Jour 24 – De Chablis à Saint-Cyr-les-Colons

 

 

Vingt-quatrième jour – Lundi 30 mars 2015
Parcours :  14 km, faciles
Hébergement : Gîte municipal – Mme Jacquotte (14€ – Top!)


 

 

« Nous avons droit à ces élargissements et, une fois ces frontières franchies, nous ne serons plus jamais les misérables pédants que nous étions. » – Ralph Waldo Emerson

En ouvrant les volets ce matin, c’est le déluge dehors!
Il tombe des trombes d’eau, ça promet.

Le temps de préparer mon sac et de sortir et voilà une éclaircie, tiens. Finie la pluie, ça fait plaisir.
Le vent est froid, mais au moins il fait sec.

Par contre je ne suis parvenu à joindre personne hier soir pour mon hébergement du jour.
La réservation du gîte devant se faire via la Mairie, je comprends qu’il y ait des heures à respecter.
Je décide donc de m’adresser à la Mairie de Chablis qui doit forcément connaitre les collègues qui se trouvent quelques kilomètres plus loin. Lorsque je rentre avec mon sac sur le dos et mon bourdon en main, grand sourir de la secrétaire qui prépare déjà le cachet. Je lui réponds par un sourir en lui expliquant que ça c’est déjà fait mais que, par contre, je veux bien entrer en contact avec ses collègues qui se trouvent quelques kilomètres plus loin. En effet, Saint-Cyr ça lui parle mais par contre il faut un peu chercher pour trouver une personne à joindre…sans succès car visiblement elle ne sera ouverte que cet après-midi.
Qu’importe, l’étape ne sera pas longue et puis même, je réessayerai en début d’après-midi pour être tout-à-fait certain. L’histoire de Chateau-Porcien, je n’en veux plus 🙂

En sortant du bâtiment de la Mairie, j’aperçois deux sac à dos sur pattes mais trop loin pour distinguer une quelconque coquille. Si ce sont des pèlerins, ce serait bien les premiers que je vois.

J’ai donc décidé de faire une petite étape afin d’arriver tôt, prendre mon temps et me reposer quelque peu de la journée de hier, surtout. De plus je veux arriver en bonne forme à Vezelay étape symbolique, certes, mais importante pour moi et qui, mine de rien, approche doucement mais surement.

Le temps reste sec. Frais, venteux et couvert, mais sec.
Le relief change peu à peu pour commencer à vallonner légèrement, ça change enfin du tout plat et ça devient joli.

A ce propos, j’ai croisé une magnifique chapelle au sommet d’une bute dans les vignes. Avec un ciel chargé et un peu de soleil dessus, le contraste était formidable.

Petit pique-nique sur la placette d’un village bien tranquille installé sur un petit muret bordant un joli petit espace vert très accueillant.

Les kilomètres suivants ont surtout été marqués par l’état des sentiers parcourus. Au vu de la météo de ces derniers jours, j’aime autant vous dire que la terre aime bien mes semelles et comme vous pourrez le voir sur la photo, le bout de mon bourdon en est généreusement garni, lui aussi 🙂
Je trouve même cela amusant et les sales moments des derniers jours ne semblent déjà plus que de lointains souvenirs.

Je ne tarde pas à arriver à Saint-Cyr, étape du jour.
La mairie n’est pas difficile à trouver et pour y accéder, il me faut traverser la cour de la petite école y attenante sous le regard curieux et amusé des enfants qui s’y amusent avec toute l’énergie qui les caractérise.
Je suis accueilli bien chaleureusement et ça fait plaisir.
Après avoir fait estampiller la case du jour avec le sceau officiel, je règle ma participation et suis invité à suivre l’employée vers le gîte situé juste derrière le bâtiment, au-delà d’une jolie petite cour équipée de bancs et de séchoirs pour le linge.

Quel endroit merveilleux que celui-ci! Propre, accueillant, aéré et bien organisé. On s’y sent presque chez soi et le temps de choisir un lit et de défaire mes affaires, voilà Madame Jacquotte qui arrive.
Un sacré numéro de bonne femme! D’une gentillesse rarement vue, elle met un point d’honneur à ce que le gîte soit tenu comme si c’était chez elle. Et cela se sent et se voit. La décoration à partir d’objets personnels est discrète mais organisée avec goût. Tout est impeccable et bien rangé, il y à même quelques provisions de dépannage dans une armoire, elle y tient beaucoup.

