Jour 10 – De Chateau-Porcien à Bazancourt

 

 

Dixième jour – Lundi 16 mars 2015
Parcours : 24 km, faciles mais monotones
Hébergement : Mr & Mme Leclère (Donativo)


 

 

« L’aller vers Compostelle incarne réellement un passage, une traversée de vie, un voyage au sens exact du terme, au bout duquel ils reviendront différents, transformés par l’alchimie de la marche » – Jean-Claude Bourlès

 

Journée totalement monotone!

Des lignes droites.
Des champs à perte de vue.
L’odeur âcre des produits déjà pulvérisés sur les toutes jeunes pousses qui sortent à peine de terre.
Des lignes à haute-tension.
Rien pour se poser.

Le guide est clair :
7 km tout-droit.
Tournez légèrement à gauche.
8 Km tout-droit.
Tournez légèrement à droite.
9 Km tout droit.

Voilà à quoi ressemblent les pages depuis deux ou trois jours.
Les cartes sont blanches, quadrillées, et avec seulement la ligne bleue qui schématise l’itinéraire à suivre qui la divise en deux dans le sens de la hauteur.

Mis-à-part, les jolis petits villages de Avançon ( 😀 ) et L’Ecaille qui sont gentiment venus me changer les idées, aucune distraction n’est possible en ces mornes plaines de marne. Une chance qu’il fasse sec, sans quoi j’aurais, en plus, des bottines de deux kilos à chaque pied.

Cette immensité désolée m’oblige à un voyage intérieur pour lequel je ne suis pas encore prêt, je m’en rends bien compte.

D’autant que cette introspection est régulièrement perturbée par une douleur devenue lancinante à la surface de ma jambe droite, fortement irritée.
Ces démangeaisons deviennent purement et simplement intenables, le simple fait que le vent passe dans les poils de mes guibolles me donne envie de hurler!!
En plus de cette monotonie récurrente, cette douleur m’exaspère et m’use littéralement les nerfs qui finissent par me lâcher quelque peu.
Par deux fois cet après-midi, alors que je les retenais depuis un bout de temps, les larmes coulent.
De rage. D’exaspération. De douleur aussi.
Soulagement immédiat. Quelque chose vient de lâcher, je ne sais pas encore quoi, mais c’est parti, envolé.
Je me sens nettement mieux, libéré d’un je-ne-sais-quoi qui est remonté à la surface et que je me suis autorisé à laisser aller.
Comme ça fait du bien !

Par contre les jambes ne me font pas du bien, elles!
Il me semble même que la gauche commence à s’y mettre elle aussi…
Que n’ai-je donc choisi de partir en pantalon long ?!
Il me faudra trouver une solution rapidement car ça ne peut plus durer.

Arrivé à l’étape, j’ai choisi de loger chez un couple d’agriculteurs qui propose un hébergement aux pèlerins dans leur grande maison, maintenant que les enfants sont partis, ce n’est pas la place qui manque.

Aussitôt entré, le sac posé et sans manquer à la politesse élémentaire, bien entendu, je file à la pharmacie, encouragé par mon hôte qui voit bien que je n’en mène pas large.

Je ne tiens plus debout, heureusement, quelques chaises sont à la disposition des clients dans l’officine.

Quand vient mon tour, l’aide-pharmacienne m’invite à rester assis.
Elle hésite en voyant l’état de ma jambe rouge vif, boursouflée et irritée.
Elle fait une drôle de tête.
Elle préfère appeler la pharmacienne.
Rien pour me rassurer.

Verdict, on penche pour une allergie au soleil, amplifiée par le frottement qui n’arrange pas les choses.

Crème anti-démangeaisons, à étaler soir et matin et écran total pour la journée.

Une fois la douche prise, j’étale et j’exulte en sentant la douleur qui s’évanouit, remplacée par de petits picotements.

Ce n’est pas le nirvana mais le soulagement se marque quand-même. Je verrai bien demain comment ça va.

En attendant il est l’heure de se restaurer, le repas est simple et convivial animé autour d’une discussion sur les difficultés de l’agriculture, la vie des enfants de mes hôtes et dont les photos ornent la chambre que j’occupe, mais aussi sur le chemin que je parcours pour le moment, mes motivations et autres anecdotes.

Je suis fourbu et je m’excuse bien tôt pour quitter la table et monter rejoindre le lit qui semble bien confortable.

La crème appliquée sur ma patte, je ne tarde pas à sombrer dans un sommeil que j’espère réparateur.

 

 

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15 comments for “Jour 10 – De Chateau-Porcien à Bazancourt

  1. Williaume Cyrille
    6 avril 2016 at 8 h 15 min

    Bonjour. Tes qualités de narrateur m’époustouflent. Sur une étape qui ne comporte pas grand chose à décrire tu parviens à rédiger une bonne page. Je suis curieux de lire la suite avec ton irruption à la jambe.
    PS: en ce qui me concerne, je pars toujours avec des longs pantalons raccourcissable,que j’allonge quand c’est nécessaire.
    Au plaisir de lire la suite.
    Cyrille

    • Le Pèlerin en herbe
      7 avril 2016 at 14 h 50 min

      Bonjour Cyrille,
      Merci beaucoup pour ton message et le compliment!
      Je fais de mon mieux, et le plus amusant c’est que je ne force absolument pas.
      Une fois replongé dans mes notes, en visionnant les photos, les sensations reviennent très vite et il n’y à plus qu’à retranscrire 😉

      • Luc
        7 avril 2016 at 19 h 03 min

        Je confirme… Tout se déroule comme un film, nous n’avons plus qu’à coucher sur le clavier les mots qui coulent de nos mains. Seule la mise en forme demande quelques efforts pour rendre le tout plaisant à lire, mais pour le fond, tout la matière est en nous !

