Jour 14 – De Germaine à Epernay

 

 

Quatorzième jour – Vendredi 20 mars 2015
Parcours : 18 km, assez faciles.
Hébergement : Presbytère de l’église St-Pierre et Paul (Donativo)


 

 

« Étonnez-vous de ce soleil avant d’en réclamer un autre » – Charles-Albert Cingria

 

En prenant le petit déjeuner, Mr Lejcowski me propose, si je ne suis pas trop pressé, de m’emmener voir un arbre remarquable de la région, ce que j’accepte avec plaisir car, justement, j’ai tout mon temps!
En même temps, et avec un peu de recul je souris de cette expression polie qui consiste à demander si les gens ont le temps avant de leur proposer une occupation. Je me rends compte après seulement quelques jours de marche du fossé qui est déjà en train se creuser entre ce que ma vie devient au quotidien et ce décalage avec la vie dite normale.
Mais qu’est-ce que la vie ‘normale’ ? J’aurai l’occasion de revenir plus tard sur le sujet.

En prenant la voiture il s’étonne que je n’embarque pas mon sac à dos car cet arbre se trouve justement sur le chemin que je dois prendre et son lift me ferait gagner quelques kilomètres et surtout une belle montée.
Malgré son insistance, je me vois lui refuser son offre gentille et bien intentionnée mais je préfère repartir de mon point d’arrivée de la veille, ce qu’il comprend bien.

Cet arbre est vraiment remarquable, effectivement, et aussi criblé de clous, morceaux de vêtements, photos et autres intentions. L’embêtant c’est qu’il se trouve en bordure d’une nationale très dangereuse et très bruyante, ce qui nuit un peu à l’esprit de l’endroit.

Ensuite retour à notre point de départ, et départ à pied, cette fois.
Je m’élance après avoir salué et remercié mon hôte.
Il me semble oublier quelque chose mais quoi ?
En plus je n’arrive pas trop à me concentrer sur cette question car c’est le jour de l’éclipse partielle de soleil et je suis littéralement fasciné par le phénomène.
Après 15-20 minutes de marche le nez en l’air, le déclic!
J’ai oublié ma participation et mon hôte n’a rien osé me réclamer.
Demi-tour, embarrassé, mais satisfait d’avoir trouvé ce qui me dérangeait.
Il est surpris, je suis content.

Me voilà bien parti cette fois, et toujours aussi distrait, le pif vers le ciel, à travers les nuages juste assez fins que pour distinguer sans risque l’astre du jour à moitié dévoré par la lune et sans boucher le ciel pour autant.
L’ambiance, le ressenti lors de ces éclipses est particulier, je trouve.

Après être passé à proximité de l’arbre de tout à l’heure, franchi prudemment la nationale au trafic digne d’une autoroute un jour de chassé-croisé pendant les grandes vacances, je m’engage dans les bois. Traces de débardage. Aïe, vu le temps, ça promet!
Et cela se confirme après quelques mètres : berdouille, boue et flaques ont remplacé le sentier.

Mais c’est vite dépassé et oublié car la suite est idéale : le temps se débouche laissant la place à un soleil un peu pâle, certes, mais qui a repris toute sa rondeur et me permet d’admirer de très jolis passages avec lacs entourés de très jolies étendues boisées en parcourant de beaux sentiers bien entretenus, larges et confortables.

Puis (re)viennent les vignobles qui s’allongent sur des kilomètres, couvrant chaque versant idéalement exposé.
Et à propos de s’allonger, j’apprécie particulièrement les chaises longues fixées au sol que la mairie d’Hautvillers a judicieusement disposé au bord d’un joli petit étang.
Invitation à la pause.
Puis j’attends l’ouverture de l’office du tourisme local afin d’obtenir un tampon pour mon étape de la veille, n’ayant pas pu en recevoir chez mes hôtes et n’ayant pas encore rencontré le moindre commerce ni bureau public depuis mon départ ce matin.
Ils ne sont pas enchantés, dans cette commune un peu huppée et légèrement snob où le monde du champagne et du touriste argenté sont légion, de voir entrer un drôle de gars en sueur qui demande un cachet dans son carnet de marcheur plutôt que le restaurant étoilé le plus proche, tout frais sortant de sa voiture de luxe.

