Jour 21 – De Troyes à Forêt-Chenu

 

 

Vingt et unième jour – Vendredi 27 mars 2015
Parcours :  24 km, assez faciles.
Hébergement : Mme Lebasque (35€, une honte, à éviter!!)


 

 

« A côté du courage qui agit, il y à le courage qui accepte. » – Mgr Jean-Baptiste Landriot

Après avoir pris un solide déjeuner en compagnie de mon hôte, je donne ma participation qu’il n’a pas voulue plus élevée.
Voilà typiquement un endroit de rêve pour faire une étape sur le chemin. Non par le luxe présent, bien entendu, bien qu’un peu de confort ça fait du bien de temps en temps; mais bien par l’amour et la qualité de l’accueil des ces gens qui mettent tout leur cœur en recevant le pèlerin.  Bonne pioche, Olivier!
Je file ensuite pour ne pas manquer mon rendez-vous chez la pédicure qui s’est débrouillée pour me recevoir au pied levé 🙂
Elle a d’autant plus de mérite que sa collègue est absente pour une longue durée et qu’elle reçoit la totalité des client(e)s depuis des semaines.
Elle est vraiment très gentille, douce et travaille très bien en ayant bien conscience de l’importance de mes pieds, particulièrement en ce moment. Mon projet la fascine et elle me confie qu’elle en rêve depuis quelque temps déjà. Je ne puis que l’encourager à répondre à cet appel qui germe en elle.

En sortant de son cabinet, mon regard est accroché par une plaque sur une façade : « Gérard Jugnot – Avocat » !
Il nous avait bien caché sa deuxième vie, l’asticot! 🙂

En quittant Troyes je suis heureux, mes pieds sont tout neufs, le soleil est de la partie avec un petit vent permettant de ne pas avoir trop chaud en marchant. De plus le parcours entre enfin dans une campagne quelque peu vallonnée et changeante. Ça fait du bien.
Durant la traversée d’un bois, je reçois un appel de mes parents qui viennent aux nouvelles. Ces quelques mots, ces quelques minutes d’échange me font beaucoup de bien également. Il est décidément de ces journées qui mettent tout en oeuvre pour placer le moral au beau fixe.

Après avoir traversé ce long bois, je m’arrête pour consulter ma carte. Non que j’hésite où que je sois perdu mais je voulais savoir où j’en suis plus précisément. Un Agent Forestier circulant à bord de son véhicule me remarque et n’hésite pas à faire demi-tour pour s’assurer que tout va bien. Il est d’une gentillesse rare et nous entamons une petite discussion passionnante. Je le quitte après quelques minutes en le remerciant pour son attention.

En quittant ce bois, je suis littéralement ébloui par une des plus jolies vues qu’il m’ait été donné de rencontrer sur le chemin jusqu’ici. La sortie du bois se fait dans une descente douce au sommet d’une petite colline et une fois les derniers arbres laissés derrière moi je suis transporté par la merveille que je découvre : le petit village de Sommeval, blotti au fond d’un vallon baigné par la lumière douce du jour qui touche à sa fin. Un banc est disposé pile au bon endroit pour profiter du spectacle extraordinaire. Que de beauté d’un seul coup! M’arrêter quelques instants pour me remplir de ce moment magique, ce cadeau merveilleux dont je profite pleinement jusqu’au plus profond de mon être me semble une évidence.
Je ne peux que remercier et regarder encore et encore…

Après je ne sais combien de temps, je m’arrache à l’endroit, il le faut bien et je commence à descendre vers le village. L’approche de Vezelay se fait sentir car les hébergements pèlerins se font de plus en plus fréquents ainsi que des coquilles St-Jacques accrochées çà et là.

L’arrivée au village de l’étape est quelque peu confus, comme si le balisage avait été modifié ou avantageusement dissimulé. Pour quoi faire ? Au profit de qui ou de quoi ? Je n’en sais (encore) rien mais c’est très étrange comme tout est fait pour sortir quelque peu du chemin indiqué sur la carte…et comme par hasard je tombe sur l’adresse où je dois me rendre pour mon hébergement du jour. Aïe.
Re-aïe quand je sonne et vois arriver une dame qui connait très bien son texte.
Aucun accueil, à peine bonjour, la dame se fout de savoir si j’ai fait bonne route ou si je vais bien, si j’ai trouvé facilement (mais ça elle s’en doute), en fait c’est juste une machine à recevoir les sacs à dos sur pattes. Et encore la machine on peut la programmer pour être polie.
Elle me demande la suivre, en direction opposée à sa grosse villa, pour aller vers le fond du jardin.
Une fois arrivés elle me désigne la petite maison (un abri de jardin aménagé) où je dormirai seul et voici à peu près son discours, une fois devant :

-« Bon alors vous n’allumez le chauffage dans la salle de douche que si vous y allez (pour ton info, toi qui me lis, il doit faire 12° ici). Si vous voulez prendre une douche (à ton avis, après une journée de marche, une douche ça semble bien, non?), il faut allumer l’eau chaude ici et attendre environ 2h pour en avoir. Vous n’allumez pas dans la pièce ou vous n’êtes pas. (il y à UNE ampoule led toute mimi au plafond de chacune des deux pièces). Vous ne fermez jamais la porte à clé et il ne faut pas la bloquer non plus. Pour le repas, ce sera deux oeufs sur le plat et une tranche de jambon avec du pain. Je vous apporte ça avec le petit-déjeuner de demain matin en même temps, comme cela demain je n’ai pas besoin de vous voir, vous sortez, vous frappez à la veranda et je vous ouvrirai le portail avec la commande à distance. Si vous voulez du wifi, je vous donne le code et devant la veranda vous allez capter. Vous me donnez votre crédentiale, je vous la ramènerai avec votre plateau. Et vous me donnez les 35€ maintenant. Si vous voulez une bière, je vous l’apporte et c’est 3€ en plus. »

Elle disparaît. Je reste coi. Je comprends que je viens de tomber sur ma première arnaque, mon premier accueil portefeuille-du-pèlerin !! J’avais soigneusement évité celui de Rocroi, celui-ci je me le prends en pleine poire.