Je ne serai pas seul ce soir, mais ce ne seront pas des pèlerins.
En fait, la saison des vignes est en plein démarrage et le travail n’y manque pas, comme j’ai déjà pu le constater. Alors les ouvriers-saisonniers sont nombreux et logent le plus près possible de leur lieu de travail du moment, en toute bonne logique.

Alors que j’allais prendre ma douche, voici un des deux gars qui rentre du travail. Il est peu bavard et nous nous saluons rapidement. Je me rends compte que j’ai oublié mes vêtements propres et le temps de les prendre, la douche est occupée. Il à fait vite, le bougre 🙂 D’autant qu’il ne dort pas dans le même dortoir que moi, je n’ai donc pas pu suivre la manœuvre. Pendant que j’attends mon tour, voici son collègue qui revient lui-aussi. Il à les bras chargés d’un pc portable, une petite télévision et un lecteur dvd. Quel déménagement! Tout ce matériel m’interpelle, moi qui fait avec ce que je trouve et ce que je transporte sur le dos depuis des jours, cela me semble une montagne.
Mais la conversation s’engage et la monotonie de son travail doublée de sa pénibilité expliquent clairement son besoin de distraction le soir, d’autant qu’il va passer au moins un mois dans ce gîte.
La discussion est très intéressante et j’en apprends beaucoup sur ces métiers de l’ombre, durs, pénibles, exposés en plein vent, pluie ou soleil, le dos cassé en deux à longueur de journée, payés au minimum et grâce à qui nous pouvons déguster une petite merveille de breuvage, juste sorti de la bouteille et pour lequel nous oublions souvent la somme de  travail nécessaire pour en arriver là.

L’heure du repas approche et alors que son collègue à disparu depuis bien longtemps pour rejoindre sa copine, me confie mon compagnon de chambrée, il lui vient à l’esprit qu’il n’à rien pour manger ce soir.

A ce moment je vais vivre une des scènes les plus marquante à ce jour, bien que banale, je m’en souviens parfaitement.

-« Haa mais je n’ai rien pour manger moi et il se fait tard, bon je vais jusque Chablis, je reviens dans une demi-heure ».

Je vous l’avais dit, c’est bien banal.
Mais pour moi, sur le moment et dans le contexte, c’est un choc car je vous assure que je ne parviens pas à comprendre comment il va faire l’aller-retour jusque Chablis en si peu de temps. Je suis tellement dans mon monde pédestre, bien souvent à l’écart des routes que je n’arrive plus à envisager l’existence d’un autre mode de transport.

Pendant son absence, Mme Franquotte vient faire un petit tour et voir que tout se passe bien, que je ne manque de rien. Elle est adorable, vraiment attentionnée et en profite pour faire un peu de rangement dans le bazar laissé par mon co-locataire vigneron du moment que, visiblement, elle materne un peu aussi.

A son retour, nous échangeons encore un peu mais bien vite il se cale devant son écran de TV pour regarder une série, juste derrière celui de son ordinateur sur lequel il joue en même temps. Et en plus, il trouve le moyen de manger son repas dans la foulée. Quel talent!

Comme d’habitude, je ne tarde pas trop avant de rejoindre mon lit et laisse mon voisin de chambre à ses occupations dans la salle de séjour.

 

 

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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4 comments for “Jour 24 – De Chablis à Saint-Cyr-les-Colons

  1. Luc
    10 janvier 2018 at 16 h 30 min

    Jacquotte et son petit accueil pèlerin, à deux pas de sa maison, et qu’elle gère comme si c’était chez elle.
    Je l’ai adorée, cette Jacquotte ! Elle m’a vendu quelques pâtes et deux oeufs pour 3 francs six sous, fait mes lessive, et même réparé un pull troué…

    • Le Pèlerin en herbe
      10 janvier 2018 at 16 h 42 min

      Rhaaaa moi aussi elle m’avait réparé mon sac à viande (je déteste cette expression, définitivement).
      Quel bonheur que de faire étape à cet endroit !
      Une vraie mère-pour-pèlerins mais aussi pour qui y fait étape comme ces saisonniers de la vigne rencontrés sur place et dont elle s’occupait comme de ses propres enfants 🙂

  2. Fernande
    23 mai 2016 at 5 h 44 min

    C’est chouette de lire régulièrement ton voyage. Tu écris très bien. Tu pourras en faire un livre et avec les belles photos.

    • Le Pèlerin en herbe
      23 mai 2016 at 13 h 33 min

      Merci beaucoup pour ton commentaire, Fernande.
      J’y pense, figure-toi, d’autant que tu n’es pas la première à en emettre l’idée.
      Toutefois, cela demande réflexion car la mise en route et l’établissement de ce genre de projet n’est pas léger 😉

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