Bref, chacun son chemin me dis-je et c’est bien vite oublié avec un pique-nique digne de ce nom, vue imprenable sur les vignobles environnants, juste à la sortie du bourg, à deux pas précisément d’un grand restaurant dans la cour duquel sont alignées une série de voitures de grand luxe dont la première que j’aperçois doit valoir à elle seule le prix de ma maison. Tant mieux pour eux, de mon côté je suis très heureux de ce que je fais et je pressens que cela pourrait bien m’apporter une toute autre dimension dans la vie.

Puis viennent des bois à la sortie desquels je prends plaisir et quelques minutes pour discuter avec des viticulteurs en plein travail, soignant avec patience et attention leurs vignes.

Descente dans la cuvette vers Epernay. Il y fait bien chaud et en bon distrait que je suis, je continue à suivre le balisage qui remonte en face, comme si je voulais contourner la ville. Environ 2 km de grimpette de trop pour tout redescendre et enfin pénétrer dans la ville par le mauvais côté, tant qu’à faire.

Je traverse donc Epernay depuis le bas et j’apprends que l’église Saint-Pierre et Paul où je dois me rendre se trouve tout au bout, à l’opposé. Je suis content d’arriver et même si la secrétaire à l’accueil du presbytère semble surprise par mon arrivée malgré ma réservation de la veille qui est bien inscrite dans l’agenda, je suis bien chaleureusement reçu.

Le curé qui est chargé de l’accueil des pèlerins arrive rapidement et m’invite à le suivre afin de m’indiquer ma chambre.

Je suis stupéfait : une belle petite chambre entièrement et magnifiquement rénovée pour moi tout seul, avec un grand lit, douche et toilettes individuelles! Il y a même un chauffe-serviettes. Le grand luxe.
Devant mon air ébahi face à tant de confort, le prêtre m’explique qu’il voulait accueillir les pèlerins depuis un bout de temps et qu’il voulait le faire dans de bonnes conditions. Voilà qui n’a pas raté 🙂

Il me présente alors la grande cuisine où il me propose un café avec un morceau de cake et m’explique que tout ce qui s’y trouve est à ma disposition et en profite pour me remettre la clé de la porte d’entrée pour pouvoir sortir et surtout rentrer ce soir. Je n’aurai qu’à la laisser sur le bureau de l’accueil demain matin et claquer la porte en quittant. Je suis épaté par tant de gentillesse, d’attention, de confiance et de luxe finalement pour un simple pèlerin. Ce presbytère de la ville d’Epernay restera un des meilleurs endroits où j’ai eu le plaisir d’être hébergé.

Après la douche souveraine, je vais déambuler quelque peu en ville, en quête de ma pitance que je recherche de préférence nourrissante, économique et saine. A propos de déambuler, ma jambe commence à se faire oublier et j’en suis très heureux, bien entendu, en espérant que cela soit parti pour durer.

A mon retour je profite depuis ma chambre des répétitions d’un très beau concert d’orgue venant de l’église juste à côté. Un bien beau cadeau encore avant une bonne nuit de repos.

 

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4 comments for “Jour 14 – De Germaine à Epernay

  1. Luc
    15 avril 2016 at 9 h 26 min

    Epernay, l’accueil du Père Wersinger, et la chambre… Au vu de la photo, nous avons dormi dans la même, en plus!

    Je m’étais régalé d’une délicieuse omelette et d’un verre de vin non moins succulent !

    Que de souvenirs…

    • Le Pèlerin en herbe
      15 avril 2016 at 14 h 10 min

      Merci Luc pour le rappel du nom de notre accueillant que j’avais omis de noter à l’époque.
      Je pense en fait qu’il n’y avait qu’une seule chambre d’accueil pour les pèlerins car je crois me souvenir que le père Wersinger m’avait expliqué que les autres chambres servaient à des personnes hébergées pour des durées plus ou moins longues, comme retraitants ou aide momentanée.
      La probabilité que nous dormions dans le même lit à quelques jours d’interval était donc très forte 😉

      • Luc
        15 avril 2016 at 14 h 17 min

        Ben… Il y avait au moins deux chambres réservées aux pèlerins, puisque nous étions deux le jour de mon passage.
        Je me demande si en fait tout le second étage n’était pas réservé aux pèlerins, mais je ne me souviens plus du nombre de chambres.

        • Le Pèlerin en herbe
          18 avril 2016 at 12 h 40 min

          Autant pour moi, alors.
          J’ai du mal comprendre car la chambre du fond était occupée par un résident plus ou moins à demeure m’avait expliqué le père, alors j’ai du faire un raccourci 😉

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