  2. leon pratte
    4 avril 2016 at 1 h 37 min

    est-ce qu’il y a beaucoup de pelerins sur le chemin que vous prenez ? je voudrais savoir si les gens des villages vous regarde comme un extraterrestre lol.

    • Le Pèlerin en herbe
      7 avril 2016 at 14 h 48 min

      Bonjour Leon,
      En fait j’ai croisé un seul pèlerin entre chez moi en Belgique et Vézelay, 8km avant la colline éternelle.
      Ensuite, de plus en plus jusque SJPP et un peu la foule en Espagne…
      Parfois, effectivement, les gens me regardait comme un drôle de bidule avec sa maison sur le dos, son bourdon et son air étrange 😉
      D’un autre côté, cet aspect m’a ouvert bien portes, contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’effet est plutôt rassembleur, surtout dans les campagnes.

  3. Rossion
    1 avril 2016 at 21 h 32 min

    Le chemin n’en a que plus de valeur lorsqu’il est « encombré  » de problèmes qui semblent presque insurmontables quand on est à leurs pieds, mais c’est un peu ça aussi la vie, parfois un horizon bouché et puis soudain un ciel qui se dégage et le soleil qui apparaît dans un ciel enfin bleu ! !!
    Magnifique Olivier, on suit, bisous,
    M et P.

    • Le Pèlerin en herbe
      7 avril 2016 at 14 h 26 min

      Merci à vous, mes chers parents!
      Effectivement ce chemin est clairement un chemin de vie, condensé, résumé ou les épreuves nous apparaissent parfois bien pénibles et surtout concentrées sur très peu de temps. Mais une fois que tout cela à décanté et que les choses s’éclaircissent, quel bonheur !!

  4. alain loyan
    1 avril 2016 at 19 h 50 min

    passes tu par Auxerre ?

    je peux te recevoir le 9 avril

    • Le Pèlerin en herbe
      7 avril 2016 at 14 h 23 min

      Bonjour Alain,
      Merci beaucoup pour ton invitation, mais comme tu peux le voir dans la date présente sur chacun de mes billets, il s’agit bien du récit de mon périple de 2015 que j’ai le plaisir de partager ici avec vous 😉
      Et non, je ne suis pas passé par Auxerre, mais je suis très touché par ton invitation!
      A bientôt 🙂

  5. Luc
    1 avril 2016 at 17 h 20 min

    J’ai également logé chez Dominique et Chantal… Adorable !
    C’était exactement 10 jours après toi, et nous ne nous connaissions encore que par Pascal interposé ! 😉
    Et le matin, à la têtée des agneaux, que c’était beau… 200 agneaux, un potentiel de 400 gigots ! J’en rêve encore… :-p

    • Le Pèlerin en herbe
      7 avril 2016 at 14 h 20 min

      C’était un bel endroit que j’ai bien aimé aussi, Luc.
      Pour ma part, j’ai toutefois décliné gentiment l’invitation de Dominique, précisément pour la raison que tu invoques 😉

  6. alain loyan
    1 avril 2016 at 17 h 09 min

    quel est ton chemin jusqu’ a Vézelay quel est ton itineraire

    • Le Pèlerin en herbe
      7 avril 2016 at 14 h 19 min

      J’ai suivi le Guide RP51 jusque Vezelay, mais je ne peux plus dire exactement de mémoire par ou je suis passé.
      Reims et Troyes, bien entendu.
      En fait c’est quasiment en ligne droite depuis Rocroi.
      Pour le reste, j’y arrive bientôt 😉

  7. alain loyan
    1 avril 2016 at 17 h 04 min

    petit coup de blues , allons ne te décourage pas . c est vrai que ce n est pas la partie la plus gaie a faire mais cela va s arranger
    les prochains paysages seront surement plus gai une fois la marne passée

    pour le frottement , j ai lu que de nombreux randonneurs et pèlerins utilisent de la vaselines pour éviter le frottement des vêtements sur les jambes et les cuisses

    dans tes commentaires , il serait intéressant que tu mettes le prix des hébergements pour les futurs pèlerins

    reprends courage on t accompagne sur ton chemins

    Amitiés ALAIN

    • Le Pèlerin en herbe
      7 avril 2016 at 14 h 17 min

      Merci beaucoup pour ton soutien, Alain, ça fait plaisir!
      Si tu regardes bien en haut de chaque billet, tu verras que le prix de l’endroit ou j’ai logé est bien indiqué, exception faite pour les ‘Donativo’ ou participation libre, où, justement chacun donne suivant sa bonne conscience 😉

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