Jour 20 – De Savières à Troyes

 

 

Vingtième jour – Jeudi 26 mars 2015
Parcours :  17 km, faciles
Hébergement : Mr et Mme Dupray-Latour (5€)


 

 

« Si l’on ne trouve pas surnaturel l’ordinaire, à quoi bon poursuivre ? » – Charles-Albert Cingria

Départ sous le soleil, mais toujours aussi frais aujourd’hui. Je pense n’avoir rien oublié de ma lessive de hier qui à bien séché toute la nuit.
Passage à la boulangerie-épicerie-un-peu-de-tout sur la place pour les provisions du jour…
…et puis c’est retour le long du canal.
C’est déjà plus gai sous la lumière et je devrais en voir la fin cet après-midi car il va jusque Troyes qui est mon étape du jour. En plus, il y à des parties herbeuses sur le chemin de halage côté gauche maintenant, c’est donc très plaisant d’alterner lorsqu’un pont ou un passage permet de changer de rive afin de ne pas avoir que de l’asphalte, légèrement inclinée vers l’eau qui plus est.

Mon sac de remplacement est une vraie plaie. C’est pourtant exactement le même modèle que son prédécesseur, mais en nouvelle version. En tout cas il est pénible car à chaque fois que je le dépose, tous mes réglages se défont. Je ne sais pas comment c’est possible, mais je mets presque deux heures chaque matin pour qu’il me soit de nouveau adapté… une vraie misère!

Mais comme on me l’avait dit, sur le chemin, et je commence à m’en apercevoir un peu plus chaque jour, les choses arrivent toujours au moment ou on en à le plus besoin (et surtout où on s’y attend le moins), voilà que je croise un gentil monsieur que mon allure et équipement interpellent.
Lui aussi à parcouru une partie du chemin et il aimerait aller jusque Saint-Jacques un jour prochain.
En attendant il est responsable du balisage d’un chemin alternatif vers Vezelay.
Nous passons une bonne vingtaine de minutes à discuter, passionnément. Un super échange, vraiment.
Comme il semble en connaitre un bout en matière de marche et d’équipement, je me permets de lui demander de l’aide pour mon sac qui déconne plein pot et me fait toujours mal.
Malheureusement il ne peut plus en porter depuis quelques années à cause de problèmes de santé assez sérieux.
Il me donne néanmoins quelques trucs pour modifier ma façon de le porter. Je les applique immédiatement et la différence semble notable!
Nous nous séparons et je garde un souvenir très enrichissant de notre rencontre. J’entame notamment une petite réflexion personnelle sur le fait que je me plaigne de mes pieds et des douleurs occasionnées par mon sac. Mais j’ai bigrement de la chance de pouvoir le porter et de marcher depuis déjà vingt jours comme je le fais!
Me voilà tout motivé et les derniers kilomètres jusque l’entrée de la ville de Troyes me semblent bien courts et légers d’autant que j’en arrive presque à oublier mon sac. Pourvu que ça dure!

L’entrée dans Troyes n’est pas très joyeuse.
Il fait de nouveau tout gris et froid, de plus il tombe un sale petit crachin bien désagréable.
J’ai déjà eu l’occasion de visiter cette très belle ville en compagnie de mon épouse il y à deux ou trois ans et je me souviens qu’il pleuvait aussi. Décidément, pour moi, Troyes est synonyme de flotte.
Je finis par arriver au centre-ville et en profite pour m’abriter, me réchauffer et manger un petit bout avant de partir en visite, notamment de la Cathédrale.

Elle est toujours aussi belle que dans mes souvenirs et j’en profite pour y faire estampiller mon petit carnet et échanger quelques mots avec le responsable à l’accueil.
En sortant je croise quelques visiteurs qui m’interpellent, me demandant si je suis sur le chemin de Compostelle.
Je confirme.
Ils me demandent, enfin surtout un grand gars dans le petit groupe, d’où je suis parti et si je compte aller jusqu’au bout.
Je confirme, enfin si j’y arrive.
Le grand gars semble désolé pour moi. C’est une catastrophe ce que tu fais-là me dit-il !
Quand tu arriveras à Santiago, ça va être un mur et puis plus rien! Tu verras! Tu vas le regretter!
Moi je l’ai fait par tronçons, c’est beaucoup mieux, je ne veux jamais faire autrement…
Il m’énerve mais je m’efforce de rester aimable et lui répond gentiment et calmement : « A chacun son chemin! N’est-ce pas le plus important? »
Il bredouille quelque chose et puis me dit qu’il est temps qu’il y aille, il doivent visiter la cathédrale et le temps presse.
Il me lance un « Bon chemin! », je le remercie et lui souhaite le même.

Il est à présent temps de me diriger vers mes hôtes du jour car la dame m’avait expliqué au téléphone qu’ils devaient partir au théâtre ce soir et qu’ils mangeaient au restaurant avec des amis avant de s’y rendre. Elle était désolée de ne pouvoir me recevoir pour manger, du coup. Aucune importance, la ville est touristique et je n’aurai aucun mal, même en semaine, pour dégoter un petit bidule à manger ce soir, le tout est de pas tomber dans un attrape-touristes, justement.