Ça ne fait pas plaisir du tout. Ni du bien au moral d’ailleurs, une arrivée dans pareil endroit, muni de tels personnages.

Comment peut-on se dire accueil pèlerin avec un tel état d’esprit ?
Mais visiblement l’état d’esprit n’est pas le genre de la maison…Et puis ce n’est en rien un accueil, c’est juste pour se faire du fric. Je suis dégoutté.

Mauvaise pioche, Olivier! En le sachant, je me serais arrêté à Sommeval ou le gîte pèlerins avait l’air bien sympa, lui.
Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas, encore moins sur le chemin…

Après la douche tiède-froide, voici le plateau-repas qui, bien que visiblement correct, et encore heureux, l’est tout autant, tiède!
Elle en profite pour me faire remarquer sèchement que la lampe est restée allumée dans la chambre et que ça ne va pas, elle me l’a pourtant bien dit.

Elle à oublié ma crédentiale mais je n’y pense pas tout de suite, éberlué par cette dernière remarque, mais seulement une fois qu’elle est repartie et en étant occupé à manger.
Je me dirige donc ensuite vers chez elle, via la fameuse veranda, dépassant des cages au sol ou se trouvent piégés des hérissons et des oiseaux, au milieu de sinistres boites métalliques vides. Son mari, visiblement chasseur, est vautré dans un fauteuil entouré de dizaines de trophées accrochés au mur, occupé à prendre l’apéro avec quelqu’un, devant la télé à fond. Je frappe à la vitre dégoûtante.
Il gueule à l’intention de sa femme : « C’est l’pèl’rin!!! »
Pas de réponse.
Il re-gueule « C’est l’pèl’rin!!! » et elle déboule enfin, étonnée. Ce qu’elle se prépare à manger pour eux sent, par contre, super bon et j’entends que ça fristouille ferme dans la cuisine.

-« C’est pour le wifi ? Le code est là! »
-« Non merci, madame (je m’en fous de ton wifi et puis même j’ai trop peur d’un supplément exorbitant!), je viens récupérer ma crédentiale »
-« Ha oui, j’ai oublié de vous la rendre »
-« En même temps, pourrais-je avoir un rouleau de papier WC car celui des toilettes est presque vide? »
-« Ha bon, j’en ai remis pourtant, je vais en chercher un »
Et elle revient avec un « rouleau » à peine plus épais que celui qui est disponible.
-« Ha ben oui, je n’en met jamais de complets des rouleaux parce que un jour il y à un  pèlerin qui est parti avec »

Misèèèèèèèèèèèèèèèèèèère un rouleau de pq ça doit valoir quoi, à vue de nez ? 15-20 centimes d’euro ?
Waf! Oui j’imagine la perte sur 35 roros pour deux oeufs sur le plat et dix litres d’eau tiède.

Et le gars franchement je le comprends, même si je ne cautionne pas son attitude, celle de cette dame est décidément décevante.

Ces pauvres bestioles enfermées, cette attitude et, je suppose, la fatigue me flanquent un sale coup au moral ce soir.

J’espère qu’une bonne nuit de repos effacera tout cela.

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur la première…
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6 comments for “Jour 21 – De Troyes à Forêt-Chenu

  1. Henri de FONTENAY
    20 juin 2018 at 8 h 59 min

    Bonjour Olivier,
    En effet, l’accueil de la mégère radine et non apprivoisée est à signaler pour que le moins possible tombe entre ses pates!
    Mais comme disent Franck et Pascal cela permet de meiux apprécier les bonnes adresses!
    @ +
    Henri

    • Le Pèlerin en herbe
      24 juin 2018 at 8 h 53 min

      Bonjour Henri,
      Ha ça oui !
      Quelle différence parfois de jour en jour et c’est également, en partie, ce qui fit la richesse de ce Chemin 😉
      A bientôt,
      Olivier.

  2. franck
    1 mai 2016 at 21 h 43 min

    Gardé le moral et l’humour, tu as n’as de l’humour, j’adore.

    • Le Pèlerin en herbe
      3 mai 2016 at 14 h 06 min

      Merci Franck! 😀

  3. PascaLi
    29 avril 2016 at 19 h 46 min

    Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Heureusement, cela nous apporte des références de comparaison pour apprécier les bonnes choses. Rien de tel que d’avoir un bon mal de tête pour apprécier le moment où on n’en a pas!
    Amitiés, pèlerin.

    • Le Pèlerin en herbe
      3 mai 2016 at 14 h 06 min

      Effectivement, c’est tout-à-fait cela!
      Merci beaucoup Pascal 🙂
      Amitiés du chemin et à bientôt
      Olivier

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