Jour 04 – De Hastière à Doische

10-03-15

 

 

Quatrième jour – Mardi 10 mars 2015
Parcours : 14km, faciles.
Hébergement : Mme Cogniaux (30€)


 

 

« Le nomade ne se met pas en marche s’il n’a pas une Terre promise à laquelle rêver » – Jacques Attali

 

L’anecdote du jour : Depuis plusieurs années je ne buvais plus de café. Pas vraiment un dégout, mais plus envie du tout, suite à une grippe assez balaise. Bref je buvais du thé.
Et avant de partir, je me suis dit que je n’allais pas faire mon pénible et réclamer du thé partout où je passe.
La décision était prise, dès que l’on me proposerait du café sans laisser le choix, je m’y remettais.
Et c’est arrivé ce matin, d’une façon assez ironique en plus.

Mr Petit est un grand amateur de thé et en a plein de sortes vraiment délicieuses. Ce matin, il prépare le café pendant que je fais mon sac. Une fois à table, une belle tasse remplie du liquide noir m’attend.

– « Ho bon sang, j’ai oublié de vous proposer du thé, en plus j’en ai plein de sortes! »
– « Ha mais je le sais, on en a beaucoup parlé hier soir… »
– « Attendez, je vais vous en faire »
– « Pas question, je vais boire votre café qui sent très bon » et je m’empresse de lui raconter le pourquoi du comment.
– « Je suis vraiment désolé, vous êtes bien certain? »
– « Mais tout à fait et je suis très content que ce soit avec vous que je boive mon premier café depuis des années »

Mine de rien, ne pas en boire pendant si longtemps et en une fois, absorber le café de Mr Petit dans lequel, j’en suis certain, la cuillère aurait pu tenir toute seule (d’ailleurs on n’en voyait pas le fond), ben je peux vous assurer que ça dépote et que j’ai carburé ferme jusque l’étape suivante !! 🙂

Premier lever et départ tout seul ce matin. Ça fait drôle, vraiment.
Une nouvelle porte d’ouverte, plein d’autres m’attendent, j’en suis convaincu.

Il tombe un sale petit crachin aujourd’hui. Le temps est gris et froid, comme si il fallait en ajouter au départ de ma petite femme, bien souligner que je chemine seul à présent.

En passant par Hastière j’en profite pour prendre un sandwich pour le midi, sachant que ce serait difficile ensuite.
Je me demande encore aujourd’hui ce que les deux serveuses pouvaient prendre comme substance car elles étaient dans un tel état d’agitation et d’exubérance avec la clientèle que cela en était déroutant.
Quand mon tour est arrivé j’ai bien vu qu’elles se demandaient ce que je pouvais bien faire avec un sac à dos, un bâton à la main et une allure inhabituelle. Je leur explique ma démarche, elles n’en croient pas leurs oreilles et me demandent de leur envoyer une carte depuis Santiago lorsque j’y serai. J’ai malheureusement perdu leurs coordonnées quelques jours plus tard, il faudra que je retourne les saluer.

Bon, c’est pas tout ça, il faut avancer et je me suis tracé un itinéraire pour rejoindre Doische au plus simple, par le Ravel, histoire de savoir où je vais et d’être tranquille surtout. Avant cela il faut traverser et quitter Hastière le long de cette grand route. Cela n’a rien d’enchanteur ni de joli, mais c’est la voie la plus directe pour y arriver.

Petite parenthèse. En Belgique, il y a une mode : supprimer les anciennes lignes de chemin de fer que certains dirigeants jugent inutiles pour en asphalter l’assiette et la rendre accessible aux piétons et aux véhicules non motorisés. C’est ce que l’on appelle un Ravel (Réseau Autonome des VoiEs Lentes). C’est joli, c’est sympa pour faire une balade en famille le dimanche, mais en attendant ça détricote tout le réseau ferré qui était le plus dense au monde il y a de cela encore quelques dizaines d’années et qui permettait d’aller à peu près partout en transport en commun.

Fermons la parenthèse et avançons, je m’aperçois en revivant et relisant le parcours dans mon carnet que, à cet endroit-là je râle encore beaucoup…

Par contre il me semble que mon corps s’habitue à cette nouvelle forme d’activité qu’est la marche au quotidien. Je suis content aussi car mon tibia qui a commencé à me faire si mal une semaine avant de partir, le fou, se calme petit à petit et j’en arrive à l’oublier quelques heures par jour.

Autre constatation, il me semble que le temps ralenti. Il ne passe plus de la même façon, les heures ne veulent plus dire la même chose bien que je les regarde encore fréquemment, histoire de savoir laquelle il est. Mais juste comme ça, pour la forme.

Presque arrivé à Doische, je sens une différence au niveau du serrage de la sangle ventrale du sac à dos. Petit pause et je constate que l’attache de la boucle de celle-ci est fendue. Pétée après quatre jours de marche, pas cool ça. Il va falloir encore tenir pourtant et la réparation de fortune va s’imposer au prochain stand 🙂

Arrivée chez Mme Cogniaux qui accueille les pèlerins depuis des années en souvenir de son mari qui le faisait déjà et qui est décédé il y a peu.
Quel bonheur d’arriver en telle place. Accueil chaleureux, bonne ambiance familiale, quelques chats, proposition de lessive et séchage du linge autour du poêle, compris dans le prix demandé; auquel viendra s’ajouter le pique-nique du lendemain midi.

Le délicieux repas se prend en famille, avec des amis des enfants, une voisine un peu fofolle, dans une ambiance totalement décontractée et insouciante, accepté d’emblée et comme si j’étais connu depuis longtemps déjà.

Cette étape d’une convivialité et d’une simplicité rare me laisse un très beau souvenir. Il faut que je retourne dire bonjour à Mme Cogniaux un de ces jours.

Je ne tarde pas à rejoindre mon lit, très confortable, dans cette grande chambre jadis occupée par un des enfants aujourd’hui parti vivre ailleurs.

 

 

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