Arrivé chez eux, je découvre un clos privatif dans les beaux quartiers de Troyes.
Je sonne à la grille, me présente, on m’ouvre, enfin la grille s’ouvre automatiquement et je débouche sur un magnifique jardin intérieur parfaitement entretenu. Puis je monte vers où j’ai été invité à le faire.
Accueil extraordinaire, chaleureux et convivial chez ce couple charmant.
Je ne m’attendais pas à arriver dans un tel endroit en ayant choisi dans le guide qui stipulait : « Accueil pèlerin dans l’esprit chrétien, participation volontaire mais non obligatoire ».

Après avoir pris le thé ensemble, ils m’expliquent qu’ils vont bientôt devoir partir rejoindre leurs amis, sont encore désolé de ne pouvoir me recevoir pour « dîner » mais qu’ils me laisseront les clés, les codes et tout ce qu’il me faut pour que je passe une belle soirée.
Ils ne savent pas qui je suis, finalement. Ils ne connaissent de moi que mon prénom, même pas mon nom de famille et vont me laisser seul dans leur immense duplex qui respire le luxe raisonnable et maîtrisé.
Une telle confiance pour un illustre inconnu n’en fini pas de me surprendre.
Ce qui me surprend également, c’est la façon dont Monsieur et Madame parlent entre eux.
Je pensais avoir mal compris au début, mais non ils se vouvoient bien entre époux!
Ça m’a vraiment frappé ça aussi.
Ces manières d’une autre époque mais visiblement toujours pratiquées dans une certaine noblesse m’amuse un peu, mais je suis resté discret bien entendu 🙂

Ils me racontent la propriété familiale (immense) qu’ils sont occupés à restaurer à quelque centaines de kilomètres de là et qui est très pratique car lorsqu’ils font une réunion de famille, on peut tous s’y retrouver avec leurs 9 (neufs!!!) enfants, les époux et épouses et la kyrielle de petits-enfants. Parce que ici c’est un peu petit pour tout cela.
Bigre, quand je vois juste la chambre dont je dispose, je n’ose imaginer la taille de la propriété familiale 🙂

En sortant de la douche, je sens que l’ongle de mon pied droit commence à se faire remarquer. Il à tendance à s’incarner, le filou mais la pédicure qui me soigne s’en occupe très bien et j’en suis arrivé à l’oublier, mon ongle.
Par contre ma pédicure n’a pas voulu me suivre sur le chemin pour me soigner au bon moment et voilà que ce bon moment est déjà là alors que d’habitude je suis tranquille 5 à 6 semaines. La moitié du temps! La chaleur dans la bottine et la marche quotidienne ont dû accélérer le processus de pousse. Je suis en ville, demain c’est vendredi, je vais en profiter pour dégoter une pédicure sur place. Car si ça va trop loin, c’est moi qui n’irai plus très loin. Quelques coups de fils de la part de Mme Latour dans son réseau de copines-connaissances et le tour est joué, une des pédicures des environs ouvrira une demie-heure plus tôt pour moi demain matin. Quel coup de bol! Une merveille.

Mes hôtes s’éclipsent, donc et je reste seul dans le grand appartement.
Mais pas pour bien longtemps car j’ai faim et il est temps de se mettre en chasse du repas de ce soir.
Avec les bons conseils qui m’ont été donnés pour trouver un bel endroit sympa, ça ne devrait pas tarder.
En sortant je tombe sur un peloton militaire qui bloque une petite rue et monte la garde devant le centre culturel juif de la ville. Sensation étrange.
En poursuivant je finis par tomber sur un petit resto qui nous avais déjà été recommandé par la chambre d’hôtes où nous avions logé non loin de Troyes il y 2 ou 3 ans mais où nous avions trouvé porte close à l’époque.
Pas aussi exceptionnel que ce à quoi je m’attendais, il faut dire que les repas en solitaire, en tout cas pour moi, leur font déjà perdre une belle partie de leur saveur, aussi élaborés puissent-t’ils être.

Lorsque je sors de l’endroit, la pluie est revenue et les militaires sont repartis.

En arrivant, stupéfaction devant le clavier d’ouverture de la grille du clos privatif. J’ai oublié le code!
Mon sang ne fait qu’un tour et je me souviens que je n’en ai nul besoin car j’ai une clé électronique spéciale qui, placée, dans l’encoche prévue, me donne accès à mes pénates du jour.

 

 

Pour voir le diaporama, et donc les photos en grand et bien nettes, il suffit de cliquer sur l’une d’elle…
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2 comments for “Jour 20 – De Savières à Troyes

  1. Henri de FONTENAY
    14 juin 2018 at 14 h 49 min

    Bonsoir Olivier,
    J’ai parcouru tes 20 premiers jours en 8 jours et je m’arrête là pour aujourd’hui. En effet tu es arrivé à Troyes et, ce jour, je suis à Pont-Sainte-Marie chez ma fille, près du stade de l’Aube, stade de foot de l’équipe Troyenne. Tu es donc à deux pas d’ici, mais avec trois ans et 2 mois et demi de décalage dans le temps !
    Je suis venu passé deux jourspour garder ma petite fille Jade qui a 2 ans et 3 mois demain.
    A Bientôt
    Bien amicalement
    Henri

    • Le Pèlerin en herbe
      16 juin 2018 at 9 h 45 min

      Bonjour Henri,
      Merci pour ce dernier commentaire du moment !
      Je me réjouis de lire les suivants lorsque tu auras la possibilité de reprendre la lecture de mon modeste récit.
      En attendant je te souhaite beaucoup de bonheur en famille.
      A bientôt,
      Amicalement
      Olivier.

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