Jour 08 – De Aubigny-les-Pothées à Wasigny

 

 

Huitième jour – Samedi 14 mars 2015
Parcours : 25 km, assez faciles mais parcours fatiguant quand-même.
Hébergement : retour chez Mr et Mme Launoy


 

 

« L’acte le plus difficile est celui que l’on croit le plus simple : percevoir d’un regard toujours en éveil les choses qui se présentent à nos yeux.«  – Goethe

 

Hé bien il ne faisait pas chaud ce matin.
Visiblement il a gelé jusque 11h.
Le gros avantage c’est que le temps est bien sec, clair et très lumineux, ce qui donne envie d’avancer.
La marche se fait dans d’excellentes conditions, le temps est idéal pour marcher : frais et sec.
Mais le soleil, même si il ne chauffe pas encore tant que cela me brûle déjà quelque peu la peau et mon teint change. Enfin juste les mains, les jambes et un peu le visage aussi. Bronzage du pèlerin, même en mars 🙂
Cela n’a l’air de rien mais l’irritation du soleil se fait sentir sur les jambes et je commence peut-être à regretter quelque peu d’avoir décidé de marcher en short. On verra bien.

Le paysage change petit à petit, devient plus varié et ne ressemble déjà plus à celui de ma région.
Ce dépaysement ajouté à l’appréciation du temps déjà quelque peu modifiée et je commence à me « perdre » petit à petit.

Pas à pas, tout me semble nouveau. Ce n’est pas facile à expliquer car vous me direz : « Bah évidement que c’est nouveau, tu n’es jamais passé par ici à pied! »
Ce à quoi je répondrai facilement que même si j’y étais passé 10 fois déjà, ce serait nouveau quand même.
Et voilà toute la difficulté de le raconter car c’est bien l’état d’esprit qui commence à changer.
La perception des choses se modifie, le regard guette, scrute, analyse différemment déjà, à l’affût en permanence, même si les pensées vagabondent et occupent la plupart de mon temps.

Un petit coup d’œil sur la carte, rarement, juste pour voir où j’en suis, mais sans plus. Enfin peut-être un peu plus souvent lorsque j’ai l’impression de ne pas avancer ou lors d’une partie plus monotone.

Je suis tombé sur un couple de chevreuils à la sortie du bois avant de descendre sur le village de Lalobbe.
Ils ne m’avaient visiblement pas vu ni senti ni entendu car je me suis rendu compte de leur présence une fois fort près.
Et eux aussi 🙂
Ils ont détalé sans demander leur reste alors que j’essayais, tout doucement, de les prendre en photo.
Ils ont dû se sentir menacés par mon geste, j’aurais dû rester immobile, ne pas lever le bras et j’aurais peut-être pu savourer cet instant magique un peu plus longtemps…

Cet instant de contemplation simple fût très riche, émouvant même.
Mais le chemin appelle. Sans cesse.
Celles et ceux d’entre-vous qui ont déjà marché vers Saint-Jacques le savent probablement, l’immobilité ne convient pas au Chemin. Ni à la vie d’ailleurs.

Arrivé à Lalobbe, je m’offre une petite pause au pied de la très belle église au centre du village, malheureusement, et comme bien souvent, je la trouve fermée.

En principe je devais m’arrêter ici mais comme ma petit femme vient me rejoindre pour retourner au point de départ de ce matin, j’en profite pour pousser un peu plus loin, je suis en forme, et je n’ai pas à me soucier d’un hébergement.
Ce qui est fait, est fait.
Mais je lui ai donné un rendez-vous assez loin quand même et je vais finalement marcher 6 kilomètres de plus, jusque Wasigny. Cela n’a l’air de rien mais je n’en suis qu’à ma première semaine de marche et le rodage est encore à peaufiner il me semble.
Qui veut aller loin ménage sa monture, comme on dit. Et comme la monture c’est bibi, hé bien le tour est vite fait 🙂

Bref, je carbure sans doute un peu trop sur la dernière heure et arrive bien fatigué à notre point de rendez-vous.
Mal aux pieds.
C’est bête, qu’ai-je voulu (me) prouver ?
Il va falloir apprendre tout cela.

J’arrive pile en face de la magnifique halle de Wasigny, superbement préservée et unique en son genre.

Les retrouvailles avec ma petite femme me font chaud au cœur, d’autant qu’elle m’a gentiment apporté du thé dans un thermos et quelques biscuits. Il fait encore un peu frais et cela réchauffe le corps et l’esprit.
Elle m’a également apporté un nouveau sac en remplacement de l’original. Pour qui me suit depuis le début, vous savez qu’une boucle m’a lâché lors de l’étape jusque Doische.
Une seule boucle fendue et facilement remplaçable avec sa lanière détachable et c’est tout le sac que l’on échange.
Décidément je n’en finis pas de me demander dans quelle « drôle » de société vivons-nous ?

Vient alors le moment de faire une grosse  marche arrière jusque mon point de départ de ce matin.
Monter dans une voiture me procure déjà une sensation bizarre. Ou plus exactement étrange dans le sens « étrangère », inconnue, serait plus précis.
Et puis on roule !
Une semaine de marche et je suis déjà effrayé par ce mode de locomotion.
C’est affolant, vraiment.
Trop vite, trop brutal, tout défile à une allure déraisonnable et je dirais même inhumaine.
J’ai la nette sensation d’avoir quitté ce monde depuis des lustres, tant mon corps a déjà retrouvé le naturel de la marche après seulement quelques jours.

30 minutes à peine pour couvrir une journée de marche, j’ai du mal à assimiler.
Grande leçon que celle-ci, déjà.

Et me/nous voici de retour chez Mr et Mme Launoy pour une nouvelle et très agréable soirée, reposante, nourrissante et revigorante 🙂

 

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6 comments for “Jour 08 – De Aubigny-les-Pothées à Wasigny

  1. alain
    29 mars 2016 at 11 h 13 min

    est t il possible d augmenter le format de tes photos ?

    • Le Pèlerin en herbe
      30 mars 2016 at 15 h 38 min

      Les originales sont bien plus grandes, mais je les ai réduites volontairement pour deux raisons :
      1) Accélérer l’affichage sur le web
      2) Eviter de retrouver mes photos ailleurs sans mon autorisation
      Tu as probablement remarqué que lorsque tu cliques sur l’une d’entre-elles tu accèdes à une galerie ou elles sont bien nettes, n’est-ce pas ? 😉

  2. PascaLi
    25 mars 2016 at 17 h 40 min

    Je revis mon étape . Aubigny- Wassigny
    Lalobbe. . . avec un abri en bois sur le côté de l’église qui m’a permis de m’abriter sur cette étape qui allait être la plus pluvieuse de mon périple. Comme toi sur l’étape de demain ( Wassigny- L’Ecaille ) je ferai un retour au point de départ pour le logement. Après cela sera déjà Reims ! Bonne route épistolaire Olivier.

    • Le Pèlerin en herbe
      25 mars 2016 at 17 h 50 min

      Merci cher Pascal!
      Ton retour me fait fort plaisir, j’ai hâte de continuer à échanger, à raconter, à revivre tout ceci!
      A bientôt
      Olivier

  3. Daniel LARUE
    25 mars 2016 at 17 h 22 min

    et voila on laisse le rouge pour le jaune ( couleurs du balisage ) hi hi

    • Le Pèlerin en herbe
      25 mars 2016 at 17 h 48 min

      Tout-à-fait, Daniel! 🙂

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