Jour 05 – De Doische à Olloy-sur-Viroin

 

 

Cinquième jour – Mercredi 11 mars 2015
Parcours : 18 km, faciles.
Hébergement : Centre Européen Delobbe (Donativo)


 

 

« Le silence, c’est parfois se taire, mais le silence c’est toujours écouter » – Madeleine Delbrêl

 

Après un solide déjeuner, il est temps de dire au revoir à Mme Cogniaux. Elle insiste pour que j’emporte le pique-nique du midi, un fruit, un dessert et une gaufre maison pour la route, car on ne sait jamais.

Il n’y a pas de quoi, c’est compris dans le prix me dit-elle devant mon insistance à lui demander combien je lui dois.

Déjà l’esprit du chemin, semble-t-il.

Ensuite passage par la maison communale du village car il n’y avait pas de cachet chez mon hôte.

Je suis dehors devant la porte bien avant l’ouverture des bureaux lorsqu’un employé qui sort, me voit et demande si il peut m’aider.
Je lui explique ma démarche et mon attente d’un cachet en bonne et due place dans mon petit carnet.

-« Ha mais vous n’allez pas attendre une demi-heure hein, je vais vous le chercher moi le cachet, je reviens »

Aussi tôt dit, aussitôt fait!

Merci beaucoup. Je tourne les talons, fais quelques mètres et tombe sur Pascal qui m’a contacté l’avant-veille pour savoir si cela ne me dérangeait pas qu’il m’accompagne au long de cette étape. Avec plaisir.

La matinée est fraîche mais la discussion va bon train et après la levée de la brume matinale, un grand soleil vient baigner notre parcours.

Petit à petit les paysages changent, ondulent un peu.

A partir de cette étape, je me laisse guider par le balisage des coquilles bleues et jaunes. Je me laisse également bercer par la discussion avec Pascal qui prend plaisir à me raconter ses nombreuses marches organisées et suivies dans cette si jolie région.

En milieu de matinée, petite halte sur le quai de la gare de Treignes pour un en-cas au soleil. Quelques bénévoles s’activent autour et dans l’atelier du CFV3V, le chemin de fer touristique des 3 vallées, bien connu par chez nous.

Suivre les coquilles est une nouveauté fort agréable. Plus besoin d’être rivé au trajet sur la carte, le balisage est, ici, fort bien fait et il n’y a plus qu’à se laisser aller.

Cela me permet de me concentrer sur la conversation avec Pascal.
Nous nous arrêtons pour casser la graine dans une aire de pique-nique à Vierves-sur-Viroin. Celle-ci est accolée à un centre nature et de formation où des classes vertes sont organisées pour les écoles. D’ailleurs une classe assez bruyante surgit brutalement se demandant qui sont ces intrus qui osent squatter leur place, publique au demeurant.
Ils sont bruyants et un peu exubérants, marquage du territoire devant les condisciples féminines oblige, mais tout se passe bien.

On ne fera pas la sieste là, c’est bien compris 🙂

Reprise du parcours dans la vallée du Viroin, magnifique, douce, bucolique, dans une nature encore préservée le long de cette jolie ligne de chemin de fer touristique.

Enfin nous arrivons à Olloy, juste à temps pour trouver la responsable qui m’accueille très gentiment et me désigne ma chambre. Je serai seul ce soir dans ce grand bâtiment au bord de l’eau.

Le sac posé, la clé en main, je pars rejoindre Pascal pour aller prendre un bon petit verre sur la place ou se trouve le seul café ouvert. Accueil distant, table bancale et sale, service minimum… bon la saison touristique n’est pas encore ouverte et nous ne sommes pas des habitués, c’est bien noté.
Mais c’est vite oublié grâce à un très bon Orval, dégusté en terrasse et au soleil. Probablement ma dernière trappiste avant bien longtemps et de toute façon mon dernier verre en terrasse, en Belgique.

Vient alors le moment où Pascal doit repartir. Je sens bien que cette étape accompagnée est la dernière sous cette forme. L’éloignement, les connaissances qui « disparaissent » petit à petit, tout cela contribue à la notion de départ, de voyage.

