Jour 16 – De Montmort-Lucy à Baye

 

 

Seizième jour – Dimanche 22 mars 2015
Parcours : 11,5 km, faciles.
Hébergement : Foyer de Charité (Donativo)


 

 

« Une journée sans oraison est comme un soleil qui ne se lève pas. » – Marthe Robin

Ce sera une petite étape aujourd’hui.
Mon épouse étant venue me rejoindre hier, nous en profitons pour passer quelques moments ensemble et retourner à Epernay.
Il pleuvine un peu et le vent est froid, nous entrons dans un café en plein centre, entouré par le marché hebdomadaire, pour nous réchauffer.

Apéro de circonstance : une petite coupe de champagne, que je n’ai pas encore eu l’occasion de goûter bien que présent dans la région de prédilection depuis plusieurs jours.
La serveuse en trouve le prix exagéré, nous pas.
6€ pour une coupe de (vrai) champagne, chez nous c’est du jamais vu.
Nous savourons cet instant qui semble suspendu. J’ai du mal à réaliser que je suis revenu à Epernay, ce petit trajet en voiture m’a de nouveau donné l’impression d’avoir franchi une porte spatio-temporelle 🙂
Après un petit repas bien sympathique, il est temps de retourner à la voiture et surtout à mon point d’arrivée de hier.
Nouvelle séparation.
Nouveau départ seul.
Pas facile, de moins en moins même, car je sais que bientôt je ne verrai plus mon épouse durant de longues semaines.
Les trajets pour venir me voir commencent à devenir longs, mine de rien, et je suis inquiet pour elle sur la route.
Il faudra que je m’y fasse, ces séparations font partie intégrante du chemin, je l’apprendrai.

Je démarre vers 13h30 depuis la place de Montmort-Lucy.
Petite étape, donc. Le temps s’est bien dégagé mais il ne fait pas très chaud quand-même.
Le tracé est impeccable et facile à suivre car une grande partie se fait sur le tracé d’une ancienne voie de chemin de fer qui à du rendre d’innombrables services à l’époque bénie ou chaque village était facilement accessible en transport en commun. L’ancienne petite gare de Baye, aujourd’hui habitation privée, est adorable, blottie au fond du vallon, enfouie en pleine nature.

Il me suffit alors de contourner la propriété du Foyer de la Charité ou je suis, en principe, attendu.
Ce n’est pas aussi clair, ni aussi simple, visiblement.
Ma réservation n’a pas été notée ou pas au bon endroit ou on à un peu mélangé car un grand groupe de retraitants vient de quitter le lieu et c’est quelque peu le bazar.
Bref, il n’y à pas de chambre disponible car elles ont toutes été utilisées et il faut les nettoyer…
Les braves sœurs de l’accueil sont bien embarrassées. Mais pas tant que moi, car la prochaine possibilité d’hébergement se trouve à 22 km d’ici, il est 16h30 et ça va me faire un peu loin pour aujourd’hui.
J’explique que je suis prêt à dormir dans une chambre qui n’à pas été nettoyée, qu’un matelas me suffira car j’ai un sac de couchage et que ce sera parfait. Mais elles ne veulent pas de trop, très embêtées qu’elles sont.
Elles m’invitent à prendre un goûter en leur compagnie, le temps que l’on réfléchisse à une solution.
Elles sont adorables, vraiment gentilles et l’accueil n’est pas un vain mot ici.

Enfin, une solution surgit : il y aurait bien une chambre de disponible mais elle n’est pas fort présentable car il y à eu des dégât dus à l’humidité à cause d’une fuite dans le toit.
Une fois sur place, il y à effectivement une belle trace brunâtre tout le long du mur opposé au lit. Aucune importance pour moi, mais la sœur qui m’indique la chambre se confond en excuses. Tout le reste est vraiment parfait : douche, wc, lavabo individuel dans une chambre au bout d’un couloir ou je serai seul cette nuit.
Je profite pour demander où à lieu le repas du soir, et à quelle heure.
En guise de réponse on me renseigne l’adoration qui aura lieu dans la petite chapelle à 18h30 et qui sera suivie du repas en commun. Il me suffira de suivre le groupe pour trouver le réfectoire.
Ce ne sera pas comme à l’abbaye de Leffe, donc, ou le choix était laissé au pèlerin de participer ou non à l’office.

