chateau-Porcien

  1. leon pratte
    30 mars 2016 at 2 h 27 min

    tout un petit repas ,j’espere que la nuit n’a pas ete houleuse.

    • Le Pèlerin en herbe
      30 mars 2016 at 15 h 38 min

      La nuit à été très bonne, merci beaucoup Leon 🙂

  2. alain
    29 mars 2016 at 11 h 00 min

    tu as eu de la chance de rencontrer cette personne pour t heberger et te nourrir

    sache qu il est preferable de toujours avoir un repas d avance dans son sac a dos sutout le dimache et lundi les commerces sont souvent fermés

    • Le Pèlerin en herbe
      30 mars 2016 at 15 h 35 min

      Merci Alain.
      Je savais que le lundi tout était fermé en France mais ici je me suis laissé avoir 😉
      Il faut dire que je commence à ce stade à perdre quelque peu la notion du temps…

  3. PascaLi
    29 mars 2016 at 6 h 46 min

    En te lisant, je revis mon chemin. Merci, Olivier

    • Le Pèlerin en herbe
      30 mars 2016 at 15 h 33 min

      Toujours avec plaisir, Pascal.
      Merci à toi de me suivre 😉

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