Encore un grand merci à toi, Pascal, pour cette très belle journée et ce moment inoubliable passé en ta compagnie.
Un très bon souvenir, définitivement!

Une fois douché, la lessive mise à sécher, je me mets en quête de la pitance du soir. Pas facile. Il ne reste presque plus rien à Olloy et les commerces subsistants sont pour la plupart fermés ce jour. Pas de bol.

Je retourne donc dans le fameux café du verre de tout-à-l’heure. Seul endroit où manger ce soir. Glauque. Mais la propriétaire essaye de tout faire pour arranger un peu les bidons. Pas beaucoup de choix, mais qu’importe, tout ce que je demande c’est de ne pas être malade 😉

Le repas se passe au son d’une musique ringarde, dans la lumière froide des tubes néon. J’ai une vue imprenable sur les toilettes dont une porte pend, une des charnières ayant lâché.
A priori je n’aime pas ce genre de situation inhabituelle. J’ai l’impression d’être au milieu d’un jeu de quille, un peu mal à l’aise.
Mais petit à petit, je sens une espèce de transformation qui opère, un ressenti inhabituel, une explication.
Je dois comprendre quelque chose, accepter cette situation différente, la voir autrement.
Je me mets dans la situation, essaye de la comprendre, l’accepter.
La magie opère, je comprends toute l’attention que porte la gérante à cette petite fille visiblement élevée par des grands parents démunis et qui ne semblent avoir que ce café pour tout lien social, pour tout repère.
Je comprends aussi ce semi-vieillard accoudé au bar et qui vient ici pour voir un peu de monde.
Les affaires ne sont pas florissantes mais on fait avec, on essaye de se débrouiller, voilà tout.

Je quitte l’endroit avec un grand sourire…et les encouragements des habitués de l’endroit, pour aller rejoindre à quelques pas, « mon » grand bâtiment vide et dont la porte d’entrée qui se ferme vigoureusement fait trembler le béton de la structure.

 

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7 comments for “Jour 05 – De Doische à Olloy-sur-Viroin

  1. Luc
    18 mars 2016 at 15 h 47 min

    Aaaaaahhhh, Olloy-sur Viroin, le Centre Européen, Madame Lambotin… Que de souvenirs! Pfffffiiiuuuuu..

    • Le Pèlerin en herbe
      18 mars 2016 at 15 h 52 min

      Ça tu peux dire, mon cher Luc!
      Je pense que j’ai eu la chambre ‘Albanie’, enfin celle de suite à droite, en haut des escaliers et toi tu t’en souviens ?

      • Luc
        18 mars 2016 at 16 h 02 min

        Pour ma part, c’était celle en haut à gauche, presqu’en face des escaliers, en façade. Par contre, plus moyen de me souvenir dans quel « pays » j’ai dormi ! lol
        Seul pour toute la soirée, les douches bien chaude, la possibilité de me raser en toute tranquillité !
        Un vrai bonheur…
        Et le déjeuner du lendemain, je confirme, un vrai régal pantagruélique.

        • Le Pèlerin en herbe
          18 mars 2016 at 17 h 43 min

          Merci pour ton retour, Luc!
          Nous n’avons donc pas dormi dans le même pays toi et moi, à quelques jours d’intervalle, mais avons fait un tout aussi bon séjour dans ce bel endroit, apparemment 😉

  2. laurent
    18 mars 2016 at 0 h 06 min

    Toujours enchanté de te lire et penser que moi aussi je pourrais peut être vivre ce grand voyage au long court.

    Hâte de lire la suite…

    laurent

    • Le Pèlerin en herbe
      18 mars 2016 at 14 h 32 min

      Merci pour ton suivi et ton commentaire, cher Laurent!
      Bien sur que tu le vivras ce chemin depuis chez toi, une fois que tu sens que le moment est venu et que tu t’en donnes les moyens, tout se met en place naturellement et « ya plus qu’à », tu verras! 😉

  3. PascaLi
    16 mars 2016 at 18 h 10 min

    Tout le plaisir fût pour moi. Quelle belle journée printanière terminée autour de trappistes bien belges. Je suis toujours prêt pour un nouveau bout de chemin avec toi, quelle que soit la destination. Amitiés à toi, ami pèlerin.

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