Me voici donc à l’adoration à l’heure dite et pour une petite heure de prières en commun.
Nous nous dirigeons ensuite en groupe vers la salle à manger ou je me retrouve attablé avec 3 autres personnes qui sont des retraitants. L’une d’entre-elles, que j’appellerai A., semble très affairée et m’explique dans les moindres détails le fonctionnement et la vie dans cette communauté, les rivalités, l’organisation, le caractère de chacun et de chacune vivant ici car, et elle insiste, elle vient très souvent séjourner ici. Elle veut tout organiser, tout diriger à table et n’arrête pas de parler de choses et d’autres, donnant son avis en permanence et n’hésitant pas à couper la paroles aux autres.
Comme je vais à Compostelle, elle ne me demande pas, elle me dit qu’elle me remettra une intention de prière pour le Saint, que je voudrai bien déposer à ses pieds une fois sur place. Pas de problème.
Le repas est très bon et une fois terminé, je me dirige vers les cuisines pour proposer mon aide à la vaisselle ce qui m’est gentiment mais fermement refusé.
Je me renseigne pour l’heure du petit-déjeuner du lendemain, mais même réponse que tout-à-l’heure :
– « Il y à les Laudes à 7h30 et puis la messe, ensuite nous prendrons le petit déjeuner ensemble mais ce ne sera pas ici ».
Merci, bien reçu. 🙂
Je prends donc congé, et me retire dans ma chambre pour écrire quelques notes sur la journée puis prendre du repos.
J’ai du mal à m’endormir et vers minuit je n’ai toujours pas fermé l’œil.
J’y parviens peu après, enfin. Mais ce sera de courte durée car voilà que quelqu’un frappe à ma porte.
Éberlué, je me lève et demande qui est là.
– « Olivier ? Tu dors ? »
– « Ben oui mais plus maintenant » et j’ouvre.
Bingo! C’est A., la retraitante un peu speedée qui est là!
Sans même s’excuser de me déranger à une telle heure, elle me dit :
– « Je pensais ne plus te voir demain matin, alors j’ai écrit le mot que tu mettras aux pieds de Saint-Jacques pour moi quand tu y seras et je suis venue te l’apporter ».
Je suis totalement abasourdi par ses manières que je ne sais quoi dire, mais bon, voilà, c’est fait.
Sans rien ajouter, elle tourne les talons et la voilà qui disparaît dans les escaliers.

Il me faudra encore un bon bout de temps pour retrouver le sommeil… 😉

 

 

  •  
    6
    Partages
  • 6
  •  
  •  

2 comments for “Jour 16 – De Montmort-Lucy à Baye

  1. Henri de FONTENAY
    14 juin 2018 at 13 h 38 min

    Bonjour Olivier,
    Et oui, le fait de revoir ta charmante épouse de temps à autres sur le chemin est très agréable tant pour toi que pour elle, et la séparation ainsi plus facile à vivre pour les deux, mais c’est pour toi à chaque fois une nouvelle rupture et un nouveau départ !
    Pour moi je me contentais, et elle par obligation, d’un contact téléphonique chaque jour ce qui permettait de la rassurer à défaut de lui faciliter la séparation. Mais il est vrai que je suis parti moins longtemps ! (7 avril au 8 mai 2015 de Vézelay à Saint-Jean-Pied-de-Port puis du 3 au 25 mai 2016 de Saint-Jean-Pied-de-Port à Sarria (à cause du décès de maman le 24) et enfin du 11 au 18 septembre 2016 de Sarria à Cap Finisterre.)
    Content de faire la connaissance de ta femme devant votre flute de champagne.
    Bien amicalement
    ULTREIA
    Henri

    • Le Pèlerin en herbe
      16 juin 2018 at 9 h 37 min

      Bonjour Henri,
      Effectivement j’ai eu la chance de pouvoir parcourir le Chemin d’une traite depuis la maison jusqu’à Fisterra.
      Malheureusement, ce ne fut pas possible de le faire ensemble avec mon épouse mais qui sait, peut-être une prochaine fois.
      Mais je sais et tu sais que l’on ne fait pas toujours ce que l’on veut, mais bien ce que l’on peut.
      Oui, elle est venue me rejoindre jusqu’à un certain point que tu découvriras bientôt, au fil de ce récit, car ensuite la distance nous séparant devenait vraiment trop importante et je n’ai plus voulu la savoir d’aussi nombreux kilomètres en route, seule en voiture.
      J’espère avoir le plaisir de te présenter mon épouse « en vrai », prochainement et qui sait, également devant une coupe de champagne 🙂
      A bientôt,
      Olivier.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *